‹ Quatre ann�ees en Oc�eanie (volume 3)Chapitre 5 sur 17 · CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LETTRE

Naiare do toutes les bétes qui hantent les oùteà Bst et Ouest du grand tourbillon pacifique austral.

De notre côlé de TËquateur, à mesure qu'on s'approche du pôle, vu voil les continents s'étaler au dëtriment des mers ; et les animaux de rivage amoindrir leurs appareils natatoires, au profit des organes qui leur servent h courir ou voler.

Dans l'hémisphère australe, c'est juste l'inverse qui a lieu. Plus on va Sud, plus les terres diminuent d'étendue ; plus les nuages se rapprochent des vagues; plus l'atmosphère et Teau perdent leur transparence ; plusdécouvrir le poisson du haut des airs ou des pointes des rochers devient difficile; et plus, par conséquent les animaux de rivage sont contraints d'abandonner leur caractère de voiliers puissants ou de plongeurs haLiles, pour se faire nageurs émérites et botes sinon marines exclusivement, du moins amphibies au maximum.

GonfirmoQa ces considérations toutes théoriques par des exemples concernant les oiseaux, les mammifères et même les poissons oôtiers.

Que Toit-on, en suivant les bords orientaux de la Nouvelle-Hollande et de la terre de Van Diemen ; ceux Est et Ouest de la Nouvelle-Zélande et de Chatam ; ainsi que ceux occidentaux de l'Amérique du Sud ?

On voitla gent volatile et pêcheuse ( à mesure qu'elle s'éloigne des tropiques) priver ses plumes de leur souplesse, de leur longueur et de leur légèreté ; resserrer sa poitrine, étriquer ses ailes et sa queue ; amplifier son bassin ; reporter ses cuisses en arrière ; muscler vigoureusement ses jambes et palmer ses pieds le plus possible ; en deux mots, changer, de son mieux, ses membres antérieurs en nageoires et ses postérieurs en godilles ou gouvernails.

Si bien qu'on peut dire (les exemples intermédiaires étant à souhait, en quelque sorte) que les oiseaux riverains des mers du Sud, en passant des types frégates ou paille-en-queue au type cormoran, et du type cormoran au type manchot, que ces oiseaux, dis-je, perdent si bien leurs habitudes et leurs costumes de voiliers, en s'éloignant de Téquateur, qu'arrivés

près du pôle ils ne oonsenrent plus de leur classe que deux aptitudes : respirer dans Pair et couver.

C'est* comme on le voit» juste l'inverse de ce que font les héders^ les canards sauvages, les oies et tant d'autres riverains de notre atlan-* tique Nord, qui, bien qu'oiseaux d'eau, fréquentent la terre et volent d'autant mitox qu'ils avoisinent davantage le pôle.

Ces données éminemment nautiques des côtes australes despotisent-elles autant les mammifères que les pondeurs î

Encore davantage ; voyez plutôt I

De notre côté de l'Equateur l'ours (ensàqua-lité d'animal plantigrade, omnivore et cosmopolite; de bêle nageuse, coureuse etgrimpeuse) est tantôt marin, tantôt habitant des plaines et tantôt montagnard. Eh bien I de l'autre, il doit renoncer absolument à la profession de pêcheur et même d'habitant des plaines pour se réfugier sur les hauteurs soit des Cordillières, soit des Alpes néo-zélandaises ou australiennes, tant la mer lui laisse peu de place.

De notre côié de l'Equateur, les phoques ont pour compagnons les morses et beaucoup d'excellents coureurs analogues à la loutre. De

* autre rien de tout cela, rien, que des baleines I que des cachalots! que des souffleurs I que des marsouins I En un mot que des mammifères ne fréquentant les baies que pour accoucher, ou faire un peu tranquillement téter leurs petits, quand la mer est par trop affreuse. Bien mieux I le despotisme, tout nautique des côtes australes est tell qu'il proscrit certains poissons eux-mêmes. Ëxpli^uons-nous I

Ces derniers vertébrés peuvent affecter trois formes nettement distinctes ; être plats comme la sole et la raie ; arrondis comme l'anguille et le congre ; ou bien ovalaires comme la sardine, le hareng, le maquereau et tant d'autres superlatifs nageurs.

Eh bien 1 sur le très-escarpé littoral océanoaméricain, les êtres de ce troisième et dernier genre sont les seuls aptes à vivre.

En parlant comme je viens de le faire, il est bien entendu que j'ai laissé de côté les habitants aquatiques ou aériens des criques, baies, rades, golfes, plages et détroits où les flots n'arrivent que brisés déjà par de nombreux obstacles. Car je sais, comme tout le monde» que les mêmes médiocrités fourmillent

aux endroits où les mêmes facilités vitales comportent des organismes peu accentués.

