SEIZIÈME LEHRE
De la triple nature de l'homme et des treis types qu'il peut produire^ en exagérant, jusqu'à son maximum, chàcua de ses trois modes vitaux. —Monstruosité scientifique et sociale du préjugé de la couleur.
Messieurs,
Chacun de nous est une plante, dans le sein de sa mère; un animal, à sa naissance; un ange, après sa mort, s'il a noblement vécu ; et, tant qu'il existe, en ce monde, un mélange intime de tout cela, un être triple, constamment occupé (s'il est digne) à maintenir sa bête par son âme, en n'accordant à ses besoins les plus grossiers que leur juste satisfaction.
Donc, nous pouvons et devons vivre de trois manières à la fois :
Plastiquement, à la façon des végétaux (ainsi faisons-nous pendant le sommeil) ;
Locomotivement, à l'instar des bêtes qui cherchent pâture (nous les imitons en gagnant mécaniquement notre pain du jour) ;
Enfin, mentalement, angéliquement, comme les génies, les saints de l'humanité- (Nous leur
ressemblons quand, momentanément exempts de soucis matériels, nous méditons et préparons le bonheur de nos enfants et de nos semblables, choses que beaucoup d'animaux font aussi.)
Eh bien I parce que Vhomme peut et doit vivre de ces trois façons différentes, son corps peut et doit revêtir trois formes différentes aussi, savoir :
Celle du type végétatif, qui se produit si les circonstances extérieures l'obligent à réduire ses forces animales et mentales, autant que possible, pour obtenir son maximum de puissance assimilatrice;
Celle du type animal ou actif, qui se produit si les circonstances extérieures l'obligent à réduire ses forces mentales et végétatives, autant que possible, pour obtenir son maximum de puissance musculaire;
Et celle enfin du type mental ou futur, qui tend à se produire quand les circonstances extérieures tolèrent qu'il réduise ses forces végétatives et animales, autant que le permettent les conditions fatales de notre existence en ce monde, pour obtenir son maximum de puissance angélique et communiquer à tous ses reliefs, toutes ses poses et tous ses mouvements,
la majesté, la grâce et la beauté, qui toujours révèlent une âme énergique, intelligente et bonne.
Telles sont les trois grandes variantes de notre espèce.
Dès que je vous aurai montré ce que valent réellement certains mots et certains préjugés européens, je vous en ferai la description et l'analyse. Souffrez donc, en attendant, une petite digression préliminaire.
Sous toutes les latitudes et dans tous les pays possibles, quand une organisation sociale progressive gratifie certaines familles de fonctions exclusivement politiques ou religieuses, immédiatement tous leurs enfants s'acheminent, de génération en génération, vers les formes de corps, de membres, de tête et de figure, que les plus éminents artistes nous ont indiquées comme type du beau idéal humain.
Et (contre épreuve très-précieuse I ) sous toutes les latitudes et dans tous les pays possibles, quand une instilulion sociale, après avoir atteint son but civilisateur, devient un obstacle au progrès; immédiatement aussi, les familles
— las —
^Kclusirement politiques ou reUgiaues, qui s'acharnent à prolonger son règne, déelment, de génération en génération, vers Tincapadté gouvernementale, la stérilité physique et la laideur Eoatérielle.
Bien plus, cette triple dégradation se produit jusque chez les m^embres des corporations directrices qui ne se recrutent pas par la nais* sauce. C'est ainsi que tous les jours nous voyous de plus en plus, le même cachet désagréable timbrer la figure et la personne entière des êtres qui viennent adhérer à des principes rétrogrades, quelle que soit leur origine.
Voulez- vous être convaincus? Interrogez l'histoire des familles souveraines, noires, jaunes ou blanches, et celle des clergés des divers pays; ou, chose plus facile, une galerie quelconque de tableaux ; ou, plus facile encore, une simple collection d'images : et vous reconnaîtrez [à l'expression de leurs figures, à leurs poses, leurs mouvements, leurs saillies musculaires et même osseuses ) les enthousiastes de l'avenir et les entêtés du passé de chaque époque, malgré les modes ou formes artificielles dont ils s'affublent.
Quel ouvrier jeune encore, souvent même quel apprenti ne trahit pas sa profession ?
De tout ceci que conclure, sinon que les relations du physique et du moral sont, chez rhomme, si intimes, que toutes ses beautés progressent et déclinent parallèlement; que ?es préoccupations les plus habituelles sont les plus énergiques modificateurs de ses formes ; et que la teinte de sa peau (simple affaire d'insolation, d'humidité et de respiration) est aussi étrangère à ses reliefs extérieurs qu'à sa valeur mentale.
Si donc, par vieille habitude, ou pour aller plus vile, j'emploie les mots blanc (pour désigner les européens et les polynésiens), jaune rouge ou coloré (pour les asiatiques, américains, néo-calédoniens, et cœtera) et noir (pour les africains et papous), vous ne verrez là qu'une expression vicieuse, et, surtout, vous vous rappellerez que le préjugé de la lîouleur est un affreux mensonge scientifique, inventé par l'orgueil, l'avarice et la hideuse ingratitude des européens envers leurs anciens bienfaiteurs.
Ces restrictions faites, j'entre en matière.