‹ Quatre ann�ees en Oc�eanie (volume 3)Chapitre 14 sur 17 · VINGT-UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGT-UNIÈME LETTRE

Coup d'œil spécial sur la troisième variante humaine. Formes du type mental de notre espèce et causes des incertitudes qui pèsent sur lui. Motifs de son tardif éveil social en Burope. Ses valeurs végétative, animale et xa* tellectuelle seulement.

Messieurs,

Parce que rhomme n'a pu et ne peut vivre encore sans préoccupations matérielles, les inspirations formulées par les grands peintres ou Jes sculpteurs éminents peuvent seules nous indiquer ce que sera notre prototype mental.

Eh bien ! interrogeons leurs œuvres, aux divers pays qui travaillèrent à la grandeur de notre espèce.

Les théocrates de l'antique Egypte ont idéalisé, par nos formes, le pouvoir aveugle, irrésistible et immuable de la masse :

Et les prêtres de l'Asie absolutiste, quoique mieux inspirés, n'ont bien interprété que l'impassibilité mentale du despote i

Les artistes grecs sont donc les premiers qui tentèrent d'entraîner et d(î maintenir Thomme dans la sociabilité, autrement que par la contrainte matérielle ou morale. Ils le firent, dans Jupiter, par la majesté; dans Apollon, par la beauté ; dans Vénus, par la grâce ; dans Minerve, par la sagesse.... ; mais dans personne, par la bonté.

Les Italiens n'ont pas fait beaucoup plus. Le Moïse de Michel-Ange n'a que l'enthousiasme du fanatique, sans miséricorde ; son penseur, que la résignation de l'homme, impuissant encore devant l'absolu ; et les vierges de Raphaël, que le calme heureux de l'amour mystique.

Après de tels maîtres, qui interroger ? Personne évidemment! Ainsi, pas de modèle encore !

Est-ce à dire que les indications esthétiques nous manquent absolument ? Oh I que non I

Si le passé n'a pas entrevu l'avenir assez nettement pour le rendre par la couleur ou le ciseau, du moins il a suffisamment jalonné la route; etl'onpeutaffirmer déjà quele prototype mental humain satisfera aux données suivantes : coloration blanchâtre. — Blanchâtre I dites- vous? — Ouil —Même sous la ligne?

— Oui, encore ; en pleine Afrique centrale comme en Océanie torride. Les insulaires de la Polynésie sous -tropicale ne sont-ils pas aussi beaux et aussi blancs que nos plus blancs et nos plus beaux Européens? La coloration de la peau n'est indispensable qu'aux pays où la sécheresse de Tair impose à notre enveloppe une fonction respiratoire. Avec l'humidité, factice ou non, toute noirceur disparaît.

Je reprends ma description : Taille haute ; corps et membres allongés ; saillies musculaires et osseuses, souvent indécises; charnure moins ferme que celle du second type, mais plus résistante que celle du premier; poitrine légèrement aplatie ; ventre peu saillant, testicules médiocres, verge petite.

J'insiste peu sur ces détails, assez connus, du reste, afin d'étudier préférablement la tête; le crâne et la face, où parlent plus directement nos facultés mentales.

Occiput peu développé ; front large, haut et vertical; cheveux soyeux; tempes efltecées, sourcils réduits à un arc pileux ; yeux longs, bien fendus, horizontaux et en amendes ; nez , comme l'ensemble de la figure, en saillie plutôt que plat ; narines, lèvres et bouche fines et

petites ; mâchoires oblongues, dents verticales et un peu larges; ovale de la figure parfait; menton bien fourni de barbe.

Tous ces avantages, toutes ces données certaines de beauté (présentées fréquemment déjà par les heureux du présent et du passé aux cinq parties du monde) ne seront, je le répète, certainement pas perdues. Mais, encore une fois, pas une seule des combinaisons qu'en ont faites les écoles de Thèbes, d'Athènes ou de Rome, d'Espagne, de France ou de Flandre, ne donne la forme ni l'expression exacte de l'homme futur.

Et comment pourrait-ce être? Les données d» problème social, dont sa personne entière doit accuser la solution, furent posées au sein d'événemepits si récents, si grandioses et si terribles, qu'aucun artiste n'a pu les comprendre pu bien osé les formuler ; crainte d'effrayer ses contemporains, tristes enfants, tremblant encore auseul nom de leurs prodigieux grandspères.

Mais suspendons pour le moment ces réflexions aussi pénibles qu'inévitables, et, si TAgi^ei? QUùç soient les données esthétiques

pféaéàmiBS, traduisonsrles biologiquernsnt.

Ëa d'autres ternes, disons ce qu^elles comportent d'aptitudes végétatives, musculaires et mentales.

. Les £Bsses et l^ ventre du blanc sont plus petits que eeui: du noir ; donc il peut, moins que lui, faire d'abondantes pFovisions graisseuses ou non digérées encore.

Sa poitrine est moins ample que celle du jaune ; donc, moins que ce dernier encore, il est apte à transformer en sang artériel, et, finalement, en chaip humaine une portion de ce qu'il avale ; donc enfin, végétativement, il ne les vaut ni l'un ni l'autre.

En agilité comme en force, est-il au moins leur, égal ? Pas davantage! Ses membres, plus gros que ceux du noir, égaux presque à ceux du jaune, sont trop arrondis par la graisse au détriment de la fibre musculaire.

Conclusion. — Pour agir, manger ou respirer, c'est-à-dire échapper à l'oppression du monde matériel et prendre son essor, le type mental de notre espèce exige des circonstances plus favorables que celles où peuvent grandir, en leurs genres respectifs, ses deux autres variantes.

Donc, en tous les pays d'humidité oonrenable, de lumière modérée, mais de fécondité insuflSsante; quoique blanc, l'homme restera brute, ou tout au moins sauvage, tant que des engins alimentaires et mécaniques étrangers ne viendront pas l'aider à domptar son milieu : tandis qu'en ceux qui ne lui imposeront aucune £atigue végéto-animale, mentalement il progressera, sans colorer sa peau , malgré tous les efforts d'une insolation excessive.

L'histoire et la géc^raphie s'accordait on ne peut mieux pour justifier cette double déduction.

Car, en Polynésie sous-tropicale, aux ilôts fortunés, dont la végétation luxuriante ne laisse à nos sosies du Nouveau-Monde qu'un soud, récolter; l'homme s'est fait blanc, en dépit du soleQ, et mis de lui-même en pldne évolution mentale:

Tandis que sur notre ancien continent (aux pays actuellement grecs, italiens, espagnols» finançais, anglais et autres) » nos blonds ancêtres demeurant misérables habitants de forêts, membres de tribus en guerre porpétueUe, sacrificateurs de victimes humaines et anthropophages (comme le vieux Saturne ou leurs autres divinités médumtesrt nodumes) jusqu'aux

jours où des civilisateurs égyptiens et asiatiques vinrent leur apprendre à gouverner les éléments, les plantes, les bêtes et eux-mêmes : en leur apportant des animaux et des végétaux domestiques, pour les aider à manger; des épices et des parfums, pour stimuler leurs faibles fonctions digestives et respiratoires; des armes et des outils, pour compenser leur infériorité musculaire; des lois morales, politiques et religieuses, pour modérer leurs fureurs militaires et leur cannibalisme; les premiers rudiments des arts, pour les dégrossir un peu; et, pardessus tout, des stimulants cérébraux, le vin entre autres, afin de provoquer leur éveil mental.

Aussi gloire aux Bacchus, Inachus, Cécrops, Danaùs, Cadmus, Pelops et autres, sans l'assistance desquels nous autres blancs, si fiers d'une civilisation que nous ne pouvions commencer....

Mais rentrons dans notre sujet, et arrivons aux facultés intellectuelles, qualités pratiques et penchants, bons ou mauvais, sociaux ou individuels, qui caractérisent le blanc.

Son front n'est fait ni comme celui du noir,

ni (Somme œloi du jaune; D'où je obnolus, jugeant du contenu parTenveloppel, qu'il com^ prend, pense et parle aulrement qu'eux. Effectivemerit* il h'a pas comme celui-ci la contemplation des événements on ne peut plus facile, ni comme celui-là, on ne peut plus facile celle des êtres. Que possède- t-il donc en refanche, et cela au plus haut degré, car tant de cervelle doit évidemment servir à quelque chose ?

Ce qu'il possède en revanche (et cela au plus haut degré), c'est la conception active, la force de méditer, l'intelligence des choses abstraites; ï'ournissez-lui des faits, présente/^-lui des êtres ^ et vous le verrez saisir (avec une sagacité merveilleuse) les propriétés des uns, en les comparant, et l'enchaînement des autres eh les coordonnant; puis établir des générantes; construire des systèmes; et, ces deux choses faites, vulgariser ses connaissances avec une rapidité non moins merveilleuse ; bien qu'il soit (sous le rapport de l'expression) inférieur au noir, comme mime, et au jaune, comme orateur.

Pour lier les phénomènes par des théories, en tirer des conséquences, les mettre à la portée de tous, autrement dit, communier d'idées av0ç sop semblal^e et lui faciliter l'imitation ea

rimpressionnant par la forme» la touleur, le son, l'arôme, la saveur ou le toiioher taéme; m trois mots, pour induire^ déduire et traduire, te blanc n'a pas d'égal- Voilà pourquoi il a fait, en remaniant les décoûyertes de sesl initiateurs 90dauXi asiatiques ou africains, plus d'heureux en quelques siècles qu'eux en des milliers d'années*

Je m'explique. De toutes les notions recueillies par leurs administrés, les prêtres de l'Egypte ou de rinde ne surent jamais faire que deux parts : l'une, composée de renseignements tout matériels, était confiée k des castes qu'on multipliait, spécialisait et fermait d'autant plus hermétiquement sur leurs membres respectifs (crainte de variation), que le nombre des procédés pratiques allait croissant.

