CHAPITRE X
ULYSSE S. GRAHT, LIEUTENANT GËNËItAL
Cotiditian de la rébellion an commencement de 1864. — Le général Grant dam l'Oœat. — La prise de Vickabui^. — Capitulation de Fort-Hudson. — Victoire de Misaionary-Ridge. — Grant nommé lieutenant général. — Son portrait. — Sod séjour à Wasbington. — Biorganiaation de l'armée da Potomao. — Ëtat oficiel des furœa de terre des Ëtata-Uni^. — Comment je fuB appelé au commandement de la gamiaon et des défenses da He»-ïork.
L'année 1864 fut partout accueillie comme celle qui devait décider du sort de la guerre. Dans le Nord comme dans le Sud, on se trouva d'accord sur ce point.
Depuis trois ans, la rébellion n'avait cessé de reculer dans l'accomplissemeiit de son entreprise. Dans l'ouest. elle avait été refoulée hors des États du centre, et de défaite en défaite, ayant perdu le cours du Mississippi, elle se trouvait scindée en deux si complètement, que, pour le gouvernement de Hichmond, les États et territoires au delà du fleuve étaient désormais comme s'ils n'étaient pas. Dans l'est où elle avait concentré ses forces les plus vives, et où ses meilleurs généraux n'avaient point trouvé devant eux d'adversaires qui les valussent, ses succès mêmes avaient été des succès négatifs plus onéreux pour elle que pour nous les revers. En réalité, l'armée du Potomac avait été pour les confédérés le rocher de Sisyphe. Deux fois ils ne l'avaient roulé des bords du James à ceux de l'Antietam, et des rives du Rappahanock aux hauteurs de Glettysburg, que pour en être deux fois écrasés. A la troisième, la force leur avait manqué à mi-chemin, près de Centreville ; et maintenant ils se lassaient à le retenir
sur le Rapidan, d'où il menaçait toujours de se précipiter sur leur capitale.
Combien de temps pouvait encore durer la résistance? Un an au plus. Voici pourquoi :
Le Sud était à bout de ressources, et ce n'étaient pas les spéculations intéressées de quelques coureurs de blocus anglais qui pouvaient lui en créer de nouvelles. Nourri par ses nègres, il avait fait la guerre, et pouvait la faire encore sans argent ni crédit ; mais non pas sans armées. Il lui en restait deux encore qui représentaient tout ce que la levée en masse avait pu rendre. Derrière, il ne restait plus rien dans la population, pour les alimenter ou les renouveler. Déjà, pour recruter leurs rangs, le gouvernement révolutionnaire de Richmond avait, selon l'énergique expression de Grant, " volé la tombe et le berceau. « Il avait armé de force jusqu'aiis vieillards et aux enfants. Pour une campagne encore, cela pouvait suffire; mais ensuite? Ceux-là consommés, —et les hommes se consommaient vite, — tout était dit. La rébellion n'avait donc plus qu'une dernière partie à jouer,
Pour qu'il s'y rattachât encore une chance, il fallait qu'elle durât jusqu'à l'élection présidentielle qui devait avoir lieu au mois de novembre; car à la campagne militaire des rebelles en armes, dans le Sud, devait correspondre la campagne électorale de leurs affiliés dans le Nord. Entre les uns et les autres, il y avait coopération et solidarité. Que si les premiers venaient à remporter quelques avantages, les seconds en grossiraient tes proportions, de façon à en exploiter l'effet par tous les moyens dont l'agitation générale en temps d'élection leur faciliterait l'usage. En coalisant certains intérêts égoïstes, en ralliant les ambitions déçues, en excitant les mécontentements personnels, ils pourraient avoir action sur le peuple, développer en lui la lassitude de la guerre, le dégoûter de sacriSces nouveaux et l'amener aux transactions de principes, par le leurre de' compromis soi-disant honorables. Si, par ces manœuvres habilement conduites, ils
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parveuaient à faire accepter, comme candidat démocrate à la présidence, un homme acquis à leurs idées, toutes les ressources de l'opposition passaient entre leurs mains, et l'élection pouvait assurer le triomphe de leur politique.
