‹ Quatre ann�ees en Oc�eanie (volume 3)Chapitre 17 sur 17 · LES AMOURS DE TAKA-RANGUI · texte numérisé non relu

LES AMOURS DE TAKA-RANGUI

DE RAHOÙ-MAHORA.

Il y a de cela beaucoup de générations, au lieu dit Ouha-Karé-Ouha, pas (1) vaste et renommé pour la force de ses déferlses; vivait un chef de la tribu de Tanaraki. Lequel chef avait une fille admirable, Rahou-Mahora.

Si admirable! que le rOTiôm de sa beauté merveilleuse se répandit sur : tçrùs les pays de ces lies ; et, partant, vint alÉ oreilles de Rangui-Apitoura, le chef déâ Gnati-Ahoura. Le même qui possédait le pas de Pouké, si haut perché sur le faîte d'une haute montagne. Le même, aussi, qui avait pour fils Taka-Rangui, le héros de sa tribu.

Taka-Rangui, qui tout naturellement eut (1) Pas, signifie viUage fortifié.

bruit de la beauté merveilleuse de Rahou- Mahora I Taka-Rangui, qui tout naturellement y songea pendant ]es douces et longue rêveries de son cœur. Taka-Rangui, enfin, qui tout naturellement s'éprit d'un violent amour pour elle.

Or, il advint qu'à cette époque si lointaine, une guerre naquit entre la tribu de Ranguî- Âpitoura et celle du père de Rahou-Hahora. De sorte que l'armée des Gnati-Ahoura marcha sur Tanaraki, attaqua le pas de Rangui-Rarounga, livra (sans pouvoir le prendre) assauts sur assauts, l'investit alors et (veillant sur lui nuit et jour) finit par épuiser la garnison.

Les provisions et l'eau manquèrent donc. Si bien que beaucoup d'assiégés devinrent malades. Si bien que beaucoup faillirent périr. Si bien aussi que, vaincu par la soif, Rangui- Rarounga, leneux chef, montant sur son rempart et criant vers ses ennemis, dit : « Une goutte d'eau, je vous en supplie I »

Des assiégeants, qui pouvaient l'entendre, les uns, mus de pitié pour son grand âge,' coururent lui chercher à boire ; mais les autres, en plus grçiqd nombre et plus haineux, ne voulu-

rent pas et brisèrent même la calebasse qu'on lui rapportait.

De sorte que pas une goutte ne mouilla la bouche de l'infortuné vieillard.

Plusieurs fois ceux-là retournèrent à la source; mais toujours ceux-ci répandirent l'eau qu'ils rapportaient.

Force donc fut au vieux chef, pendant que les assiégeants se disputaient à cause de lui, de rester accablé sur le haut de son rempart.

Enfin le commandant ennemi parut. Un grand peigne blanc, découpé dans un os de baleine et surmonté des plumes soyeuses et blanches de la blanche aigrette, orne sa tête.

Aussitôt, le vieux Rangui-Rarounga le reconnaît, élève la voix et crie : « Oui es- tu, toi qui es si beau ? »

Et Taka-Rangui de répondre : « Taka-Rangui I »

Et le vieux chef de continuer : « Jeune guer- » rier, pourrais-tu fendre l'écume de la vague » furieuse qui déferle sur les rochers d'Orongp- » maï-ta-koupé?»

— Facilement !

— Eh bien! vois si tu pourras fendre, aussi

la rage furieuse de cette écume d'hommes cruels ?

— Encore plus facilement, répond fièrement Taka-Rangui. — « Quel chien enragé » oserait mordre le bras qui m'appartient!

» Quelle main plébéienne oserait toucher la » main qui le termine 1 Ce bras et cette main ; » leurs exploits et ma naissance ne les ont-ils » pas taboues! »

Ainsi prononce des lèvres ce jeune homme ; pendant que son cœur dit : « Ce vieillard ago- )) nisant est le père de Rahou-Mahora 1 de » Rahou-Mahora , ma vierge bien aimée !I » Elle si jeune, elle si pure,., la soif ladé- » voreaussil! Oh! que je souffre I»

Et voilà qu'il se lève. Et voilà que lentement il va chercher de l'eau pour le vieux chef et son enfant.

Il en remplit une calebasse à la source glacée

d'Aringui et revient.

Aucun murmure. Pas un mouvement I Ses guerriers farouches demeurent appuyés

sur leurs armes ; silencieux et stupéfaits.

Taka-Rangui rapportant Teau :

« Eh bien ! vieillard , quel chien enragé a

» mordu mon bras? Quelle main plébéienne a » touché ma main?

» Prends, voici pour toi et ta fille I »

Et les voilà buvant tous deux.

Et voilà Taka-Rangui contemplant a¥e6 extase sa vierge bien-aimée.

Et voilà qu'elle aussi glisse les yeux sur Taka- Rangui.

Et voilà que, les regards appuyés l'un sur l'autre, ils sont ravis tous deux.

Quand, rompant le silence et l'immobilité, les guerriers deTaka-Rangui levèrent les yeux, ils virent, sur le sommet du rempart ennemi, leur jeune chef assis et la belle jeune fille à ses côtés ; alors ils dirent : « Notre noble comman- » dant adore la guerre ; mais, plus ardemment > encore, il adore Rahou-Mahora. »

Tout à coup, cette pensée lumineuse éclaire le cœur du vieux chef :

— « Mon enfant, te plairait-il d'avoir ce jeune guerrier pour époux? »

— Je l'aime ! répond la belle jeune fille.

Le vieillard consent à leur union : Taka-Rangui prend aussitôt Rahou-Mahora pour femme :

et la guerre cesse immédiatement et pour toujours.

C'est ainsi que Varmée se dispersa ; c'est ainsi que chaque homme revint à son village, et c'est ainsi enén que les contestations des deux tribus furent terminées à tout jamais.

Les descendants de Raou-Mahora habitent encore la baie de Kororéka. Ce sont les Pounis, leurs enfants et tous leurs amis.

Car Taka-Rangui et Raou-Mahora eurent une fille nommée Rongouharoa.

Laquelle, mariée à Ouhiti, eut un fils.

Lequel, marié lui-même à Taouhirikoua, en eut un fils aussi, nommé Réréhoua-i-té- Rangui ;

Qui épousa Poukou, dont tous les Pounis actuels descendent.

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