L'autre comprenait toutes les connaissances immatérielles. On les gravait en caractères hiéroglyphiques sur des objets qui ne sortaient jamais du temple; et comme ce^ derniers étaient constamment fermés au vulgaire» ces précieux documents lui étaient doublement cachés. Aussi, plus augmentaient les richetoes nationales, et plus^ humainement parlant, étaient appauvris les travailleurs ; chaque progrès les réduisant de plus en plus à l'état de rouage social infime, méprisable et méprisé,

De colossales fourmîllîères d'hommes, neutralisés autant que possible ; des pyramides monstrueuses de producteurs matérialistes et matérialisés, au sommet desquelles brillait une seule intelligence, celle du grand-prêtre ou de l'autocrate, quand toutefois l'universelle et scandaleuse bêtise de la masse ne-l'éteignait point : pour tout dire, le régime des castes ou des spé* cialités (car c'est même chose) ; voilà donc tout ce qu'avait produit l'observation purement objective, extrêmement exacte, mais tout à fait brute des faits. Et, soit dit en passant, jamais elle ne produira autre chose.

Ehbîen I (etc'estlàquejeveux en venir) de ces institutions tout d'une pièce, où religion, gouvernement, industrie, arts, savoir et superstition étaient soudés par un mortier social unique, la foi aveugle, l'obéissance passive; que firent les sauvages blancs de l'Europe ancienne, nos pères les Hellènes, quand les missionnaires et proscrits d'Asie ou d'Afrique les leur importèrent?

Immédiatement ils les brisèrent par la discussion. Immédiatement, par la généralisation, ils réduisirent à presque rien ces myriades et millions d'observations grossières. Immédiatement, par la systématisation, ils substituèrent

un ordre hiérarchique au chaos qui les tenait plus que bizarrement accolées. Immédiatement enfin, par l'expression, ils les versèrent à pleines mains dans le domaine public.

Ou, si Ton veut, de ce fatras où chaque être et chaque événement cachaient leurs propriétés du premier ordre sous un millier de particularités secondaires, la force de méditation éminemment abstraite du blanc chassa tout ce qui ' était superflu. De sorte que les qualités saillantes des choses se mettant d'elles-mêmes en relief, ainsi que leurs similitudes et leurs différences; d'elles-mêmes aussi les volumineuses annales scientifiques, jaunes et noires, se réduisirent à quelques grandes catégories de phénomènes aisément accessibles à nos divers procédés logiques; et d'elles-mêmes encore les généralités s'instituèrent. Et les généralités une fdis instituées, les lois qui gouvernent les êtres et les événements furent découvertes.

Et ces lois une fois découvertes, les systèmes scientifiques prirent naissance et permirent (avec pleine connaissance de cause et certitude de résultat) de passer du simple au composé, de l'abstrait au concret, de l'idéal au réel ou réalisable.

— ioi —

C'est ainsi qu'avec le tempsr, gtftce à la force mentale caractéristique du blanc, foutes les recettes cabalistiques des alchimistes, astrologues, nécromanciens, médicastres, prêtres (noirs ou jaunes) , furent remplacées par les quelques traités nets, clairs, précis, positifs en un mot, qui maintenant desservent la vie pratique et morale des Occidentaux Européens.

Comment toutes ces découvertes, si tardivement simplifiées, leur devinrent-elles aussi familières? C'est ce que je vais dire en termi-^ nant cette explication si longue.

En ce qui concerne les beaux-arts (danse, chant, musique, statuaire, peinture, dessin, écriture}, nos pères, les autochtones européens, ne respectèrent pas plus les règles absolues de leurs initiateurs, asiatiques ou égyptiens, qu'ils n'avaient respecté leurs codes ou compilations scientifiques. En fait d'écriture surtout, marchant d'abstraction en abstraction, ils arrivèrent à des signes n'exprimant, il est vrai, rien absolumentpar leur forme; mais si commodes et si peu nombreux, qu^avec moins de trente lettres ils remplacèrent les milliers de caractères hiéroglyphiques employés en Egypte et maintenant enoore en pleine vigueur en Chine et au Japon,

Eh bien I avec ces trente lettres ils condensèrent en quelques livres, des plus faciles à épeler^ toute la science humaine. Et cette science humaine une fois petite, archi-petite, devint si accessible, si vulgaire, je dirais presque si indiscrète, qu'elle s'en fut jusqu'au plus humble foyer domestique offrir au travailleur plus de notions positives que n'en demandait sa profession. De sorte qu'embastiller le producteur dans une caste, fatalement fermée sur lui, devint de plus en plus impossible; si impossible ! que forcer même son enfant à suivre sa profession, fut considéré comme un véritable abus* d'autorité paternelle.

Les trois facultés éminemment abstraites qui caractérisent l'intelligence du blanc n'ont-elles valu aux hommes de ce type que leur pleine liberté professionnelle? Non; et bientôt vous en aurez la preuve. Mais auparavant disons les instincts et qualités pratiques de cette variation humaine.

VINGT-DEUXIÈME LEnRE.

OÙ Pon pose en fait qu« les blancs sont, plus que les jaunes et les noirs, courageux, destructeurs, vaniteux et bons.

Les absolutistes jaunes et noirs auraient certainement écrasé les populations, qui mainte-* nant s'approchent le plus du type mental humain; si un féroce instinct destructeur, un courage indomptable, une vanité excessive et d'admirables éclairs débouté n'avaient souvent inspiré leurs plus nobles représentants.

Voilà, dira-t-on, un amalgame étrange de qualités pratiques ou morales, dont deux au moins semblent s'exclure, et, de ce bizarre amalgame, uû résultat non moins étrange !

Eh bien! prouvons tout d'abord que cet amalgame exista, et que, de plus, il servit beaucoup. Nous dirons ensuite quelles furent ses causes, et s'il doit persister.

Depuis l'antiquité la plus haute jusqu'à la bataille de Lépante, qui suspendit enfin la

marche envahissante des jaunes, devenus musulmans ; les aristocraties grecques, romaines, espagnoles, françaises ou germaniques ne cessèrent d'employer (de concert ou successivement) tout ce qu'elles avaient de génie militaire ou de courage, à repousser les invasions des autocrates africains ou asiatiques.

Et, depuis l'antiquité la plus haute encore jusqu'à notre glorieuse révolution française au moins, les populations (?aiqcues par cas mêmes aristocraties et contraintes, par elles, à se faire industrielles ou savantes] ne cessèrent jamais aussi d'employer tout ce qu'elles avaient de génie militaire et de courage à les combstire, afin de réduire le plus possible à zéro le nombre de leurs familles et celui des privilèges qu'elles s'étaient arrogés.

La Grèce. l'Italie et la France (où, de bétail qu'ils étaient d'abord, les travailleurs devinrent successivement eselqives, serfe, roturier/s et producteurs matériellement libres, puis lauîiliaires financiers, associés politiques, et, fînalenjent, maîtres des monarques ; ainsi que le prouve théoriquement l'extension toujours o'oissanlie du dogme delà souveraineté du peuple, et, pratiquement, le nombre toujours croissant aussi des rfypasties déif ôné»?, jeuifl^s ou mWm) î h

fîrèœ, l'Italie et la France, dis-je» sont les pays de l'ancien monde où cette double lutte des arisr tocrates blancs contre leurs propres sujets et contre des chefs colorés s*est le mieux accen-r tuée. Ceux du nçuveau, où des phénomènes analogues s'accomplissent {spontanément ou non) sont les Sandwich, la Nouvelle-Zélande, l'archipel des Amis, Tonga-Tabou, etc., etc.

Ces faits une fois posés ; pour peu que l'on compare l'état des gouvernants et des gouvernés blancs (toujours en guerre imminente ou réelle, tant étrangère que civile] à celui des personnes de rang analogue en Asie et en Afrique où, depuis si longtemps l'absolutisme religieux et poHtique ne combat plus et n'est plus combattu ; on est immédiatenient persuadé qu'en génie militaire et en courage, en jnonomanie belhqueuse et en audace, ou plus crûment en férocité, les hommes du type mental surpassent ceux des deu^ autres.

Les blancs surpassent les jaunes et les noirs en férocité, leur sont inférieurs en puissance assimilatrice, et vivent en des pays, relativement trop pauvres en bêtes. Autrement dit, les blancs, auxquels il faut plus de nourriture et surtout plus de vian4^ qu'aux colprés, an ont moins qu'eux précisément.

Eh bien 1 comment se tirent-ils d'aflfeîres î En mangeant de la chair humaine ; soit directement, comme cela se pratique en Polynésie ; soit indirectement, au moyen de traités de commerce, de frais de guerre, ou de droits coloniaux, et cœtera, et cœtera, comme nous faisons en Europe, en Asie et en Afrique. Le tout sous prétexte de civilisation; car notre vanité monstrueuse

Mais, pour le moment, je ne veux pas envisager sous un mauvais jour la «oe/ inépuisable, ou tout au moins inépuisée, de supériorité intellectuelle qui pousse l'Européen ou le Polynésien à devenir conquérant. Tout au contraire, je veux chanter les bienfaits de leur ambition purement spirituelle. Reportons-nous donc au temps où, si dignement, elle inspira nos ancêtres.