Ce triomphe, c'eût été ; — ou la suprématie du Sud dans une nouvelle Union reconstituée à son profit ; — ou une Confédération distincte comprenant au moins les États à coton, si le Nord refusait de se dessaisir des États du centre. Dans l'un ou l'autre cas, la ruine de la République, l'humiliation de la démocratie, le recul de la civilisation et l'asservissement de la liberté.
Dans le Nord, on avait des vues toutes différentes. Depuis trois ans, le sang des citoyens coulait à flots sur les champs de bataille, et la fortune publique se dépensait à combler un gouÛre encore béant. Il était temps d'en finir une fois pour toutes , non par de honteux et inutiles compromis, mais par un triomphe définitif et sans conditions. Pour cela, il fallait autant que possible, réformer les abus, réparer les erreurs, corriger les fautes qui n'avaient que trop prolongé la guerre. Il fallait assainir et vivifier les armées en les débarrassant de l'influence énervante des parasites de l'intrigue et de la politique ; et décupler leur puissance eu ne donnant aux soldats que des généraux capables et méritants, pour les commander. Il fallait, par dessus tout, appeler au commandement suprême de toutes les forces de terre un homme en position d'imposer son autorité par la grandeur de ses services et l'éclat de ses succès, et capable de diriger les opérations des différentes armées avec un ensemble qui leur avait manqué jusque là.
Un seul homme réunissait ces conditions : le général U. S. Grant. Depuis deux ans, son nom n'avait cessé de grandir dans le retentissement des succès de nos armées de l'Ouest. Les combats qu'il avait livrés avaient un caractère de vigueur et de ténacité particulières ; les victoires qu'il avait remportées avaient toujours été fécondes en grands résultats. U avait conçu des entreprises extraor-
dinaires, et exécuté des travaux merveilleux. Sous ce rapport, l'histoire des campagnes de Ûrant, sur le Mississippi, restera comme la plus curieuseillustrationducaractére et du génie américains appliqués à l'art de la guerre. Ce que nous avons fait dans l'est même, sous sou commandément, n'offre rien d'aussi nouveau, d'aussi différent de toutcequis'est pratiqué dans les guerres de l'ancien monde.
Dès le mois de juillet 1863, la prise de Vicksburg avait mis le sceau à sa renommée. Vicksburg était une position que la nature et l'art avaient faite si forte qu'on la rega^ dait généralement comme inexpugnable, et telle était son importance, que Jefferson Davis lui-mâme avait publiquement annoncé qu'elle serait conservée à tout prix, dût-il y employer toutes les forces et toutes les ressources de la Confédération . Comme la place était inabordable de front, il fallut trouver d'autres combinaisons qu'une attaque directe pour la réduire. Sherman fut d'abord envoyé pour la prendre à revers par la rivière Yazoo, et il échoua. Grant entreprit alors de percer un canal qui relieriùt ensemble deux coudes du Mississippi, pour y faire passer sa flotille de canonnières, hors déportée des canons ennemis. Il dut y renoncer.
Son plan était de conduire son armée par la rive droite jusqu'à une soixantaine de milles au dessus de la citadelle du sud, de traverser le fleuve près de Bruinsburg, de se planter ainsi en plein territoire ennemi, et de remonter par la rive gauche pour attaquer la place par son seul côté vulnérable. C'était très beau et très hardi de conception ; ce fut plus beau et plus hardi encore d'exécution.
N'ayant pu réaliser son projet de canal, Grant résolut da faire passer ses gunboats sous les batteries mêmes de Wicksburg. L'amiral Porter était homme à conduire à bien l'audacieuse aventure. Elle réussit, par une nuit noire, sans causer d'autre malheur que la perte d'un vapeur et des avaries plus ou moins sérieuses à quelques autres. Maintenant Grant peut poursuivre son plan.
