APPRIS DES FÉES PAR KAOUKOURA
Un jour, (au temps jadis) ; un homme du nom de Kaoukoura eut la fantaisie d'aller voir Rangiaohouia, lieu situé bien loin dans le nord, près du pays des Raraoua : mais il n'en fit rien. Alors cette idée le persécuta, persécuta, tant et tant; qu'il finit par se mettre en route.
Chemin faisant, il découvrit une baie où Ton avait nettoyé des maquereaux; et s'aperçut qu'on en avait éparpillé les entrailles sur le sable, tout au long du bord de mer. Surpris de ce fait, il examina mieux la chose; et puis se dit : « bast ; c'est l'ouvrage des habitants du pays I » ; et, regardant de plus près encore, il vit, aux traces des pas, que les pêcheurs n'étaient venus, ni le jour, ni le matin, mais bien le nuit; et, reprenant son monologue intime, il ajouta : « Ce ne sont pas des mortels, mais » des esprits, qui ont ainsi travaillé. Des hom- » mes auraient laissé des brins de joncs ou
> d'herbe sur le rivage. Car ils en ont toujours, » pour s'asseoir, dans leur pirogue. »
Plusieurs autres circonstances achevèrent de lui prouver que des esprits avaient hanté ce rivage. De sorte que, tout bien pesé, il regagna la hutte qui lui servait de gîte, en tournant et retournant dans sa tête tout ce qu'il avait vu; le tenant de plus en plus pour un prodige digne, sous tous les rapports, d'émerveiller ses amis, et de nature (vraisemblablement) à le mettre sur la voie de quelque découverte. Si bien qu'à la nuit close il retourna au lieu de ses observations.
Juste, comme il arrivait, les fées achevaient d'y revenir aussi, pour tendre leurs filets à maquereaux.
Or, parmi elles ; les unes, tirant sur le cordeau, chantaient : « ici filet ; filet ici ! » ; et les autres, en chantant aussi, pagayaient, pour conduire au large une pirogue et autre engin, en disant : « allons! jeter notre filet à la mer ; aly^ Ions le jeter à Rangiaohouia ; et tirons-le jus- » qu'à Mamakou. »
Ainsi psalmodiaient les fées ; pour s'encou**
rager à l'ouvrage ; égayer leur pêche heureuse ; et la vanter.
Comme elles s'en revenaient, dragant vers le rivage; l'idée de se joindre à elles et de tirer sur le cordeau vint à Kaoukoura.
C'était un fort bel homme; à peau parfaitement blanche (comme une fée presque!) ; si bien qu'elles n'y prirent pas garde.
Une fois le filet quasi au plein ; tout animées, elles chantèrent : « Plongeons quelques-unes » de nous ! allons repousser Taoua-taoua-ouïa » et Taoué-taoué-ouié, le voleur de maquereaux » et le voleur de sardines ; car ils ne manque - » raient pas de couper nos mailles. » C'est ainsi qu'elles nommaient deux bancs rocailleux, peu distants du rivage.
Et le restant de l'essaim féerique, continuant à nager, attirait le fileta terre; et. nageant aussi, Kaoukoura s'en allait au milieu d'elles.
Le premier poisson sortait de l'eau, entraîné par la seine qui glissait sur le rivage ; que les fées n'avaient pas encore remarqué leur aide. C'est qu'il était beau!..... presque autant qu'elles 11
Juste, au petit point du jour, la pèche entière fut au plein. Les fées aussitôt s'empressèrent de mettre leurs filets au sec, et de ramasser leurs maquereaux. Mais pas à la façon des hommes, qui se font des parts de butin. Chacune d'elles allait, au contraire, choisir le poisson qu'elle voulait ; lui passait une corde par les ouïes; et s'en faisait un chapelet.
En travaillant, elles chantaient toutes :
« Hâtôns-nous! hâtons-nous I enfilons vite » notre pêche. Que cette besogne soit ternîiinée » avantlelever du soleil; » ► —,
Et, comme elles, Kaoukoura onfilait ses poissons aussi, et faisait aussi son chapelet.
Sa corde était trop courte; son nœud du bout coulant; et. ses noiâquereaux trop lourds. Donc, quand il fût pour les emporter, le fil glissa et tous tombèrent.
Par bonté d'âme^ plusieurs fées l'aidèrent tout naturellement à renfiler sa part; et, la chose faite, fermèrent son chapelet par un nœud de maille. Mais lui bien vite, dès qu'elles eurent fini, mit -à la place un nœud glissant.
Le poisson. tomba ddnc encore. Encore lès fées le renfilèrent ; et le nœud bon, fait à hour
veau, de nouveau fut défait encore. Les bonnes fées recommencèrent.
Ce manège, souvent répété, les attarda en leur besogne, si bien qu'enfin le jour se fit, assez pour qu'on se distinguât.
Alors les fées, s'apercevant que Kaoukoura était homme, se dispersèrent immédiatement et disparurent ; en lui laissant poissons, filets,
pirogues, et cœtera.
L'essaim léger, une fois évaporé, vers ses demeures aériennes; on sut comment, avec le formium, son fil et ses tiges, les fées confectionnaient leurs engins de pêche.
C'est Kaoukoura qui vit toutes ces choses et devint maître en Tart du filet. Il l'apprit à ses enfants; et les Mahouris l'apprirent d'eux.
Cette découverte remonte bien loin, bien loin aux temps jadis I