LA CRÉATION DU MONDE
Comme la racontent les naturels de la Nouvelle-Zélande ^ autrement dit les Mahouris. {C^est ainsi quHls se nomment entre eux.)
Les mots qui suivent signifient :
TAHOOBA.. «... PoiiBon, on mitnx aggenr de toute espèce.
BOKOO-KA-TAlrfl., • Patate sncrëe, comestible vëgëtal adouci par la caltnre, on mieux encore plante domestiquée.
HAOXrUIA-TiKiTJLKl . Badne amère de fougère comestible végétal retlé fipre faute de culture on mieux encore plante indomestlcable.
' TAHOUHIBX-lIA-TiL. Vents, tempêtee, ptéa^ mènes atmosphériques.
TOV-SATAEOTJENaA. Homme.
Ce qu^il y avait au commencement de tout
Les hommes viennent d'un couple unique, source de tou^t ; Rangui, le vaste ciel qui les surplombe, et Papa, la terre immense qui les supporte.
Dans le principe ; ces deux êtres, étroitement unis et recouverts par robscurité, engendraient.
Leurs enfants, de toutes sortes, étaient déjà fort nombreux et déjà môme se demandaient si la nuit différait du jour ; que les ténèbres duraient encore ; que la première division de»
temps et la dixième, la dixième et la centième* la centième et la millième étaient confondues ; et que ni elles, ni les autres êtres ne voyaient.
Cause des modifications qui surviennent. Chaos transitoire.
Cette obscurité continuelle finit par dégoûter les fils du ciel et de la terre.
Alors, délibérant, ils dirent : « Faut-il les tuer ou bien les séparer ? »
Tuons-les, fit Tou-Matahouenga, le plus féroce de leurs enfants, tuons-les ; c'est le plus sagel
Non I répondit Tané-Mahouta (père et dieu des forêts, de leurs habitants et de tous les objets en bois), n'en faisons rien; séparons-les seulement ; c'est préférable. Repoussons le ciel, loin, bien loin, très-loin au-dessus de nos têtes. Qu'il nous devienne même étranger I Mais gardons la terre sous nos pieds, pour quelle resta notre bonne mère nourrice.
Tous consentent; sauf Tahouhiri-ma-téa, dieu et père des vents et tempêtes. Il craint que la séparation de ses père et mère ne détruise son empire; se désole ; et crie tant qu'il peut.
Aussitôt, la lumière et l'obscurité, les clairvoyants et les aveugles, les nombres, l'espace et le temps s'agitent, se confondent et clabaudent : « Qu'ils meurent 1 — Non 1 — Qu'on les » sépare, — Que les hommes vivent! — Qu'on » y voie! — Que nous puissions grandir ! »
Tels sont les vœux, les cris, les résolutions et les moyens qui se croisent et s'entrechoquent ; c'est le chaos !
Commenceinent du inonde actuel.
Gnq frères sur six ont approuvé la séparation. On y procède.
Rongo-ma-tané, père et Dieu des aliments cultivés, se lève le premier pour éloigner Rangui de Papa. Vains efforts !
Tangaroa, père et dieu des poissons et reptiles, essaie ensuite. Vains efforts I
Puis, Haoumia-tiki-tiki, père et dieu des aliments sauvages. Vains efforts!
Puis enfin, Tané-Mahouta, père et dieu des forêts, des oiseaux, des insectes, et de tous les iautres Sylvains.
Dés bras et des mains il repousse ses père et mère.
Vains efforts I
Alors il s'arrête. Renonce-t*îl? Non 1
La tête et le dos à terre, les pieds au ciel et réchine tendue; il raidit les jarrets, s'appuie et pousse ferme et fort, fort et ferme.
« Tu défonces tes parents ; tu les déchires, tu » les tue; c'est aflfreux; c'est un crime! »
Ainsi crient, gémissent et se désolent tlangui et Papa.
Mais Tané-Mahouta, ferme et fort, fort et ferme, persiste. Loin, bien loin, très-loin, il enfonce la terre sous lui. Et loin, bien loin, très-loin, il repousse le ciel au-dessus.