A Port Gibson, où il vient de passer le fleuve, il ren-
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contre l'ennemi et le bat. Â Grand-Golf, il le force à se retirer, en le poussant sous le feu de ses canonnières, et il le poursuit vers les derrières de Vicksburg. Le 12 mai, nouvelle victoire à Raymond; le 14, le généralJolmston est encore battu et la ville de Jackson, capitale de l'État du Mississipi, tombe aux mains de Grant avec une vingtaine de canons. Â son tour, le général Pemberton est battu le 16 à Baker'a Creek où il perd 4,000 hommes et vingt-neuf pièces d'artillerie. Le lendemain 17, au passage de la grande rivière noire {Big Black river) il subit une nouvelle défaite et une nouvelle perte de S,600 hommes et de dix-sept canons. Le 18, il s'enferme dans Vicksbut^ qui est aussitôt investi. Sis semaines après, en dépit des vains efforts de Johnston pour la secourir, Pemberton, à court de vivres et de munitions, se voit forcé de se rendre au vainqueur, et de lui remettre, avec la place, près de ^,000 prisonniers, 234 pièces d'artillerie et 70,000 fiisils. Comme conséquence forcée de ce triomphe de Grant, Port Hudson se rendit quatre jours plus tard, ajoutant 7,000 hommes et 50 pièces de canon aux pert^ matérielles de l'ennemi qui, dans la même semaine, venait en outre de laisser 30,000 hommes sur le champ de bataille de Gettysburg.
Cette série d'opérations conduites avec autant de persévérance que d'énergie ; ces obstacles abordés par toutes les faces ; ces entreprises poursuivies par tous les moyens ; ces combats succédant aux combats; ces victoires s'enchainant aux victoires; et cette continuité d'efforts jamais satisfaits tant qu'il reste qudque chose à faire : c'est là tout le général Grant.
Au mois d'octobre, ayant remplacé le général Rosencrans à Chattanoga, û se trouva en face du général Bragg, dont les forces étaient retranchées dans une position formidable sur les montagnes du Missionary ridge en Tennessee. Aussitôt que son armée eut été suffisamment renforcée par l'arrivée de Sherman, qu'il avait appelé de Vicksburg, et de Hooker qui lui amenait les 11' et
12* corps, détachés de l'armée du Potomac, — il marcha à l'attaque de son nouvel adversaire, sur les hautem^ où celui-ci- se croyait en sûreté. Non seulement il l'en délogea, mais il le rejeta en pleine déroute jusqu'à Dalton en Géorgie, en lui infligeant une perte désastreuse de 18,000 hommes et d'une nombreuse artillerie.
Après cette nouvelle victoire remportée le 25 novembre, Grant méditait déjà la prise d'Atlanta et cette brillante campagne à travers toute la Géorgie, qui fut plus tard un sujet d'étonnement et d'admiration dans l'ancien comme dans le nouveau monde. Mais il dut, laisser au général Shermau l'exécution de cette grande conception, car il venaitd'Ôtre appelé àWashingtonpouryrecevoirune mission plus haute encore.
Le grade de lieutenant général n'existait pas dans l'armée américaine. Il n'avait été conféré qu'exceptionnellement et par brevet au général Scott, le vainqueur du Mexique. Le 2 mars 1864, le Congrès le rétablit en faveur du général Grant, et le président y ajouta le commandement en chef de toutes les armées des États-Unis.
C'était à la fois la récompense de grands services rendus et l'obligation de plus grands services à rendre. Le général Grant accepta l'une et l'autre. Le peuple en ressentit une profonde allégresse et une confiance absolue. II . avait compris que la direction de la guerre, confiée à de telles mains, c'était l'arrêt de mort à bref délai de la rébellion.