Dès que les théocrates d'Asie-Mineure ou d'Afriquevoulurent, (avec leurs idoles, mélanges bizarres d'attributs végétaux, animaux ou humains), implanter l'absolutisme religieux en Europe, ses peuplades encore sauvages refusèrent de courber la tête devant ces monstres surnaturels, et instituèrent, avec autant d'intelligence que d'audace et de vanité, cet esprit d'exa-

men qui, grandissant toujours en Italie, en Espagne, en France et puis ailleurs, transforma , successivement le fétichisme noir et l'idolâtrie jaune en paganisme exclusivement humain; le paganisme exclusivement humain, en une série de monothéismes toujours meilleurs ; et, finalement, le dernier d'entre eux en une réalité providentielle, que n'entache plus aucun vestige d'absolutisme spirituel de provenance asiatique ou africaine.

Cette destruction religieuse, si parfaitement analogue à la démolition politique accomplie par les industriels européens, dont je parlais à l'instant même; qui l'exécuta dans notre vieux monde blanc?

Les compagnons d'infortune de ceux qui, avant tout, devaient produire , c'est-à-dire être dans le réel ; les frères des travailleurs de l'antiquité, du moyen-âge, de la renaissance et des temps modernes ; les penseurs d'Athènes, de Rome, de Cordoue, Séville, Grenade, Paris, etc.; les hommes qui, d'esclaves, devinrent bouffons; de bouffons, familiers ; de familiers, affranchis; et d'affranchis , précepteurs de leurs anciens maîtres ; puis de précepteurs, clercs ; de clercs, philosophes ; et cie philosophes, législateurs moraux des quelques familles aristocratiques, non

encore éteintes on renversées : le tout en vertu de la supéridrilé mentale que les sdences positives procurent à leurs initiés à mesure qu'elles

C'est ainsi qu'à travers les siècles a bien tra* vaille la vanité blanche. C'est ainsi qu'elle a concouru au défeloppementde la plus belle et plus intelligente variante humaine.

Aucun progrès ne serait possible si le savant qui découvre les lois de l'univers, l'artiste qui les traduit en langue sentimentale et le praticien qui les vérifie en créant, ne finissaient par se rencontrer; si, quoi qu'aient pu dire quelques misérables sophistes, le vrai , le beau et le bon^ ne coïncidaient toujours.

Eh bien! parce qu'il en est ainsi et parce que la variante mentale humaine est plus intelligente et plus belle que ses sœurs; j'affirme que la bonté fit chez elle son avènement social; et qu'en dépit des turpitudes, publiques et privées, qui souillent encore les faits et gestes d'un grand nombre de blancs , cette vertu se trouve profondément enracinée déjà, non dans les mœurs, non même dans les cqmrs, mais dans l'esprit de leur immense majorité.

Pour me faire mieux comprendre ep justifiant cette assertion, pour ne pas choquer par des concluions trop brusques^ et poiu:, eufi^, m'étayCT préalablement de vérités pleineaaeat admises; retournons tant soit peu en arrière*,

— Où la puissance assimilatrice et les réservoirs de la vie végétative, chez l'homme* atteignent-ils leur maximum?

— Dans les pays les pWs^ridçs 1

— Où sa force et son activité musculaires se développèrent-elles le plus?

— Aux contrées qui, sans l'exténuer toutefois, lui imposèrent pour vivre les plus longs parcours, ou bien le contraignirent à modifier h sol et ses produits plus qu'ailleurs.

Nécessité est mère de ïindmtrie , qui ne connaît ce proverbe?

— Partant de là, dans quels pays habités par l'espèce humaine, la bonté devait-elle éclore?

— Dans ceux évidemment dont les peuples en avaient le plus besoin, chez les blancs de l'ancien et du nouveau monde.

Voyons un peu si les faits confirment cette conclusion toute théorique 1

Faire primer la politique par la morale, substituer la civilisation induMrielle au régime mi-

lifaire, protéger les faibles contre les forts, et tolérer toute croyance capable de mener au bien sont, à coup sûr, des conceptions nobles, généreuses , uniTersellement admissibles et presque exclusivement inspirées par la bonté !

Eh bien I où l'idée d'un pouvoir purement moral, purement spirituel, fut-elle mieux réalisée qu'à Tonga-Tabou et Rome ?

Qui proscrivit la guerre, avec plus d'énergie que les souverains pontifes et les Toui-Touga?

Et qui, en les honorant, protégea mieux les enfants, les vieillards, les femmes et les travailleurs, que les dignes papes du nouveau et de l'ancien monde?

Ceux-ci, en faisant du producteur (chose taillable à merci dans toute l'antiquité militaire ) un homme enfin matériellement libre ; ceux-là, en ouvrant aux riches les rangs des nobles et des prêtres, des arikiset des rangatiras.

Ceux-ci , en instituant la monogamie , les écoles, les hôpitaux et le travail des ordres monastiques ; ceux-là, en déclarant au nombre de leurs femmes toutes les persécutées, et en couvrant de leurs tabous tous les faibles, jeunes ou vieux, infirmes de corps ou d'esprit.

Ceux-ci enfin, en interposant l'excommunication, l'interdit ou l'anathème (autant qu'ils

le pouvaient] entre \e& puissants prêts à prendre les armes ; et ceux-là en se réservant le droit exclusif de décider l'opportunité des expéditions militaires.

La bonté, ai-je dit, devait naître chez les hommes qui en avaient le plus besoin. Eh bien 1 reprenons son histoire chez ceux des blancs que nous connaissons le mieux afin de plus neltemeit préciser où fut son berceau.

— Parmi les peuples de l'Europe ancienne, quels furent les plus cruels batailleurs, les plus éhontés pillards, disons le mot* les plus enragés brigands?

Ceux que leurs chefs conduisirent saccager Delphes et Rome en criant : <^ Malheur aux vaincus ! » les Gaulois, nos ancêtres les plus dkects.

— Eh bien I quel peuple fit plus pour rétablissement et le maintien de la papauté que la France très-chrétienne, la fille aînée de l'Eglise?

Aucun I

— Et quand la tiare, ternie par l'intolérance, perdit la moitié de son empire, quand, au nom de la liberté individuelle, tout le nord

deTEurope {que n^avaient pas suffisamment socialisé les empereurs et papes romains) se souleva contre l'absolutisme spirituel occidental ; où la pensée d'une religion universelle, capable de subordonner la cupidité privée à l'intérêt public ; et de cimenter, non plus les gouvernements militaires (chose à jamais imposible) par une foi commune révélée, mais tous les peuples (devenus enfin travailleurs et pacifiques) dans une même conviction née de recherches purement humaines; où cette pensée, dis-je, alla-t-elle se réfugier où. mieux éclore? — En France encore, à Paris même, en plein ancien repaire des vieux bandits Gaulois, aux jours des plus calamiteux revers de la guerre étrangère, à la veille des plus sanguinaires horreurs des discordes civiles, au temps où nos enthousiastes grands-pères , ivres de haine et d'amour à la fois, tonnèrent au monde moderne (non par des mots, mais par des faits) celte formule prodigieuse : « Ni Dieu, ni roi; la république et l'humanité. » A une époque, enfin, en tout semblable à celle où la papauté (sauveur, elle aussi, de l'indépendance européenne) proclama sa devise sublime : « In necessariis unitas, indubiis libertas^ in omnibus charitas. »

VINGT-TROISIÈME LEnHE.

Qui dit pourquoi les blancs sont devenus, plus que les jaunes et les noirs, courageux, militaires, vaniteux, bons, généralisateurs, systématiques et habiles à 3'exi»rtBier graphiquement.

Messieurs,

Par ma précédente lettre j'ai posé en fait que le courage, le génie militaire, la vanité, et cœteray et cœtera, s'étaient plus développés chez les blancs que chez les jaunes et les noirs. En celle-ci je me propose de dire le pourquoi de ce phénomène. Mais comme la chose n'est pas facile, comme de plus j'ai à ménager certaines considérations un peu neuves ; je prendrai un fort long détour, et n'aborderai mon sujet qu'après vous avoir rappelé comment les Asiatiques et les Africains furent lancés respectivement sur les pentes qu'ils ont suivies.

Soyez donc assez bons pour me laisser reprendre, en sous-œuvre, quelques-unes des observations que nous avons faites à leur égard.

Parce qu'un être vivant est d'autant plus tardif en son éveil mental, d'autant plus lent en sa croissance, et d'autant plus exigeant pour

son piédestal matériel qu'il doit aller plus loin, socialement parlant ; et parce que l'Australie et l'Afrique centrales sont plus favorables aux bêtes qu'aux hommes : certains animaux sociables s'organisèrent en familles, en tribus et même en nations, aux parages les moins stériles de ces deux vastes continents , bien avant que les noirs ne songeassent à le faire.

Les nègres et les papous, que la faim et l'amour du pillage guidèrent vers les domaines de ces espèces, n'eurent donc qu'à les servir d'abord, qu'à partager avec elles ensuite, et qu'à les gouverner enfin ; c'est-à-dire (les craignant de moins en moins) qu'à les admirer, aimer et imiter de plus en plus (en laissant leur imagination enfantine s'exagérer le sentiment naturel et vrai de leur infériorité primitive envers elles), en un mot, qu'à les adorer ; pour se trouver organisés domestiquement en familles polygames, iriduslriellement en tribus pastorales, nomades et même sédentaires, poliliquement en patriarchats, et religieusement en populations fétichiques, en sociétés pensant que tout est gouverné par un ensemble de providences terrestres, végétales, animales et célestes, plus puissantes que notre espèce, par conséquent surhumaines, ou, si mieux vous aimez, divines.