Une fois que Ranqui et Papa furent arrachés l'un à l'autre, la lumière, les ténèbres, les humains, bref tous les êtres cachés jusqu'alors, entre eux, devinrent manifestes.
Tel fut l'effet du prodigieux effort de Tané.
Origine des vents et autres êtres aériens. Leur distribution dans l'espace. Cause de leur aâimositë contre les hommes.
Par malheur, au même instant, le désir crueld'attaquer ses frères, embrasa la poitrine du féroce Tahouhiri-ma-téa, Dieu des vents et des tempêtes.
Craignant que le monde ne devint trop beau, il se leva donc et suivit son père aui régions élevées, pour y tapager tout à Taise.
Là, dans ces pays sans bornes; ces deux conspués de tous, toujours cachés et toujours invisibles, toujours songent à mal.
La poitrine de Tahouhiri-ma-téa souffle les pensées méchantes et les moyens caiamiteux.
Le vaste ciel les adopte; et, de concert, ils les exécutent.
C'est ainsi qu'ils ont fait les vents qui fureitf si prompts à se multiplier.
Tahouhiri-ma-téa les distribua dans l'espace; en nommant celui-ci du Sud et celui-là du Nord, l'un de l'Est et l'autre de l'Ouest, et les autres d'ailleurs.
Puis il enfanta les grains, les bourrasques, les tourbillons et les ouragans; les vapeurs, les brouillards et les nuages de toutes sortes, les colorés et les sombres, les précurseurs de la tempête et ceux qui la suivent, ceux qui sifflent et ceux qui grondent; et ceux encore qui tombent, déchirent, éclatent^ brûlent et pourchassent les humains, pourchassés qu'ils sont euxmêmes par l'extravagante fureur de Tahouhirima-téa.
Et toutes ces horreurs achevées , il les précipita sur Tané-Mahouta, ses forêts gigantesques et tous leurs habitants.
Orig^e des poisaont et des reptiles. Leur distribution dans Pespace. Cause de ranimosité des vagues et de ce qu*elles renferment contre la terre et ses habitants.
Et toutes ces horreurs achevées « il les précipita sur Tané-Mahouta, ses forêts gigantesques et leurs habitants.
Les voilà tous terrifiés 1 La tempête massacre les arbres, les fend au cœur et les renverse. Leurs branches, leurs rameaux, leurs feuilles arrachées, briséas, dispersées jonchent la terre.
Le souffle exterminateur de Tahouhiri-9f atéa les tue; les jette à ronger aux insectes, aux vers coquins, à la pourriture immonde ; et pas un seul d*entreeux ne sait pourquoi... Hélas I
Tous les végétaux et silvains saccagés ; le père des vents et des tempêtes se précipite sur la mer et de ses tourbillons balaie TOcéan.
Il en dresse les vagues si haut, que de leurs crêtes regarder en bas donne le vertige ! Et puis les voilà gouffres affreux.
Aussitôt Tangaroa, le dieu des ondes et de tous les êtres visqueux, s'effraie, se lamente, court à travers les mers pour réunir ses enfants et fuir; mais ceux-ci délibèrent.
C'est que Tangaroa fit Pounga, le gluant; et que Pounga lui-même fit deux enfants : Ikatéré le père des poissons, et Tou-té-Ouéhi-
ouéhi ou Tou-té-Ouana-ouana le père des reptiles.
Tangaroa veut donc s'engloutir avec tous les siens dans l'Océan. Mais ses fils et petits-fils y regardent.
Fuyons à terre ! crient Tou-té-Ouéhi-ouéhi et les siens. — Non ; à la mer 1 répondent les siens et Ika-téré.
Ceux-là donc veulent suivre une voie et ceuxci l'opposée. Que résoudre? Se diviser.
Parti des reptiles ou de Tou-té-Ouéhi-ouéhi, cache toi à terre! Parti de Pounga et d'Ikatéré ou des poissons, fais-le en mer !
Ainsi firent-ils.