A cette époque, j'eus l'occasion de rencontrer pour la première fois le général Grant à Washington. Tous ses portraits, répandus dans le monde par la photographie et la gravure, lui ressemblent. O'est un homme de taille moyenne, plutôt petite que grande. Sa tenue est simple ; son maintien réservé comme ses manières. Sa sobriété de langage est passée en proverbe. Jamais homme n'a mieux pratiqué la maxime que « si la parole est d'argent, le silence est d'or. » Comme pour tous les héros populaires, on s'est efforcé de trouver des choses extraordinaires dans
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sa pbysionomie. Mais ce qu'on j lit en réalité , c'est l'expression d'une tranquille fermeté , quelque chose comme la conscience de la force au repos. Ses traits sont réguliers; son front est largement développé. Dans ses yeux clairs et intelligents, le regard ne trahit généralement qu'une froide lucidité.
Il va sans dire qu'à son arrivée à Washington, il fut le lion du jour, l'homme que chacun voulait voir, à qui chacun voulait serrer la main. Les Américains ont l'enthousiasme terrible pour celui qui en est l'objet. Ils lui font subir des épreuves morales et physiques auxquelles une constitution robuste d'esprit et de corps peut seule résister. Ce ne sont que députations, — souvent se députant elles-mêmes, — avec accompagnement de harangues obUgées ; présentations particulières émaillées d'inepties et de poignées de main; sérénades de nuit ; réceptions de jour, etc., etc. Le général Grant ne s'appartenait plus; on ne lui laissait ni trêve ni repos. Aussi,' à peine arrivé à Washington, n'eut-il rien de plus pressé que d'en partir. La grande tâche qui lui était confiée lui tenait plus à cœur que toutes les ovations. Il se hâta de mettre le temps à profit pour en préparer l'accomplissement.
La lutte était maintenant concentrée sur deux points où .se trouvaient les deux dernières armées de la rébellion. Bans l'ouest, celle de Johnston, retranchée à Dalton sur les confins de la Géorgie; — dans l'est, celle de Lee retranchée en Virginie derrière la ligne du Rapidan. L'une et l'autre avaient été renforcées de tous les contingents qu'il avait été possible d'y envoyer. La confédération s'était saignée à blanc pour grossir son dernier enjeu. Contre Johnston, le général Grant dirigea le général W. T. Sherman à la tête de toutes les forces disponibles entre la chaîne des Âlleghanies et le Mississipi. Quant à lui, il établit son quartier général à l'armée du Potomae restée sous le commandement du général Meade. Il avait compris que c'était elle qui devait porter le coup de grâce à la rébellion, et il ne négligea rien pour lui assurer
toutes les chances possibles dans ce duel à mort. De son côté, le département de la guerre mit tout en œuvre pour coopérer pleinement au même but.
Les cinq corps de l'armée du Potomac furent fondus en trois, sous le commandement de trois généraux recommandés plus que tous les autres par leurs services, leur expérience et leur capacité : Hancock, Warren et Sedgwick.
Hancock fut mis à la tête du 2" corps composé de quatre divisions : celles de Barlow et de Gibbon, appartenant à l'ancienne organisation , et celle de Birnej et de Mott, provenant du 3" corps qui cessa d'exister par suite de cette organisation.
Warren continua à commander le 5° corps dans lequel fut incorporé ce qui restait du l^'; le tout formant également quatre divisions commandées par les généraux GrifBn, Robinson, Crawfort et Wadsworth.
Le commandement de Sedgwick, composé comme précédemment du 6' corps, comprit en outre l'ancienne division de French tirée du 3* corps. Il comptait en tout trois divisions sous les ordres des généraux : Wright, Getty et Prince.
Enfin, le 9" corps commandé par Burnside fut rappelé du Tennessee, pour coopérer avec l'armée du Potomac dans laquelle il ne tarda pas à être incorporé. Il comprenait trois divisions, sous les ordres des généraux Pott«r, Wilcox et Crittenden, aoxquelles il en fut ajouté uoe quatrième exclusivement composée de troupes de couleur et commandée par le général Ferrero.