Aux pays colorés (jaunes ou rouges, asiatiques ou américains), les choses se passèrent diflérerament et mieux.

En effet ; parce que ces pays sont très-grands et situés tous entre les montagnes et la mer, ou fort élevés ; tous, ils sont assez humides ; partant, assez fertiles ; et, partant aussi, le rendez- Tous naturel des plantes et des bêtes aptes à former les sociétés les plus nombreuses, des plantes et des bêtes les plus domesticables par conséquent, ou, ce qui revient au»même, des plantes et des bêtes les plus philanthropes.

Donc rhomme a pu, non-seulement y respirer, boire et manger, sans trop de fatigue, mais encore s'y ménager des loisirs en travaillant ; et dans ses loisirs consacrer à la méditation toute la force nerveuse que ne consumaient pas les organes végétatifs ou animaux; et, par ces méditations, concevoir un mode social meilleur que celui du noir.

Eh bien I cette conception, conséquence immédiate d'un milieu plus favorable, il a pu commencer à la réaliser, grâce à des précepteurs animaux plus empressés que ceux de l'Afrique à aimer Thomnie, à le servir, à s'humilier devant lui, à lui révéler sa supériorité

organique et sa grandeur possUde, voire môme sa mission providentielle future.

Il a pu commencer à la réalise? et Va &i(, religieusement, en renonçant très-vite au Cttlt6 des bétes et des plantes, et très-vite aussi à celui des monstres formés de parties animales ; pour n'adorer que des idoles exclusivement composées d'organes humains, autrement dit.

se faire tout à fait païen, ou même cotmpléidment monothéiste.

Il a pu commencer à la réaliser et Ta fait, politiquement^ en donnant aux pouvoirs pratiques plus d'autorité qu'aux théoriques ; aux chefs militaires plus qu'aux religieux ; et aux gouvernés (travaillant la matière) une liberté d'autant plus grande qu'ils avaient à régir des êlre5 moins vivants, qu'ils étaient par conséquent plus agriculteurs que pasteurs, plus industriels qu'agriculteurs, plus négociants qu'industriels, et ainsi de suite.

Il a pu commencer à la réaliser et Ta fait, it^dustriellement, en étendant son pouvoir jusque sur des êtres plus difficiles à comprendre et manier que ceux qui vivent, attendu qu'ils ne peuvent ni entendre nos ordres, ni volointairement nous prêter leurs forces. On conçoit aisément que j'entends parler des airs

et des eaux, des vents, des fleuves et des terres, des gaz et des liquides combustibles ou non, et surtout des solides, métaux, argiles, roches, charbons, etcœlera.

Il a pu commencer à la réaliser et Ta fait, domestiquement, en instituant la famille proprement dite ; en créant, dans son troupeau humain, les distinctions d'épouses, de favorites, de concubines et d'esclaves, d'enfants et de serviteurs.

Enfin il a pu commencer à la réaliser dans sa vie individnelle ;

Pratiquement, en recourant plus fréquem- . ment que ne le fait le noir aux sortilèges, horoscopes, exorcismes, divinations de toutes sortes et autres pratiques ou sciences cabalistiques , émanées toutes d'un sentiment trop exagéré de ce que peut l'homme.

Intellectuellement, en ne bornant pas (comme le fait le noir, encore) ses observations aux êtres, mais en les étendant jusqu'aux actes qu'ils commettent ensemble ou successivement ; en ajoutant à la contemplation de l'espace celle des événements ou du temps ;

Et moralement en&n y en préférant la conception du destin, du ciel et de la nature (entitésde plus en plus disciplinées et de plus en plus accessibles à l'homme) à celles de dieux tou-

jours absolus, souvent capricieux, fréquemment incompréhensibles, et jamais soumis à notre puissance.

Mais commençant à réaliser cette conception et la réalisant; c'est-à-dire, améliorant les institutions du noir ou bien y ajoutant ; jamais ridée ne lui vint (à lui coloré 1) de mettre dans la société le constructeur au-dessus du destructeur, l'industriel au-dessus du guerrier , le pouvoir moral ou spirituel au-dessus du pouvoir pratique ou matériel, le prêtre, le savant ou l'artiste au-dessus du soldat du producteur ou du négociant ; pas plus qu'elle ne lui vint de mettre, dans la famille, la femme audessus de l'homme ; pas plus qu'elle ne lui vint encore de préférer en son for inf^newr l'abstrait au concret, l'avenir au présent ou au passé.

C'est que, dans les pays jaunes ou rouges, à côté des avantages que j'ai signalés; il y a des obstacles monstrueux, que l'homme n'a pu surmonter encore, et qu'il ne faut pas oublier, si l'on veut bien comprendre sou développement cérébral.

Ces obstacles monstrueu^^ (aériens, aquati* ques et terrestres, vivants et non vivants) sont

les trombes, les ouragans, les pluies diluviennes, les débordements des fleuves, les raz de marée et autres cataclysmes météorologiques ; les épidémies épouvantables (peste, choléra, fièvre jaune, et cœtera) qui les suivent ; les bêles féroces qui nagent au sein des fleuves ; celles plus nombreuses et non moins dévastatrices (insectes rongeurs de toutes espèces) que Vair apporte ; les carnassiers (reptiles et quadrupèdes) qui se cachent dans les forêts et savanes ; enfin (en quantité plus prodigieuse encore) les plantes parasites, si tenaces en leurs germes et racines, et si promptes à se reproduire.

Tous êtres aussi puissants que misanthropes et aussi misanthropes que matérialistes. Tous êtres constamment là pour fondre sur l'homme et ses travaux ; constamment là pour lui redisputer la suzeraineté des régions qu'il a conquises; constamnient là par conséquent pour exiger qu'il les repousse (de fait ou d'inlention ) comme seulement on peut faire les méchants, matériellement I Tous êtres enfin constamment là pour maintenir le coloré dans les conceptions toujours concrètes et toujours relatives au présent, qui lui crée des obstacles, ou au passé, qui lui fournit des armes.

Le résumé de tout ce qui précède, le voilà !

Si le jaune, maître d'un champ de bataille qu'il ne peut quitter encore, s'est résigné à demeurer en statu quo social en son milieu, comme avait fait le nègre dans le sien (et quel homme, quelte famille, quel peuple, quelle race même peut indéfiniment combattre ou produire 11); si le jaune, dis~je, s'est résigné à demeurer en statu quo, en sacrifiant toujours le progrès à l'ordre ; du moins il ne l'a fait qu'après avoir ajouté (dans le trésor de l'humanité commencé par les noirs), la domestication des êtres inorganisés à celle de ceux qui vivent, les richesses et les institutions du régime industriel à celles de l'activité pastorale et agricole ; plus l'observation des événements à celle des êtres, la conquête et la mensuration du temps à celle de l'espace, la connaissance du passé à celle du présent ; plus enfin les conceptions du destin, du ciel et de la nature à celles des dieux.

Conceptions on ne peut plus bienfaisantes ; puisqu'elles ont conduit les illustrations de celte race à substituer les allures indépendantes de la métaphysique et ses persuasions à la servilité passive et à la foi aveugle ; r activité productrice du créateur à l'inertie expectante de la créature ; et l'autocratisme politique, le des-

potisme humain à l'absolutisme religieux, au fhtaUsme théocratiqué, mille fois plus oppressif et mille fois plus sanguinaire que lui ; sî ott en juge par les actes de ses deux grands derniers représentants : Moïse et Mahomet,

Ces considérations une fois rappelées, abor"dons le sujet spécial de celte lettre ; en calquant de notre mieux Fhistoîre cérébrale de notre variante sur les récits qui précèdent. Autrement dit, montrons pourquoi le blanc devint, plus que le jaune et le noit*, courageux militaire, vaniteux, bon, généralisateur, systématique et habile à s'exprimer au njoyen de signes, plus puissants que le geste ou la voix, à nous faire communier d'idées, non-seulement avec tous ceux qui vivent, mais encore avec tous ceux qui vivront.

Les pays de notre vieux continent (Grèce, Italie, France, Espagne, Suisse, Grande-Bretagne et Scandinavie), où notre type mental se forma, n'étaient au temps jadis que de petites contrées, beaucoup plus froides et plus humides qu'elles ne le sont aujourd'hui. Et ces petites contrées étaient divisées et subdivisées à l'infini par de hautes montagnes, de profondes vallées, des fleuves peu navigables, des rivières.

des lacs et des marécages sans nombre, en provinces archi-petites.

Et ces provinces archi-petites, encombrées de plantes aquatiques et terrestres, étaient difficiles à parcourir et plus encore à défricher. Et dans ces provinces ' archi-petites, difficiles à parcourir et plus encore à défricher, il n'y avait (comme graines alimentaires abondantes et riches en huile ou farine) que la faine ou le gland, et (comme animaux comestibles, à la rigueur seulement) que Vurus, le cerf, le sanglier et d'autres quadrupèdes indomesticables. Le cerf, l'urus, le sanglier, etcœtera, aussi dangereux à chasser qu'à disputer aux renards, aux loups, aux ours, aux lions et autres fauves plus cruelles ou plus rusées.

Donc nos ancêtres immédiats (ceux des hommes de notre vieux monde que leur climat fit blancs, c'est-à-dire plus carnassiers que les jaunes ou les noirs et moins robustes qu'eux) trouvèrent aux pays qu'ils eurent en partage de quoi manger il est vrai, mais nulle autre assistance, morale ou mécanique.