Et parlant ainsi encore, je fais allusion (en fait de mammifères) aux otaries qui trouvent, sur certaines plages des environs du cap Horn, des pentes assez favorables à la marche de pitoyables quadrupèdes; (en fait d'oiseaux) aux goëlans, aigrettes, poules sultanes, huîtriers, courlieux et autres échassiers ; (en fait de crustacés) aux crabes et aux langoustes; (en fait de mollusques) aux huîtres, aux moules, aux bernicles, etc., etc.

Les premiers des oiseaux dénommés, mauvais voiliers, lourds nageurs et plongeurs nuls, ne savent que ramasser les charognes. Les seconds, habiles surtout à se cacher dans les herbes du rivage, excellent à pêcher à Taffilt. Les troisièmes, grâce à leurs doigts énormes, trouvent sur les algues un support assez résistant pour chasser le poisson à courre. Les quatrièmes, avec leur bec droit, saisissent fort habilement les coquillages et verres d'eau qui ne savent forer dans le sable que des galeries en ligne droite. Les cinquièmes, enfin, grâce à leurs mandibules recourbées, peuvent au contraire atteindre les mollusques ou autres animaux

aux cachalots, baleines, souffleurs, marsouins, et cœterai albatros, damiers et autres nécessiteux, de ses plus froids rivages, qu'après avoir quêté pour eux (ce qui doit produire quelque chose) pendant 4,500 lieues et reçu le trop plein de ses deux voisins.

Expliquons un peu ce dernier membre de phrase.

L'Afrique, l'Australie et la terre de Van Diemen descendent peu au sud. Par conséquent, les tourbillons indiens et atlantiques méridionaux, débordant en partie leurs côtes orientales, viennent mêler leurs eaux à celles du Pacifique. Par conséquent aussi, une portion de ce qu'elles ont recueilli aux rivages Est, Nord et Ouest de leurs pérégrinations respectives arrive aux vastes plaines liquides qui nous occupent maintenant; et cela pour n'en plus sortir, vu que le continent américain, la Terre de Feu et celle de Louis-Philippe y mettent suffisamment obstacle.

(Les choses étant ainsi, et l'eau de mer conservant très-longtemps les cadavres; on comprend aisément, soit dit entre parenthèses, comment l'Atlantique, l'Océan indien et le Pacifique sud, nourrissent les mêmes nageurs

et les. mêmes voiliers, bien que leurs bords soient très-inégalement riches au point de vue alimentaire.)

Mais rentrons dans notre sujet.

• De ce que trois tourbillons marins, les plus grands qui soient, draguent pour les mers du Sud, et de ce que ces mers du Sud servent de rendez-vous flnal à tout ce qui surnage les eaux de l'hémisphère australe, en conclueronsnous, passant d'un extrême à l'autre, que les nageurs et voiliers de ces parages vivent heureux? Non, car il n'en est rienl non, car les conditions de vitalité en ces plaines liquides^ où les grandes brises d'ouest hurlent si fort, sont une vitesse considérable et une merveil- , leuse aplitude à faire de la graisse. *

Non pas qu'il faille aux habitants de ces mers, comme à ceux de l'Atlantique nord , chasser des nageurs très-agiles ou supporter des froids très-considérables ; mais parce que besoin leur est d'y compenser la stérilité relative de l'espace par l'immensité du parcours qu'ils effectuent pendant les très-longs jours de l'été ; afin, durant ceux trop courts de l'hiver, d'opposer d'amples économies de graisse à la stérilité des eaux.

Quelques détails sur les animaux auxquels je fais allusion vont dissiper, j'espère, l'obscurité de ces phrases, tout en les justifiant.

La baleine pêche nuit et jour. Sa vitesse, quand elle ne flâne pas, est pour le moins de quinze à seize lieues marines par heure. La couche de graisse qu'elle porte entre cuir et chair seulement varie entre huit et dix mille kilogrammes. Vous voyez si elle peut aller vite, c'est-à-dire beaucoup récolter quand les jours sont longs, et, par suite, jeûner lorsqu'ils sont courts.

L'albatros adulte a de trois à quatre mètres d'envergure. Sa vitesse au minimum est de vingt lieues. Ecorché, puis suspendu en plein air, il met, quand il est bien gras, trois semaines à perdre assez d'huile pour être mangeable. Vous voyez s'il peut aller vite, et cœtera.

Quant au damier, oiseau bien plus petit et bien moins rapide, il a des muscles tels que jamais ils ne cessent de suinter la graisse. Son aptitude à jeûner compense donc plus que largement son infériorité de vitesse.

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