Mais auparavant ; comme le père des nageurs criait : « Fuyons tous à l'eau ! » Et que celui des rampeurs répondait : « Non, tous à terre l » Ika-téré dit à son frère : « Fais-le donc » vite ! et que ton sort et celui de ta race soit » d'être pris, flambé au-dessus d'un feu clair, » écaillé, cuit et mangé. »
Ce à quoi, Tou-té-Ouéhi-ouéhi répondit :
« Toi et les tiens plongez 1 Mais ayez pour » destin de toujours surmonter chaque pitance 9 végétale, afin qu'elle ait du goût. »
Depuis cette époque ; Tangaroa, grand-père
des ondes et de tous les visqueux, a constamment fait la guerre à son frère Tané, dieu des végétaux et silvains, que tous les rampeurs avaient suivi de préférence ; et Tané, constamment lui a rendu inimitié pour inimitié.
Voilà pourquoi, si les fils de Tou-Matahouenga, les cruels humains veulent pourchasser les nageurs; Tané immédiatement leur prête ses pirogues, ses fouennes, ses harpons et ses filets ; en deux mots, tous ses engins d'origine végétale (cordes ou bois !) ;
Et pourquoi, avec pareil empressement, Tangaroa précipite ses vagues sur les pirogues et ses flots rongeurs contre la terre; afin d'engloutir ses rivages, cases et hommes, forêts, oiseaux, insectes et reptiles.
Tous ces combats divins , sources des nôtres, nos poèmes religieux les chantent !
Origine des êtres qui vivent sous terre. Qui les a distribués ainsi dans l'espace.
Tané-Mahouta, Tangaroa et tous les leurs une fois vaincus; Tahouhiri-ma-téa (créateur des vents et tempêtes) courut attaquer ses deux frères Rongo-ma--tané, père et dieu des végétaux domestiques, et Haoumia-tiki-tiki, dieu et pèrQ de tous ceux qui resteront sauvages. Mais
Papa, la terre, soucieuse 4e les conserver à tous ses autres enfants, les cacha si bien en ses entrailles qu'il ne put les trouver.
Origine des hommes. Ce qui fait qu'ils sont demeurés sur terre.
Pendant ces combats terribles, Tou-Mata-houenga, père et dieu* des hommes, pensait :
« Des cinq partisans de la séparation du » ciel et de la terre, je suis' le seul féroce et » brave à la guerre. Les terribles assauts de » Tahouhiri-ma-téa el de sa race ont mis îm- » médiatement en fuite mes quatre frères.
^ Tané-Mahouta et les siens sont rompus et » dispersés.
» Tangarao et ses fils sont abîmés aux pro- » fondeurs de l'océan, ou blottis aux plus se- » crets réduits de la terre.
» Rongo-ma-tané et Haoumia-tjlâ-tiki se » tiepnent cois sous elle,
» Seul, moi générateur et dieu des humaiqs j* cruels, je suis encore debout sur la poitrine » de ma mère. Le victorieux Tahouhiri-ma- » téa va venir m'attaquer ! »
Il vint, mais inutilement. Tou-Matahouenga ne broncha point.
Et comment les forces de son frère auraient-
elles prévalu contre lui? N'avait-îl pas, tout seul, séparé Rangui de Papa?
C'est alors que Tahouhiri-ma-téa se calma.
Hélas 1 par ses fureurs prodigieuses, il avait causé l'immersion d'une partie de la terre.
Car les monstres des temps primitifs, dont la chute a fait place à la brillante lumière qui maintenant coule entre Papa et Rangui, les déluges, les trombes et la grêle noyèrent de vastes pays.
Quant à ses arrière-arrière-petits-petits enfants, les pluies, les brouillards et les vapeurs ; ils sont restés en ce monde; où souvent ils viennent nous visiter.
(Dans le principe, aucun des êtres qui s'agitaient entre le ciel et la terre, unis encore, n'avait de forme. Tou-Matahouenga est le premier qui en prit une saisissable. Ses frères firent comme lui et tous les autres êtres les imitèrent. )
Causes de la guerre que les hommes font continuellement aux , habitants des forêts, aux habitants des eaux et aux habitants de dessous terre ; (ou origine des engins de chasse ,
origine des instruments de pèche et origine des ustensiles de ménage ainsi que des conserves alimentaires.)