• Eh bien ! en ces contrées, plus difficiles à défricher que l'Afrique, l'Asie ou l'Amérique heu-

reuse, ces hommes, si dépourvus d'instituteurs, d'aides et même de nourrisseurs animaux, que pouvaient- ils devenir, eux carnassiers et faibles au maximum? Que pouvaient-ils devenir, sinon d'enragés chasseurs, pêcheurs, brigands et cannibales (aux instants où le besoin de viande les surmenait) et des brutes (inertes, parce qu'elles étaient repues) tout le reste du temps ; en deux mots, de véritables sauvages.

Et, véritables sauvages, que pouvaient-ils aimer, comprendre et rechercher, en ces pays si favorables à la vie solitaire, sinon la plus complète indépendance personnelle I Et n'aimant, ne comprenant et ne recherchant que la plus complète indépendance personnelle, à quelle conception de la vie pouvaient-ils arriver? Quelle règle pouvaient-ils se donner?

Quelle formule gouvernementale, s'il est permis de s'exprimer ainsi, pouvaient-ils constamment faire et refaire, graver et regraver constamment en leur cervelle? Sinon celle-ci :

« En tout et partout, liberté individuelle illimitée. »

Ainsi germa, grandit et se développa tout naturellement, dans l'âme du blanc, sous Tinfluence d'un milieu qu'il dut subir tout d'abord, une devise diamétralement opposée au principe

« de la iubardination absolwt "^ qui, tout naturellement aussi, avait germé grandi et s'était développé, dans l'âme des noirs et des jaunes, pendant qu'ils subissaient leur milieu.

Ce que l'adoption exclusive de l'une ou l'autre de ces manières de voir causa, cause et causera de conflits internationaux et civils, religieux et politiques, industriels el scientifiques, domestiques et même personnels, en Europe et par toute la terre; les historiens l'ont dit, le disent et le diront longtemps encore. Comme biologiste, je ne dois qu'une chose, mettre en relief les qualités pratiques, facultés intellectuelles et penchants affectifs que durent surtout cultiver les blancs, restés le plus sagement fidèles au point de partance de leurs ancêtres ; ceux qui s'affranchirent le mieux des habitudes, sentiments el pensées des absolutistes jaunes et noirs, qui vinrent les initier à la vie sociale ; ceux enfin qui réussirent le mieux à concilier l'indépendance et le concours ; en se donnant pour but de n'être heureux que par et pour autrui.

Eh bien! parce que depuis les temps homériques et même fabuleux jusqu'en 1793 et même 4815; les meilleurs blancs eurent tou-

jours à combattre les despotes Asiatico-Africains, oU leuts imitateurs ; et parce que l'audace et la tactique militaire peuvent seules dispenser du nombre ; évidemment les meilleurs blancs durent toujours grandir en courage et génie militaife.

Puis, parce que depuis ces mêmes temps si ànciehs, tes mêmes blancs n'ont aimé qu'eux, compris (juteux el voulti {)oui* maîtres qu'eux ; parce qu'ils n'ont été domptables que par euxmêmes ; parce qu'ils n'ont pu obéit qu*à ce qu'ils trouvaient bon, croyaient juste, ou re^ connaissaient pratiquement utile ; évidemment encore, fceûx quî aspirèrent à les gouverner dilretit développer, et chez eux et en leur propre personne:

Ou là bonté qui rend Simatit et fait aimef, qui par conséquent permet d'entraîner l'homme par le sentiment, el, partant, de le gotiverner pai* la logique du cœur;

Où celles de nos facultés intellectuelles [induetiôn et déduction) qui selreiit le plus à comprendre et se faire comprendre, qui aident le mielix par conséquent à vaincre l'homme avec son propre cerveau, et, pattarlt, à le gouverner pu là logique dé l'esprit ;

Ou bien enfin, l'h&bitUde et le goût du tra-

vail, sans lesquels nulle expérimentation ma-térielle n'est possible ; sans lesquels, par conséquent encore, on ne saurait convaincre et gouverner l'homme, qui n'accepte que les résultats produits par lui-même, qui ne cède^n un mot qu'à la logique des faits.

L'une ou l'autre de ces trois aptitudes mentales, dis-je, ou mieux toutes ensemble, ils durent les développer autant que possible.

Puis, parce que la persuasion était l'arme la plus puissante auprès de nos ancêtres immédiats (comme elle l'est encore près de nous, aujourd'hui); et parce qu'on n'arrive à glisser, en notre âme, telle résolution, qu'au moyen d'impressions stimulant notre intelligence, notre caractère et nos penchants de telle sorte, que leur triple travail produise telle pensée : ceux des sauvages blancs de la vieille Europe, qui aspirèrent à gouverner leurs semblables, durent, également aussi, développer ( en euxmêmes et chez les autres) les facultés d'exprèssion les plus persuasives, le goût des beaux arts qui nous captivent le mieux, ceux surtout qui s'adressent à nos sens éminemment élevés et sympathiques (oreille et vue) ; et, par cela même, parmi les procédés, instruments et signes qu'ils comportent, ceux qui permettent

le mieux à rhomme solitaire de reconstruire»

en sa propre tête, les sons et les images qui l'ont charmé le plus, c'est-à-dire les lettres, notes, et autres signes graphiques dont les poètes, musiciens et peintres usent tapt.

Enfin, parce que de tous les penchants, qui nous poussent vers autrui, la vanité est celui qui nous soutient le mieux en nos gestes et discours, quand nous voulons persuader les autres, quand nous voulons qu'ils nous persuadent et, surtout, quand nous voulons qu'ils ne le fassent pas ; cette dernière de nos aptitudes mentales caractéristiques dut, constamment aussi, croître, et chez les blancs qui aspiraient au pouvoir, et chez ceux qui les repoussaient.

Elle dut constamment le faire et le fit à tel point que, parlant des blancs, on a pu dire, on dit et l'on dira longtemps encore :

« Vanité des vanités, tout n'est que vanité. »

VINGT-QUATRIÈME LEWRE.

Durée probable du bizarre amalgame cérébral qui caractérise le blanc d'Europe. — Gomment celui d'Océauie fpt piis sur la même pente mentale que nous.

AfsssiËupsi,

Dans ma dernière lettre, j'ai dit les causes matérielles et sociales, qui tant développèrent le courage, la vanité , le génie militaire, et oœtera, et cœtera, chez les blancs de l'ancien monde. En celle-ci, je me propose de fixer la durée probable de ce bizarre amalgame de caractéristiques cérébrales.

Evidemment s'il est utile, si les additions et changements qu'il fit apporter aux conceptions asiatico-africaines par l'élite des Européens sont bons ; il faut qu'il persiste jusqu'à ce que la majorité de notre espèce (au moins) les ait acceptés. Eh bien I ces modifications» quelles sont-elles? Rappelons-les d'abord. Nous les jugerons ensuite.

Les jaunes (après avoir considérablement

enrichi le oommun trésor, qui sert de base à la puissance de notre espèce, commun trésor commencé par les noirs), les jaunes, dis-je, sont fatigués à leur tour de leurs très-longs efforts sociocratiques, et cèdent forcément la direction de notre yieux monde aux blancs, demeurés jusqu'alors parfaitement sauvages I

Immédiatement l'intelligence, éminemment révolutionnaire de ces flerniers, porte le flambeau de l'abstraction dans le recueil des connaissances, empiriquement amoncelées par leurs devanciers en civilisation \ et tout aussitôt la lumière s'y fait.

Tout aussitôt, les similitudes et les dissemblances apparaissent. Tout aussitôt l'induction découvre des lois, la déduction crée des systèmes et la science naît.

La science abstraite, mère de la prévision, qui tout naturellement ajoute la notion de Y avenir à celle du présent et du passé, la conception du progrès à celle de l'ordre et la connaissance du mouvement à celle de l'espace et du temps qu'il combine.

yoyez comme tout s'enchaîne. Voyez ce

qu'ont produit ces trois idées mères; la dernière surtout !

L'homme connaît le mouvement 1 Vite il fait des machines. Les machines faites ; il se fatigue moins. Se fatigant moins ; il pense davantage. Et pensant davantage ; il fait du travail autre chose qu'une imitation servile.

Le travail n'étant plus une imitation servile; le régime des castes s'écroule. Le régime des castes écroulé, le producteur devient matériellement libre. Matériellement libre I il le devient civilement. Civilement libre I il le devient politiquement. Politiquement ! religieusement. Et religieusement I mentalement.

Poursuivons cette logique des faits. Cet homme , devenu libre par la pensée , prévoyant par la science, et puissant par la machine, de quoi va-t-il s'occuper ? de perfectionner notre espèce, plus toutes celles qui sont philanthropes, plus encore la terre tout entière.

Et ce faisant, et s'en trouvant bien ; où arrivera-t-il? A croire de plus en plus à sa propre providence, et de moins en moins à celle de la nature, du ciel, du destin, ou des dieux.

Et (croyant de plus en plus à sa propre providence et de moins en moins à celle de la na* ture, du ciel, du destin ou des dieux] à quelle pensée finale s'arrêtera- t-ilî A considérer le genre humain, comme ayant mission de corriger ( à travers les siècles, avec l'assistance de tout ce qui est perfectible) une création défectueuse sous mille et mille rapports.

Ce qui tout naturellement le conduit à la notion d'une providence collective et abstraite, plus puissante et plus viable que chacun de nous, d'origine toute naturelle, à bonté, intelligence et forces toujours croissantes, qui (de plus en plus et de mieux en mieux ) travaille à emparadiser la terre, améUorer tous nos auxiliaires bénévoles et angéliser l'homme ; par l'activité continuelle de tous les êtres philanthropes, qui d'abord peuplent simultanément l'espace, et puis ensuite successivement le temps.

