CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
1** Je suis médecin et j'écris pour des hommes; par conséquent on ne devra nullement s'étonner si je commence par déclarer, qu'il est inutile de soumettre à de trop jeunes lecteurs certaines questions d'anatomie, de physiologie et de sociologie traitées en cet ouvrage.
2* La thèse que j'y soutiens est celle-ci : « L'homme est un et d'une organisation » telle qu'il ne peut , vivre sans grandir » physiquement aussi bien que mentale - » ment ; grandir sans s'améliorer ; et s'a- » méHorer sans embellir. Autrement dit, > autant il est faible, imbécile et laid, au )» début de sa vie tant individuelle que » sociale ; autant il avoisine la force, le » génie et la beauté, quand il arrive au
» nec plus ultra de sa valeur, tant person- » nelle que spécifique. >
3^ Pour vous faire partager cette manière de voir, qui, suivant certains ca-
suistes, pourrait sentir le fagot! ou, si
mieux vous aimez, pour vous montrer comment notre espèce a passé du misérable état de créature sauvage (ne pouvant^ que servilement obéir à son despotique milieu) à la noble mission de créateur civilisé (dominant et perfectionnant d'autant mieux^tout ce qu'il peut atteindre qu'il se domine et perfectionne davantage lui-même) ; je n'emploierai qu'un seul genre de preuves : une suite d'exemples exclusivement empruntés aux mœurs des Océaniens.
4^ Evidemment, il me sera tout à fait impossible de mentionner chacune des étapes de la route, si longue et si cruelle, qu'ont suivie ces hommes en marchant du mal primitif vers le bien final. Mais, dans la suite innombrable des modifications individuelles et sociales qu'on
peut observer chez eux, les quelques termes que je choisirai seront (je Tespère) encore assez nombreux et surtout assez probants pour que forcément on se dise :
« Oui , chez ces modernes sauvages » comme chez nos barbares ancêtres, la » couche d'égoïsme et de férocité (qui » protège tout homme primitif contre son » milieu primitivement égoïste et féroce) »* a diminué d'épaisseur, à partir du
> jour où ils se sont mis à moins sacrifier » leurs semblables «ux inévitables aber- » rations -de leur politique et de leurs
» religions! à partir du jour où
» d'instinct, ils ont (de plus en plus) répu- » dié leurs fatales coutumes et concep- » tions de carnassiers militaires et de
> théologiens ignorants; pour se faire (de 1 plus en plus aussi) travailleurs pacifiques 1 et savants libéraux. »
5® Autant le spectacle de Thomme primitif, qui s'efforce de passer du mal au bien, réjouit et captive, quel que soit le piâmordial gâchis moral et matériel doot il cherche à sortir ; autant la vue du civi-
lise (qui, pour s'enrichir, fait l'inverse) dégoûte et repousse !
Eh bien; parce qu'il en est ainsi et parce que je ne veux mettre sous vos yeux que des images bien homogènes et bien autocthones; il ne sera jamais question, dans tout ce qui va suivre, des Européens qui s'en vont chercher fortune aux parages océaniens.
Presque toujours, ils y débutent par le mensonge, le vol et même le viol; heureux, quand (par des actes encore plus infâmes) ils ne révoltent point la sensibilité des cannibales et la pudeur des fauves !
Or, mon but est de vous montrer comment l'hoïnme s'ennoblit et non comment il se dégrade.
Donc parlons des pays sauvages et
de leurs habitants.
A . — L'Océanie, (si l'on prend, pour base des divisions et subdivisions qu'on veut y établir, la ressemblance de ses différentes sortes d'autocthones et l'analogie des idiomes qu'ils parlent), se décompose
tout naturellement en trois grandes régions :
Celles qu'habitent ses enfants noirs, autrement dit, les Papous;
Celles qu'habitent ses enfants blancs, autrement dit aussi, les Polynésiens ;
Et celle enfin qu'habilent ses enfants colorés, autrement dit encore, les niœtis qui proviennent du mélange direct des deux variétés d'hommes dont il vient d'être question.
B. — Au commencement de notre siècle, les Papous avaient encore pour domaine la terre de Van-Diemen, la Nouvelle - Hollande , actuellement nommée Australie, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle- Bretagne, la Nouvelle-Irlande, la Terre des Papous et d'autres îlots, îles ou groupes d'îles de moindre importance. Actuellement, ou mieux, depuis 1842, il ne reste plus un seul indigène dans le premier de tous ces pays; et, dans le second, le nombre en décroît avec une rapidité prodigieuse.
C. -T- Les parages qu'habitent les Polynésiens (vulgairement appelés Mahouris, à Chatam ainsi qu'à la Nouvelle-Zélande ; et Ganacs, partout ailleurs) se composent des deux groupes d'îles que je viens de nommer, plus des archipels de Tonga- Tabou, des Fitzi, des Wallis, des Hamoa, de Taîti, des Pomoutou, des Marquises, des Haw^aï et autres terres infiniment plus petites perdues dans l'Océan Pacifique.
D.— Enfin l'espace de plus en plus resserré (où vivent les colorés provenant, je le répète, du mélange direct des Polynésiens et des Papous) est constitué par une suite d'îlots, d'îles et d'archipels dont les plusgrands ou les plus remarquables sont la Nouvelle-Calédonie, les Nouvelles-Hébrides et certains îlots des Fitzi.
£". — A vrai dire, l'ensemble de ces dernières terres n'est que le très-long et très-étroit théâtre de la guerre que les noirs de l'Océanie soutiennent, depuis des siècles, contre leurs ennemis acharnés,
les envahisseurs blancs du Grand Pacifique; guerre identique à celle que les nègres d'Asie et d'Afrique soutiennent (eux aussi, depuis des siècles), contre leurs conquérants si cruels : les blancs et les jaunes de notre vieux monde.
Mais ne changeons pas de sujet!
F. — Avant de raconter les querelles des trois variétés d'hommes que l'Océa- .
nie a produites, nous devons évidemment dire ce que sont chacunes d'elles et ce que sont aussi les divers pays qu'elles habitent. Donc, pour n'aller toujours que du simple au composé, du laid au beau, du faible au fort, du stupide au clairvoyant, et cœtera, et cœtera, bref, du mal au bien; parlons d'abord du pays le plus nu, le plus stérile et le plus monotone qui soit en Océanie : TAustraUe , ci-devant Nouvelle-Hollande.
G. — Sur la carte ci-jointe (faite et bonne seulement pour fixer les idées) les hachures horizontales indiquent ce qui est au bord de la mer ; les entre-croisés.
la région des montagnes; les verticales, celks des prairies immenses où Pherbe n'atteint quelquefois (au nec plus ultra de sa croissance saisonnière) que deux pouces de haut ; les poiniilléSi celle des immenses plaines où Ton ne trouve que des pierres ; enfin l'espace laissé en blanc, le désert des sables brûlants.
La contrée qui porte le numéro 1 est donc la plus stérile de toutes. Celle numérotée 5 ne vaut pas beaucoup mieux.
Le 3 indique le point où commence TAustralie heureuse et le 4 celui où elle finit.
Conclusion. — C'est dans le S.-E. de cette île immense qu'on trouve les pays les plus habitables ou mieux les moins stériles ; et dans son N.-O. ceux qui sont, au contraire, les moins habités et les plus arides; ceux qui, par conséquent, doivent nous occuper tout d'abord.
IIVEE PEEMIEE.