Tou-Malahouenga resta donc immobile et droit sur la poitrine de sa mère. Pensant alors, il dit :
« Quand le dieu des tempêtes m'attaqua, » pour venger nos parents, mes frères ne » m*ont pas secouru. Bien au contraire, ils » m'ont abandonné lâchement... Il faut que * je les frappe... il faut qu'ils soient punis. »
(La mort était alors sans pouvoir sur les hommes et sur tous les êtres terrestres. C'est après la naissance des enfants de Taranga et de Makéa-tou-tara, savoir : Mouhahia-taha, Maoui-roto, Maouï-paé, Maouï-ouahoetMaouïtiki-tiki-o-taranga, le demi-dieu qui voulut tromper Hiné-noui-té-po, que cette déesse prit de l'empire sur tout.)
Donc Tou-Matahouenga, songeant à la conduite de ses frères, qui l'avaient laissé tout seul, eut l'idée d'attaquer Tané-Mahouta, le dieu des silvains, tout d'abord.
« Il a fuil Sa lignée croît avec une rapidité > prodigieuse I Quoi de plus enviable 1 Etcom- » bien elle serait i craindre si elle devenait » ennemie I »
Ce disant) il prit de fines perches et des fils de feuilles, les tordit, en forma des nœuds coulants, et du tout des collets. Et ceux-ci faits, il s'en fut dans les bois les cacher sous la feuillée.
Pauvres habitants des forêts, chasseurs ou chassés, gardez-vous attentivement des pièges de Tou-Matahouenga; il n'est plus désormai3 de sécurité pour vous !
La seconde vengeance du créateur ^es hommes tomba sur Tangaroa.
En voyant tous ses enfants plonger; Tou- Matahouenga imagina de couper des feuilles de formîum, de les tresser ensemble et d'en fabriquer des filets, pour les attirer tous à terre.
Sa troisième vengeance fut pour Rongomatané et Haoumia-tiki-tiki. Leurs feuilles les trahirent. Arrachant donc ces habitants de dessous terre; il fit des uns, bien raclés, des paniers ; et des autres, soigneusement replantés, des marcottes qui, grossies, cueillies et séchées, devinrent des provisions d'hiver.
C'est ainsi qu'il punit ses frères ; en les faisant ustensiles ou bien conserves, et puis mangeaille.
Après tous ces exploits, il s'attribua les divers
noms glorieux qui suivent : Tou-ka-riri, le vainqueur terrible; Tou-ka-ngouha, le dompteur des plantes; Tou-ka-toua, Tattrapeur d'oiseaux: Tou-ouaka-héké-tangata, le pêcheur victorieux; Tou-mata-ouha-iti, le quadruple vainqueur; Tou-Matahouenga, Thomme.
Tou-Matahouenga put donc asservir quatre de ses frères ; mais pas le cinquième Tahouhirimatéa. Voilà pourquoi ce dernier fils du ciel et de la (erre est resté Tennemi des hommes.
Entre eux et lui, la lutte dure encore et cela pour toujours!
Origine de» charmes, invocations, prières, adjurations, et CŒtera.—Ongmedeslois^ règlements, préceptes etautrts tabous.
Ses frères une fois asservis, Tou-Matahouwiga, pour les faire venir, institua des charmes, des évocations et des sortilèges, portant les noms de chacun dQ ces dieux et en rapport avec leur nature.
Puis il fit des prières pour fléchir Tahouhirimatéa ; puis pour implorer le vaste ciel ; puis pour obtenir de la terre des productions abondantes; puis pour invoquer les esprits; et puis d'autres encore. Et toutes ces adjurations, il les
transmit aux hommes. Et il leur transmit aussi les préceptes et tabous qui ont trait aui grands actes de la vie, naissance, baptême, mariage, et cœtera; ainsi qu'aux diverses manières d'être, richesse, pauvreté...