Ou si vous préférez, à cette phrase trop longue, un seul mot; ce qui tout naturellement le conduit à la notion de Thumanité.

De l'humanité ! qui le fait naître, qui protège son enfance 9 utilise les forces matérielles de sa virilité et puis celles mentales de son âge mûr.

qui entoure d'égards sa vieillesse , recueille sa dépouille mortelle, sanctifie samémoire en raison des services bénévoles et môme involontaires qu'il a rendus, et se l'incorporant grandit sa valeur de toute celle qui le personnifiait.

De l'humanité 1 qui, toujours maternelle et toujours relative en ses jugements, lui montre en chaque être ce qu'il y a de vrai, de beau, de bon, savoir : dans la femm^, son supérieur en moralité ; dans le vieillard , son supérieur en sagesse; dans l'enfant (son protecteur fiitur) , son supérieur en avenir; et dans chacun des travailleurs de son âge, un auxiliaire du grand œuvre dont elle lui confie un détail; etcœtera, et cœtera.

De l'humanité , enfin 1 qui l'a rendu et le rend de plus en plus possesseur de tous les êtres vivants ou non , et surtout de toutes les forces qu'ils récèlent; pour qu'achevant la conquête (commencée par les noirs et poursuivie par les jaunes) il devienne un jour assez maître de son milieu et sufiSsamment libre de soucis maternels, pour songer à mettre l'avenir au-dessus du présent et surtout du passé, l'abstrait audessus du concret et le pouvoir spirituel audessus du temporel; autrement dit l'intelligence au-dessus de la force, et le sentiment au-dessus de Pintelligence ; autrement dit eneoref lecdnsr

tracteur au-dessus du destructeur, Tindustriel au-dessus du soldat, le savant au-dessus de l'industriel, l'artiste au-dessus du savant, le prêtre au-dessus de l'arlisie et la femme audessus du prêtre.

Toutes choses que jamais ne firent ni les noirs ni les jaunes; mais que lui blanc fait déjà, en chaque lieu et en chaque circonstance où ses besoins matériels se taisent. C'est-à* dire, dans son intérieur, dans ses salons, dans ses temples , voire même dans ses dubs en temps de paix.

Parlant ainsi, je ne fais allusion, bien entendu, qu'aux Européens, trop peu nombreux encore, qui posent en principe que l'homme adulte doit nourrir la femme, l'enfant et le vieillard ; que la monogamie doit avoir pour complément l'abolition du divorce et même le respect du veuvage ; qui posent en principe, que la publicité des actes gouvernementaux doit remplacer l'action mystérieuse et dégra-dante du despotisme des autocrates ; qui posent en principe que la liberté de conscience et l'irrésistible entraînement de la conviction scientifique valent mieux que l'obéissance aveugle aux précepte d'pne foi théocratique etquelea

inspirations, si capricieuses et si fréquemment discontinues de la grâce.

Et parlant ainsi ; je ne fais allusion qu'aux Européens qui veulent que la fraternité moderne, des hommes et des peuples travailleurs, se mette aux lieu et place de la morgue toujours provocante des noblesses et des nations militaires; qu'aux Européens qui disent que la solidarité cordiale dans le devoir vaut mieux que l'hypocrite respect accordé au privilège ; que le choix réfléchi du chef est préférable au hasard de la naissance ; le dogme de la souveraineté du peuple à celui des droits divins ; et cœtera, et cœtera.

Ou si vous préférez, à ces'périodes si longues, bien qu'inachevées, une phrase un peu plus courte ; je dirai que, parlant ainsi, je n'ai fait allusion qu'à ceux des Européens qui ont secoué le joug de la métaphysique et du théocratisme , assez pour substituer aux règles absolutistes (spirituelles ou temporelles, d'origine africaine ou. asiatique) les préceptes toujours si bons que l'humanité recommande :

toujours si bons, parce qu'ils sont toujours relativistesl

Cette réûapitulation fort inexacte des principaux travaux de notre espèce une fois ébauchée, que nous reste-t-il à faire, pour savoir si le bizarre amalgame de nos caractéristiques cérébrales doit durer encore, et jusqu'où il doit durer? Examiner si ces additions et changements apportés aux conceptions asiatico-africaines par l'élite des Européens valent mieux que tous les engins sociaux qui nous viennent de l'Egypte, de l'Asie mineure ou de llnde.

Eh bieni valent-ils mieux? Oui, vous n'en doutez pas, ni moi non plus I Donc nous devons mentalement rester encore ce que nous sommes; et ce, jusqu'à ce que la majorité de notre espèce (savoir les rétrogrades théocratiques ou militaires et les révolutionnaires déistes ou métaphysiciens) ait adopté les conceptions philosophiques des quelques enthousiastes de l'avenir que renferment les divers étals de l'Europe occidentale.

Alors, mais seulement alors, on pourra songer à remplacer dans ce bizarre amalgame cérébral (produit par la topographie européenne, d'une part, et les importations jaunes et noires, de l'autre) on pourra, dis-je, songer à remplacer les aptitudes mentales qui l'entachent

par des facultés plus aimables, afin que, traduites par nos formes extérieures et les traits de notre visage, elles vaillent à notre blanche variante des reliefs plus expressifs que ceux formulés par Athènes, et surtout meilleurs que ceux conçus à Rome.

Mais, laissons l'avenir à ce qu'il sera et rentrons dans notre sujet, non plus pour disserter encore sur les blancs de l'ancien monde, mais sur ceux du nouveau.

Donc, pourquoi ceux d'Océanie, pourquoi les Polynésiens sont-ils devenus courageux, batailleurs, vaniteux, et cœtera, et cœtera, plus que ne le sont les Papous de la Nouvelle-Hollande et que les colorés des nouvelles Hébrides ou de la Nouvelle-Calédonie ? Parce qu'ils subirent, de la part de leur milieu, des pressions, les unes bonnes et les autres mauvaises, analogues à celles qui ont despotisé nos ancê^très.

Le parallèle suivant va confirmer pour vous, j'espère, cette nouvelle assertion*

Le berceau de nos aïeux était on ne peut plus favorable à la ne sauvage, parce qu'il

était divisé et subdivisé en provinces petites, archi-petites, par de hautes montagnes, des fleuves peu navigables, des vallées profondes, des lacs, des marais, et cœtera, et cœtera.

Eh bien ! ces pays petits, archi-pelits, que sont-ils, en comparaison des archipels, iles et îlots polynésiens? De gigantesques continents I

Et ces hautes montagnes d'Europe, ces vallées profondes, ces fleuves peu navigables, et cœtera, et cœtera, que sont-ils en présence des plaines immenses de l'Océan Pacifique et des récifs infranchissables qui défendent l'accès de ses microscopiques îlots, si distancés les uns des autres, que c'est par centaines et milliers de lieues qu'on marque l'intervalle qui les sépare î Que sont-ils? des obstacles véritablement nains.

En tout ce qui précède, j'ai fait abstraction, bien entendu, de Chatem et des trois îles Néo- Zélandaises, les plus grandes terres qui soient en Polynésie. Les plus grandes ! bien qu'à elles quatre elles ne vaillent pas en étendue l'Angleterre et l'Ecosse réunies.

Eh bien I encore les hautes montagnes, les vallées profondes, les fleuves peu navigables,

les lames si courtes, les gouffres et les rochers si redoutés de la Méditerranée, Gharybde et Scylla I qui tant firent durer la sauvagerie de nos ancêtres, en entravant leu^s communications ; que sont-ils auprès des cimes éternellement couvertes de neige des pays Mahouris, des chaînes infranchissables et infranchies encore, des lacs immenses, des marais de boues sulfureuses, des forêts vierges, des vastes plaines aux géantes fougères, qui découpent leurs lies, et des tempêtes si fréquentes et si furieuses, qui ne permettent même pas à nos vaisseaux d'en explorer leurs côtes occidentales ; que sontils ? sinon des nains encore I

Les obstacles topographiques à peu près appréciés, passons à ceux d'un autre genre.

Nos ancêtres n'avaient en fait de gros animaux, comestibles à la rigueur seulement, que l'urus, le sanglier ou le cerf. Faute de viande ; que devinrent-ils I eux blancs! c'est-à-dire carnassiers, de par leur climat, plus que les jaunes et les noh^s? anthropophages! (En Islande, l'homme, au temps de Guillaume le Conquérant, mangeait encore de l'homme.)

En Polynésie sous-tropicale, en fait de quadrupèdes mangeables» de viande, qu'y a-t-ilî

-sua-

Rien, absolument rien. Et & Ghatam ou bien encore à la Nouvelle-Zélande? rien non plus, sauf quelques chiens sauvages, si rarissimes qu'on pourrait mettre en doute leur existence; sauf eux et les ours, dont la présence au sein des montagnes inaccessibles de la grande tie du Sud, est plus problématique encore^

Etonnez- vous, après cela, que les blancs polynésiens soient devenus et restés cannibales jusqu'à ce jour. Et cela si naturellement (j'ai honte de parler ainsi), qu'ils vous racontent les plus naïves légendes {a) et les plus touchantes histoires d'amour (6), qu'ils s'encouragent (même enfants) à la plus pure morale (c), tout en mangeant de la chair humaine.

Mais pourquoi, eux sauvages, seraient-ils conséquents sous ce rapport; lorsque nous civilisés nous le sommes si peu, quand il s'agit de guerre î

Poursuivons notre parallèle.