Ces quatre corps d'armée, joints au- corps de cavalerie, — désormais sous les ordres du général Shéridan appelé de l'ouest pour prendre cet important commandement, — form aientun effectif d'environ centquarante mille hommes. C'était beaucoup plus que Lee ne pouvait nous opposer; mais ce dernier avait l'avantage de la défensive à laquelle la nature du pays of&e des ressources inépuisables, en Virginie.
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1 dehors de l'armée du Potomac, le général Grant ~t encore, pour ses opérations contre Richmond, de deux autres armées auxiliaires qui devaient concourir à l'ensemble du plan de campagne. L'une, forte de trente mille hommes environ, était réunie près de la forteresse Monroê sous le commandement du général Butter. Elle devait remonter le James, menacer directement Blchmond, et, en s'établissant à City-Point, intercepter tous les renforts que Lee pourrait tirer des Carolines. L'autre , commandée par le général Sïegel et comptant de dix-sept à diï-huit mille hommes, occupait la Virginie occidentale. Sa mission était de protéger la vallée de la Shénandoali, de menacer les communications de Lee avec l'ouest, et d'arrêter tout secours qui pourrait lui venir de ce côté. Banks dans la Louisiane et Steele, dans l'Arkansas, reçurent aussi leurs instructions distinctes. DansleTennessee, Sherman qui réunissait sous son commandement les trois armées du Cumberland, du Tennessee et de l'Ohio, avait depuis longtemps son plan arrêté. La campagne put donc s'ouvrir sur tous ces points à la fois, par le mouvement Bimuttané des armées qui les occupaient.
Comme, en Europe, on a souvent révoqué en doute l'exactitude des proportions attribuées à la guerre, par la presse périodique, j'emprunterai au -rapport du secrétaire de la guerre, l'état officiel des forces que les États-Unis avaient sur pied, au l'" mai 1864. •
Le chiffre total comprenant les troupes de toutes armes, —mais non les milices, bien entendu, — était de neuf cent soixante-dix mUle, sept cent dix hommes ainsi distribués :
Présents soua les armn 663,3U
Ea service détaché dans les diETërents départements militaires, 109,348
Dans les hôpitaux dea années 41,S66
Dtnslesbôpitaaxgén&anxoableasésilaiulenra&milles. . 76,978
Absente en. coi^i et prisonniers de guerre 60,S90
Absenta sans peroussion 16,4S3
Total 970,710
■ DictzedbyGoOgle
Les six cent soixante-deux mille, trois cent quarantecinq hommes présents sous les armes se répartissaient ainsi :
Département de Washington 13,121
Armée du Potomac 141,160
Département de la Virginie et de la Caroline da nord . , 69,139
du Sttd 18,165
— du Golfe 61.B68
— de l'Atkansas -33,666
— da Tennessee 74,074
— duMissonti 1E,770
— duNotd-Ouest 6,296
— du Eanau '. . . 4,798
— du Camberlaud 119,948
— del'Ohio. . 35,416
— du Nord 9,646
— de la Viiginie occidentale 30,783
— de l'Est 2,828
— dn Susquebanna 3,970
— dn Milieu 5,627
— dn Nouveau- Meiiqne !t,4S4
— dn Pacifique 5,141
Quartier général de la diviaiou mititaiie du Uiasiasippi . . 476
Total 662,345
Dès le 5 janvier, mapromofion avait été envoyée parle président au Sénat qui , préoccupé d'intérêts plus importants, ne la confirma que le 8 avril, trop tard pour je pusse obtenir immédiatement un commandement à l'armée.
Le 2 mai, je reçus ma commission à New- York où j'étais allé l'attendre. A quelques jours de là, je rencontrai sur Broadway un officier de ma connaissance qui m'aborda en me demandant si j'avais vu le général Peck. — Il est ici pour vingt-quatre heures, me dit-il, et il désirerait beaucoup vous serrer la main à son passage. Je l'ai quitté se rendant chez le général Dix, où il doit être encore en ce moment.