Tels sont les travaux de Tou-Matahouenga.
Origine des bruines du matin et de la rosée.
Depuis leur séparation: le ciel et la terre sont restés constamment éloignés l'un de l'autre. Mais leur amour n'a pas faibli.
Le matin; les soupirs, tendres ettièdes, que Papa laisse échapper de son sein, remontent les vallées, puis les cotaux boisés des montagnes, puis se font nuages, et puis gagnent le ciel.
Et le soir ; les pleurs que Rangui répand en souvenir de sa bien-aimée œulent abondants sur sa poitrine, traversent l'espace, et puis ensuite nous arrivent gouttes de rosée.
COMMENCEMENT DE LmSTOIRE DE HÀODI (c)
PRINCIPAL DBHI-DIEU DBS XiO-Z&LÀMDAIS ( QUI, MAIMTEKANT EICGOBX, SOlTt AMTHROPOPBAGBS. )
Entrée de Maouï dans le monde.— Sa formation.— Premiers dangers qu'il court. — Gomment il esf sauvé. — Cause de son surnom.
Un soir, qu'en la salle de bal, les grandes personnes dansaient ; Maouï, tout marmouset encore, se faufila dans une case ; se blottit derrière les enfants, qui s'y trouvaient ; et s'endormit.
Au point du jour, leur mère dit en les comp- » tant : « Un, iMaouï-taka ! Deux, Maouï-roto! » Trois, Maouï-paél Quatre, Maouï-ouaol Un » cinquième 11 . . . d'où peut-il venir ? »
Moi, dit vite le petit Maouï, mais je suis ton enfant aussi!
« Un (fait la mère en recomptant) Maouï- » taka I Deux, Maoui-roto 1 Trois, Maoui-paé ! » Quatre, Maouï-ouaol... Je ne peux pas en > avoir d'autre?... Gamin, je ne t'ai jamais » Yul»
Aussitôt dispute yiolente, entre elle et le petit intrus.
Furieuse à la fin, elle s'écrie: <Vide ma
» case i l'instant mémel Encore une fois,
» vide ma casel Toi mon enfantl Non,
» c'est une autre une tout autre qui t'a
»faitl»
Et (fier déjà) le petit bambin de répondre :
« Bien, très-bien je sors car jesup-
» pose comme tu l'affirmes que c'est
» une autre Et cependant me disant
» lien... je me crois... tel! »
« Ecoute ; et vois si je me trompe I »
« Tu m'as avorté sur la côte. Puis tu as coupé » tes cheveux. Puis tu m'en as entortillé. Puis » tu m'as lancé dans la mer!... Certes j'aurais » bien dû périr! »
« Eh bien ! les algues m'ont reçu, roulé, pé- » tri et façonné en me berçant d'un bord sur » l'autre, dans leur réseau inextricable, pen- » dant que s'agitaient les vagues. »
« Puis les vents du large et la houle me re- » jetèrent à la côte!.. Certes j'aurais bien dû » périr!»
« Eh bien, le sable du rivage et le frai vis- ^ queux du poisson me refaçonnërent un » abri.»
« Puis les moucherons vinrent, parmyria- » des, s'abattre tout autour de moi. Les perfi- » des, en m'embrassant, glissaient leurs œufe » dans mon enveloppe ; pour que leurs vers » me dévorassent. Et les oiseaux par vols sans » nombre vinrent aussi. En planant, ils tour- » billonnaient tout à l'entour de ma tête, les » griffes prêtes à me déchirer 1... Certes j'au- » rais bien dû périr I »
« Eh bien! Tama-nouî-ki-té-rangui, mon » grand-aïeul, me vint en aide, juste à pro- » pos.»