Pour s'organiser domestiquement, politiquement, religieusement, nos ancêtres, qui eurentils pour modèles? Les sociétés aussi incomplètes qu'éphémères de quelques animaux brouteurs, amoureux de la solitude jusqu'à être presque bêtes fauves t

Eh bien 1 pour devenir chefs de famille, citoyens et croyants; les blancs polynésiens qu'eurent-ils pour modèles? Pas un seul herbivore sociable, si petit qu'il soit; pas un seul ; rien; absolument rieni Consultez leurs traditions sacrées, l'histoire de la création de leut monde (d) ; et vous en serez convaincus.

Ëtonnez-vous, après cela, s'ils échappèrent encore plus parfaitement que nos ancêtres immédiats au fétichisme; si par suite ils donnèrent de tous les phénomènes qui ont fixé leur attention des explications tout humaines; si d'emblée, pour ainsi dire, ils tombèrent dans le paganisme; si enfin les conceptions religieuses auxquelles ils s'élevèrent furent, comme les nôtres, mises par leurs chefs moraux sous la sauvegarde de héros, demi-dieux et dieux anthropomorphes.

Deux mots encore et je termine ce parallèle, que je'reprendrai peut-être un jour.

Nos aïeux restèrent sauvages, absolument sauvages, jusqu'au moment où leurs initiateurs jaunes et noirs vinrent (avec leurs institutions, instruments et provisions de toutes sortes) les lancer dans la vie sociale. Mais, à partir du jour où ils eurent toutes les ressources de Tac-

tîvité pastorale, agricole et industrielle ; à partir de l'heure où, sans avoir l'esprit et les habitudes que donnent ces trois manières de vivre, ils en eurent toutes les forces, ils se lancèrent dans la vie militaire, intellectuelle et esthétique : sans vouloir même estimer à leur égal les deux variantes humaines qui leur avaient permis de le faire. Qui leur avaient permis de le fairel en les dispensant de tout souci végétatif et musculaire; c'est-à-dire en leur donnant de quoi boire et de quoi agir au delà de leurs besoins matériels.

En Océanie, les cadeaux et les bienfaits des noirs et des colorés, des Papous et des naturels de la Nouvelle-Calédonie ou das Nouvelles-Hébrides, aidèrent-ils semblablement les blancs polynésiens à mépriser l'activité pastorale , agricole ou industrielle; pour devenir, eux aussi, amoureux de la guerre, penseurs et artistes 7 Non, c'est tout bonnement la terre et le ciel qui leur rendirent ce service. Car, tout en les privant absolument d'animaux domestiques et de métaux, ils leur fournirent sous les tropiques plus d'aliments savoureux qu'ils n'en pouvaient consommer ; et dans les îles, situées sous la zone tempérée, à Chatam et à la Nouvelle-Zélande entre autres, tant de racines de fougères, que cette plante devint en beaucoup

d'endroits un obstacle a leurs pérégrinations. Or la racine de fougère, dont le principe amer et purgatif est si facile à détruire sous la cendre chaude, n'est que gomme et fécule. De plus elle possède cette vertu précieuse, au dire des Mahouris, de donner force, courage et génie militaire à celui qui la mange. Mais j'anticipe énormément trop sur ce qui doit suivre.

La conclusion de ce long parallèle, que je pourrais beaucoup allonger encore, la voici.

Les Polynésiens (dispensés, par la douceur et la fertilité de leur climat, de toute activité végétative ou animale un peu fatigante) se sont lancés d'eux-mêmes dans le domaine de l'abstraction ; et sont arrivés de travail en travail et de conséquence en conséquence, à ces deux résultats caractéristiques : 1 ° d'être blancs, malgré le soleil tropical qui les surplombe: et Si'* d'être plus épris de la supériorité spirituelle que de la puissance matérielle ; malgré l'antropophagisme qui entache encore leurs mœurs et plusieurs de leurs institutions.

De sorte que, sans assistance aucune, ils ont fait de l'autre côté de la terre, pour leur corps et pour leur âme, ce que nous autres Européens (qui préférons aussi la valeur morale il la force physique ; malgré ce qui nous reste

de monomûnie batailleuse) nous n'avons pu faire de celui-ci, qu'à partir du jour où les Africains et les Asiatiques nous prêtèrent de quoi dominer suffisamment un milieu naturellement trop fort pour nous.

POST-^CRIPTUMg

J'en étais là, de ces considérations générales sur l'espèce humaine, quand j'eus avec Prosper Enfantin la conversation que je résumerai, dans un instant.

Avec Prosper Enfantin I s'écrieront les personnes qui sont au courant du positivisme.

« Comment! vous, disciple d'Auguste Comte, » avez-vous pu aimer et fréquenter ce chef » d'une doctrine, si contraire à la vôtre? »

A cela je répondrai: , .

1* Que ses écrits sont trop vagues, pour qu'on puisse affirmer qu'il était pour ou contre quoi que ce soit ;

2° Que c'est à Fourrier, non à lui, que revient la honle d'avoir glissé, jusqu'au bout, sur la pente fatale qui conduisit à proposer d'abolir la famille et la propriété, par la communauté des femmes et des biens ;

y Que presque tous les Saint-Simoniens ont réfuté largement ces deux aberrations antisociales, en se/nariant, s'enrichissant ou faisant les deux à la fois;

i* Que si le père Enfantin a nié théoriquement la valeur des deux plus admirables institutions de Thumanité, de fait il les a reconnues, en testant, d'une part ; et, de l'autre, en mourant dans les bras de sa fille { W^ Guillaume) et de ses deux petits-fils (Auguste et Emile);

5^ Que de fait encore, les Saint-Simoniens ont rendu hommage aux droits du sang, en laissant à ces deux Messieurs le soin d'ensevelir leur grand-père. (J'ai soutenu sa tête admirable pendant qu'on le mettait au cercueil ; et j'affirme qu'il n'y avait, pour nous aider en ce pieux devoir, aucun des soi*disants fils de sa grande famille.)

6*» Que

Mais pourquoi parler des disciples et du chef d'école, quand il ne s'agit que de l'ami intime ; pourquoi discourir sur l'homme public, sur le chercheur, que son intelligence a si malheureusement conduit à se calomnier par ses propres écrits, lorsqu'il n'est question que de la personne m cœur noble et généreux, qui vous

imposait l'affection parja puissance de ses bienfaits?

Donc, parce que j'ai trouvé, dans Prosper Enfantin, un prolecteur empressé de secourir mes besoins matériels et mes chagrins par sa bonté, mes hésitations par son courage, et mon travail mental par son esprit si vif à tout comprendre, et surtout si affable et si modeste à bien conseiller ; je l'ai aimé, je l'aime et l'aimerai toujours ; et , toujours I j'aurai plaisir à l'appeler du nom de Père que la gratitude a, lentement mais profondément, gravé sur mes lèvres.

Ces choses dites, je rapporte, aussi fidèlement que possible, la conversation promise ; afin qu'on puisse apprécier, à sa juste valeur, le noble et délicat empressement que mettait le Père à me soutenir dans la voie du positivisme:

— Père, en ma prochaine lettre, je dirai par quelles circonstances topographiques la France fut conduite à poser la formule du grand problême social que le blanc prototype doit résoudre, par ses mœurs et par ses formes.

tuis, dans la suivante, j'examinerai le sort qui attend chacune de nos trois variantes humaines...

— Et toutes ces choses, jointes à celles que vous m'avez lues déjà, formeront ce que vous nommerez introduction de votre livre,

— Précisément.

"- Eh bien 1 je crois que vous vous faites, d'une introduction, une idée tant soit peu fausse,

— Je la considère comme étant, à l'ouvrage qui doit la suivre, ce qu'est une ouverture aux trois, quatre ou cinq actes d'un opéra. Autreihent dit, je pense qu'elle doit renfermer tous les motifs qui seront développés dans le courant du poëme ; quitte à produire un peu de confusion.

— Un peu,i;oitl mais pas trop ; et ce trop viendrait certainement. . .

— (S'il n'est déjà venu?)

— ( Peut-être I . . .] Et ce trop viendrait certainement si vous ne renonciez d'abord aux deux lettres que vous vous proposez de faire encore. Croyez-moi! Vous désirez qu'on écoute, non pas quatre ou cinq, mais vingt, trente, quarante de vos actes ou plus.

— Oui Père.

— Eh bien! commencez par ménager votre public et, surtout, commencez par ne pas l'effrayer, par ne pas lui froisser le tympan, par ne pas lui brouiller la mémoire en soulevant une question nouvelle à chaque ligne ; en disant, à chaque ligne : Je vais vous parler de ceci et de cela, de cette chose encore, et de cette autre ensuite, et de celle-ci après.

— Ce qui veut dire que vous trouvez mon introduction trop longue.

— Oui.

— Et comment l'aurais-je faite plus courte?

Fallait-il donc ne pas même indiquer la solution des problèmes qu'elle pose?

— Eh ! qui vous-priait d'en poser tantl Une ouverture n'est pas un opéra : et certainement, une bonne esquisse, un peu finie, sert mieux une doctrine que mille ébauches, toutes confuses.

— Eh bien! Père, je renonce à mes deux lettres. Passons aux observations,

— Si je VOUS ai bien compris, vous prétendez que l'homme est un, malgré les trois grandes variantes qu'il a produites.

— Et ses très-nombreuses sous-variantes.

— Et ses très-nombreuses sous-variantes....

(Vous êtes prodigieux d'impatience ! . . . Croiraiton pas que je vous attaque... Tâchez donc un

peu d'être calme I ) Donc vous admettez

l'unité de l'espèce humaine?