Les excellents souvenirs et les relations amicales qui m'attachaient au général, sous lesordres duquel j'avais fait
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mes premières armes, me faisaient à la fois un devoir et un plaisir de lui rendre visite. Je m'acheminai aussitôt vers le quartier général, sans me douter que la destinée fût pour quelque chose dans le sentiment qui m'y poussait. J'y trouvai en effet le général Peck. Notre entrevue fut des plus cordiales. Après les premiers compliments, nos souvenirs s'étant invinciblement reportés en arrière, mon ancien chef de brigade venait d'apprécier en termes fort généreux mes services dans la péninsule, lorsque le général Dix l'interrompit :
— Parbleu, dit-il, voilà votre affaire.
La remarque se rapportait à un sujet de conversation traité avant mon arrivée, et dont j'ignorais la nature.
— C'est, ma foi, vrai, répondit le général Peck ; et vous ne pouviez pas mieux tomber.
Alors le général Dix se tournant vers moi :
— Vous avez reçu votre commission de brigadier général?
— Depuis quatre ou cinq jours.
— Et vous attendez des ordres?
— Oui, général.
— Eh bien! vous ne les attendrez pas longtemps. Il frappa sur le timbre. Le planton parut.
— Priez le colonel Van Buren de monter.
Le général Peck souriait, et je cherchais en vmn le mot de l'énigme, lorsque le chef d'état-major entra dans le bureau.
— Colonel, flt le général Dix, veuillez rédiger un ordre assignant au général de Trobriand le commandement de la garnison et des défenses de New- York. Aussitôt que vous le lui aurez remis, il entrera en fonctions, pour que le général Stannard puisse se rendre sans délai à son nouveau poste.
Un quart d'heure après, le général Siannard me remettait le commandement dans lequel je lui succédais. Il avait hâte d'aller chercher à l'armée de nouvelles occasions de se distinguer, comme il l'avait fait àGettysburg, se dou-
SIO QIAIRB ANS DB CAHPAGMBS A L'ARMÉE DU POTOHAC.
tant peu qu'il reviendrait biestôt laissant un bras devant Petersbui^.
La mesure prise d'ui^eûce par le génértJ Dii fut approuvée par le département de la guerre , et je fus maintenu à la 1" division du département de l'Est.
Le commandement qui m'était confié eût été, en temps de paix, le plus enviable de tous ceux auxquels j'eusse pu aspirer. 11 n'en était pas de plus important pour un officier de mon grade, car il embrassait quatorze forts et batteries, armés ensemble de huit cents pièces de canon et défendus par trois régiments de réguliers, un régiment de vétérans de réserve, un régiment de milice enrôlé pour le service de garnison et plusieurs compagnies d'artilleurs. Le gouvernement m'accordait en cela une marque d'autant plus haute de sa confiance que, né Français, je n'étais Américain que par naturalisation. Malgré tout, ce genre de service eût mieux convenu à quelque général retenu forcément loin de l'armée par ses blessures ou le délabrement de sa santé. Pour moi, qui n'avais point eu la peau trouée, et dont la santé n'avait jamais été plus robuste que depuis que j'avais payé mon plein tribut au climat pestilentiel de la péninsule, — mon lot était bien plus naturellement de faire campagne , que de passer les jours dans un bureau à signer des rapporta, ou, sur -un yacht à vapeur, à visiter des forts, depuis les passes de la baie extérieure à Sandyhook, jusqu'à l'entrée du Sound à Throgg's-Neck.
Toujours est'^il que, pour le mieux ou pour le pire, il ne me iut pas donné de prendre part aux débuts de la campagne du général Grant en Virginie. Je me bornerai donc à une relation sommaire de cette série de batailles et de combats terribles qui marquèrent, comme autant d'étapes sanglantes, la marche de l'armée du Potomac, des bords du Rapidan à ceux de l'Âppomattox devant Petersburg.
^ DictizedbyGoOgle