« Les essaims nombreux, qui planaient, » avaient attiré ses regards. Il avait couru, le » bon vieux, à toutes jambes, pour leur dispu- » ter la laitance qui m'entourait ; et l'entr'ou- » vrant, il m'avait vu. »
« Une fois chez lui, bien sous son toit, étendu » le long d'un bon feu, caressé par la fumée » tiède ; je redevins chaud et pus vivre. C'est » ainsi que je fus sauvé. »
€ Deyœu grand, j'ai touIu voir yos danses
» fameuses, et me voici Hélas 1 Depuis le
» jour où ton sein m'expulsa jamais les
» noms de mes frères tes premiers nés
» n'avaient frappé mon oreille et pourtant!
» je ne les ai point oubliés Vois plutôtl II
€ Toi, tu es Maouï-taka. Toi, Maouï-roto- » Toi, Maouï-paé. Toi; Maouï-ouao. Et moi?
» pauvre petit cinquième Maouï-quoi? le*
» piguininil (1) »
En entendant ces belles choses, Taranga se mit à crier :
« Non, cherpetit! mouvrai enfant
» mon dernier né Non, fruit précieux de
» mon âge mûr ton vrai nom je vais te
» le dire c'est Haouï delà pirogue en
)► cheveux. Maoui-tiki-tiki-a-Taranga. »
Ainsi finit leur discussion.
> Alors, sa mère dit à Maouï : « Viens sur le
» sein qui l'a porté. Embrasse-moi, pour que
» je t'embrasse; et puis dormons tous deux
» ensemble. »
(1} Gq mot veut dire tout petit enfant.
Le petit bambin se leva, pour faire ce que voulait sa mère. Mais ses frères en devinrent jaloux et commencèrent à murmurer, en se disant, les uns aux autres :
» Taranga ne nous prie jamais de venir » sommeiller près d'elle ; nous, dont l'origine » est certaine; nous, qui sommes vraiment ses » fils; nous, qu'elle a certainement portés, et » que certainement elle fit naître. »
« Petits! poumons donner le sein, genti- » ment elle nous déposait sur sa natte, belle, » douce et grande, et nous nous endormions » sur elle... Toujours elle était près de nous! » Et toujours elle nous dorlotait. »
« Maintenant, vous êtes grands 1 » fait-elle.
» Plus de coucher! Plus de caresses!
» Plus même de simples prévenances!... Tout » pour ce petit avorton... Cette petite rogne » impudente, qui s'est venu dire notre frère. »
« L'Océan m'a bercé I... Les algues m'ont » servi de natte!... Les vagues m'ont donné » forme humaine!... Le sable et le frai du » poisson m'ont confectionné un abri !. . . C'est » la laitance qui m'a nourri!... Qu'y a-t-ilde » vrai dans tout cela? En attendant il prend » notre place. »
Ainsi parlèrent les frères plus jeunes. Ceux plus âgés leur répondirent :
« Ne craignez rien! Laissez Maouï être des )► nôtres ; et n'oubliez pas le proverbe : — Aux » jours de paix, yidez yos discussions par des > voies amicales ; en temps de guerre, termi- » nez vos querelles par la violence! »
» Travailler, pour beaucoup récolter; aug- » menter son avoir, pour beaucoup donner ; » nourrir beaucoup de monde, pour beaucoup » étendre la paix; tels sont les moyens qui » procurent beaucoup d'influence parmi les » hommes. »
« N'imitons pas les fils de Rangui et de » Papa. )>
« Us discutèrent la s^aration de leurs » parents. Qnq la voulurent : un s'y opposa : » la diose eut lieu. »
« Tahouhiri-ma-téa, qui les aimait, alta- » qua ses frères pour les venger. Tou-Mata- » houenga en prit occasion de leur faire la » guerre à son tour. Leurs inimitiés se fixèrent » dans leurs descendances respectives; et » maintenant les hommes sont acharnés à » combattre les hommes. ^
« Prenons garde! Ne laissons aucune dis- » cussion s'élever parmi nous. Car si nos
» haines se fixaient chez nos enfants, nous au- » rions fait comme les fils de Rangui et de » Papa. »
A ces paroles, pleines de sagesse, les deux plus jeunes frères répondirent : «Nos aînés, vous avez raison I » Et les murmures s'arrêtèrent là.
(En lieu convenable, je donnerai celte histoire au grand complet,)