— Oui, Père, avec M. de Blainville, bon nombre de naturalistes et la Bible, par dessus le marché.

— Laissons de côté cette dernière et revenons à notre espèce. Donc vous admettez qu'elle est une.

— Oui, Père.

— Eh bieni croyez-vous que les deux premiers types qu'elle a produits soient appelés à disparaître absolument et que le troisième ait existé dès l'origine? Croyez-vous qu'à une époque donnée la variante végétative n'ait pas été universelle? Croyez-vous, enfin, qu'un jour la musculaire et elle seront éteintes radicalement, au profit du type mental, comme vous l'avez préjugé?

— Que notre variante végétative ( abstraction faite de la couleur, bien entendu) ait été univer-

selle, en un temps donné, c'est une manière de voir qui me paraît assez croyable, et que les découvertes faites dans les plus vieilles sépultures d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique font mieux qu'autoriser; confirment! Et, soit dit en passant, ma théorie s'en accommode assez bien.

Mais que le type mental prévaille un jour par tout et reste seul ; c'est ce qui me parait douteux. Je dirai plus, j'affirme que, s'il persévère dans ses renaissantes monomanies militaires, les quelques blancs qu'il a déjà produits retourneront certainement vers le type jaune, sinon vers le noir ; à mesure que, de plus en plus, ils rétrograderont vers l'absolutisme politique sinon vers le religieux, vers l'autocratisme sinon vers le théocratisme.

— Laissons encore de côté les résultats fatals du militarisme, s'il dure, et voyons ce qui arrivera s'il ne dure pas!

— S'il ne dure pas, je crois. Père, que le type mental prévaudra, même en Afrique et en Australie centrales ; quand Tindustrie humaine y aura fait venir de l'eau.

— Auquel cas les types végétatif et musculaire disparaîtraient complètement?

— Complètement, je ne le crois pas.

— Eh bien l moi, je dis non; vu qu'il nous

est aussi impossible d'anéantir absolument que d'absolument créer*

— Père, vous avez raison, mille fois raison.

Oui nous ne pouvons pas plus annuler en notre corps une aptitude et un organe quelconques (si petits qu'ils soient, si peu de temps même qu'ils nous aient servi dans le sein maternel, à partir du jour où nous avons pris forme humaine ) que nous ne pouvons en faire naître un et une, dont on n'ait vu de tout temps des vestiges.

— Eh bien! pourquoi n'avez-vous pas insisté davantage sur cette impossibilité absolue d'absolument anéantir un quelconque de nos organes, ou, ce qui revient au même, sur cette absolue possibilité de partout et toujours retrouver des traces de chacun de nos trois modes vitaux. Partout et toujours, entendez-vous bien, si énorme que soit le développement acquis par lui au détriment des deux autres.

— Mais, Père, j'en ai parlé !

J'en ai parlé en ce qui regarde le végétatif, à propos des raohitiques qu'on rencontre surtout dans les grandes villes blanches, et, pour ce qui concerne les jaunes, au sujet des travailleurs d^ tous les pays.

— Qui, je n*en disconviens pas, mais ni assez longuement^ ni assez nettement!

— Donc, Père, vous auriez voulu m*entendre dire : ce que j'ai avancé ( sur Thomme végétatif musculaire et mental) est si vrai qu'on retrouve constamment les influences, ou mieux, la traduction de ses trois modes vitaux dans sa vie privée aussi bien que dans sa vie domestique ; dans sa vie industrielle aussi bien que dans sa vie artistique ; dans sa vie sociale aussi bien que dans sa vie religieuse ; dans les règles, mœurs et coutumes, qui gouvernent sa personne , aussi bien que dans les codes qui président à ses rapports avec ses semblables et le restant de l'univers...

— (Le voilà parti I...)

— (Vous souriez. Père I...) Et cela, soit qu'on l'examine comme individu, comme famille»

comme cité, comme nation ou comme variante... (Vous souriez encore!)

^ (Allez toujours, ce que vous voulez dire...)

— (Vaut mieux que ce que je dis ! ) ou même comme variante! En effet, au lieu d'examiner l'ancien monde, regardez l'Europe seulement; et, dans ses divers Etats, vous trouverez ici un peuple (la France) vivant surtout par sa force mentale; là une nation (rAngleterre) devant tout son prestige à sa prodigieuse activité mécanique ; plus loin, deux, trois, quatre, cinq pays (l'Italie, VEspagne, le Portugal...) qui ne

subsistent que par leur vigueur végétative, que par la prodigieuse fécondité de leur sol.

Donc, vous auriez voulu m'enlendre dire :

Ce que je soutiens est si vrai I qu'en passant du grand au moindre, du continent à la nation, vous retrouvez les mêmes tendances, ou mieux les mômes traductions sociales de notre triple nature. Ainsi, en France encore, en Angleterre, en Espagne, en Portugal, partout 1 une capitale qui mentalement gouverne (c'est-à-dire mentalement discute et résout les grands problèmes sociaux) ; autour d'elle, des villes de province qui activement, mécaniquement, transforment en objets aptes à la consommation immédiate les richesses agricoles; et, autour de ces villes de second ordre, encore des campagnes qui font croître ces matières premières.

(Parlant ainsi, je fais abstraction, bien entendu, des époques révolutionnaires ; des temps où Paris, Londres, Madrid, etcœtera, ne sont pas mentalement opprimées par les campagnes, et financièrement ne les exploitent pas.)

Donc, vous auriez voulu m'entendre dire encore : En passant du moindre au tout petit, de la nation à la commune ; toujours vous retrouvez les mêmes traductions sociales de notre triple nature ; toujours un pouvoir spirituel, dit conseil municipal; une puissance matérielle.

active, musculaire, un ensemble de citoyens empressés de créer la richesse publique par leur travail; et toujours derrière eux des vieillards, des enfants et des femmes, en d'autres termes, des êtres à l'état végétatif; ceux-là parce qu'ils déclinent déjà, ceux-ci parce qu'ils grandissent encore, et ces dernières parce que leurs nobles fonctions puéro-maternelles les y maintiennent provisoirement.

Donc, vous auriez voulu m'entendre dire encore (poussant jusqu'au bout cette dissection du cadavre européen, passant du plus petit au tout à fait minime, de l'infime nombre collectif humain à l'unité sociale, de la commune à la famille) : toujours mêmes traductions de notre triple nature, savoir : ici l'adulte dont le travail nourrit tous les autres membres du foyer domestique ; là le vieillard et la femme, pouvoir intellectuel et moral ; et plus loin l'enfant qui: végète encore.

Donc enfin, vous auriez voulu m'entendre dire : Voyez si j'ai raison! Voyez si chacune des fractions constituantes du foyer domestique ne redit pas les mêmes choses dans le cours de sa vie privée, de sa vie individuelle ! ... Si, jeune, chacun de nous n'est pas à l'état végétatif, socialement parlant ; adulte, à l'état actif, à l'état de producteur ; âgé, à l'état mental, à l'état

de conseiller I . . . Si, jeune encore, delà mamelle à la deuxième dentition » chacun de nous n'est pas surtout à l'état végétatif; de la deuxième dentition à Tadolescence , à l'état musculaire ; et de l'adolescence à la puberté, à l'état mental : le tout durant l'éducation proprement dite I... Si, au début de sa vie civique, chacun de nous n^est pas employé d'abord; patron ensuite; et puis après commanditaire, pour peu qu'il soit capabljsl... Si, enfin la virilité finie, chacun dg nous encore ne passe pas successivement, pour défaire son existence en ce monde; de l'âge mûr à la vieillesse, et de celle-ci à la décrépitude ; de l'état mental maximum à l'état d'être de moins en moins actif musculairement» d'abord, et cérébralement ensuite!...

r- Reposez-vous, je vous en prie, sans quoi je ne pourrai vous &ire une dernière question*

— Une dernière question. Père! Et laquelle?

i quoi tout celsi peut-il servir ; i^'est-ce pas ?

Mais à faire ( ni plus ni moins ) de beaux et bons enfants...

— (Brrrou 1. . . le voilà reparti I ! )

— .,. Debeauxet bonsjeunes gens,debe^ui( et bons gommes, de beaux et bons vieillards, et de beq^xx Qt ïfojis anges gardiens I De très-belles

et de tjrès-bpnnes jôuijps filles, de très-ljpHe» ^ de trè^-I}û^^e$ mère$ de lawijle, «t de trè§^' beau? et très-bons anges gardien? epcore 1 Qe très-beaux et très-bons cultivateurs, de tr^beaux et très-bons ouvriers, et de très-beaux et très-bons chefs, soit temporels, soit spirituels ; ou, si mieux vous aimez, de très-beaux et trèsbons riches soit de fortune, soit de science, soit surtout de cœur ; en un mot de vrais citoyens ; le tout, au moyen d'un système d'éducation basée sur la connaissance positive de la nature humaine statique et dynamique.

— Les jolis motsl... Tenez; vous n'en pouvez plus. Eh bien I avouez que si je vous poussais un peu vous m'enfourcheriez ce nouveau dada.

— Ouï, Père, très-probablement.

— Un dernier aveu, potir clore cette causerie.

— N'est-il pas vrai que la tentation vous démange d'adjoindre tout ce que vous venez de me dire à votre si longue introduction ?

— C'est vrai.

Notre dialogue en resta là. Mais en partant je résolus de publier cette conversation si bien

faite, ce me semble, pour donner une idée de Textrême bienveillance avec laquelle non-seulement le Père m'écoutait, mais encore m'aidait à penser.

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