‹ Quatre ans de campagnes à l'Armée du Potomac (volume 3)Chapitre 15 sur 54 · BATAILLE SUR BATAILLE · texte numérisé non relu

BATAILLE SUR BATAILLE

BaUille de la Wildemess. — Fusillades à outrance dans les fourrés. — Chances diverses. — Mort du général Wadsworth. — Combat au milieu des flammes. — Résultat. — Bataille de Spottsylvania. — Mort du général Sedgwick. — L'attaque des retranchements. — Succès du 2« corps. — Vingt heures de lutte. — Mouvements de nuit. — Combats répétés. — Engagements sur la North- Anna. — Expédition de cavalerie. — Sheridan aou8 les murs de Richmond. — Mort du général Stuart. — Bataille de Cold-Harbor. — Bilan d'un mois de campagne.

Le 4 mai (1864), rarmée du Potomac traversa le Rapidan sans obstacles, au dessous des positions ennemies, et, tournant la droite des confédérés, s'engagea dans la région presque impraticable, connue sous le nom de milderness. Le projet de Grant était de gagner les derrières de Lee; mais celui-ci ne lui en laissa pas le temps. Il sortit aussitôt de ses positions retranchées, non pour se replier sur Richmond, mais pour tomber directement sur l'armée qui, dans sa marche, lui présentait le flanc. Le corps d'Ewell et celui de Hill s'avancèrent par deux routes parallèles, et, le 5 au matin, vinrent donner contre le & corps, celui de Warren. L'attaque suspendit le mouvement^ et le combat s'engagea de part et d'autre avec une grande vigueur. L'avant-garde d'Ewell fut d'abord repoussée et rejetée en arrière ; mais les renforts lui arrivant bientôt, elle reprit l'offensive, et le 5® corps, qui se trouvait seul engagé, perdit tout le terrain qu'il avait gagné, et plus encore. Hancock qui avait l'avance, et se

trouvait déjà bien au delà de Chacellorsville, fut rappelé en hâte pour se former sur la gauche de Warren. Sedgwick, qui marchait le dernier, était déjà en position à sa droite.

Quelques heures s'écoulèrent à se tâter réciproquement dans ce dédale de bois épais, où Ton ne pouvait se voir le plus souvent qu'en se touchant. Elles. donnèrent à Hancock le temps d'arriver pour arrêter l'avance de Hill. Là encore le combat fut violent et acharné. Le premier général qui y fut tué fut Alexandre Hays, qui m'avait remplacé dans le commandement de mon ancienne brigade. Pendant trois ou quatre heures, le 2® corps se battit furieusement sans parvenir à faire reculer l'ennemi au milieu des fourrés où l'on ne pouvait ni charger à la baïonnette, ni faire pénétrer l'artillerie. La nuit sépara les combattants dans la position où ils avaient commencé la lutte. C'était à recommencer le lendemain. Seulement la bataille devait prendre de plus grandes proportions, par suite de l'arrivée de Burnside d'un côté, et de Longstreet de l'autre.

Le premier, Lee engagea l'affaire le 6, au point du jour, par une attaque sur la droite de Sedgwick. Elle fut repoussée sans trop d'efforts, et, presque aussitôt, Warren et Hancock ayant avancé leur front, la bataille s'étendit sur toute la ligne. Remarquez que ce n'était en rien une bataille comme une autre. On combattait, pour ainsi dire, à tâtons. Sur ce terrain sauvage, rocheux, tourmenté, couvert partout d'un réseau de basses végétations et d'arbres nains, aucune précision des mouvements n'était possible. La direction générale des deux armées était assez bien définie, mais les dispositions de détail échappaient nécessairement au contrôle des commandants supérieurs. Les colonels même pouvaient rarement surveiller à la fois toutes les compagnies de leurs régiments, et dans les brigades, à peine savait-on à la droite, ce qui se passait à la gauche et vice-versâ. On avançait péniblement à travers les obstacles. On se rencontrait à vingt ou trente pas — . de plus loin on ne pouvait s'apercevoir, — et de

part et d'autre, on se fusillait à outrance, jusqu'à ce qu'on ne vît plus personne devant soi. Les lignes venaient-elles à se fractionner ou à s'entre-mêler? à peine pouvait-on s'en rendre compte. Des blessés de la division Birney furent faits prisonniers en se rendant à l'arrière, par un régiment ennemi qui s'était fourvoyé jusque-là. Je tiens le fait d'officiers qui faillirent avoir le même sort et qui ne purent me dire par où ce régiment avait passé pour venir ou pour s'en aller.

On comprend que la lutte se poursuivait partout avec d'autant plus d'acharnement, que ce qui se passait sur un point restait ignoré, et par conséquent sans influence sur un autre. Ceux qui avaient le dessus rencontraient mille difficultés à poursuivre leurs avantages ; ceux qui avaient eu le dessous, trouvaient mille facilités pour s'en tirer.

Malgré tout, lorsque, à cinq heures du matin, Hancock lança en avant les deux divisions de Mott et de Birney, appuyées par la division Getty du 6® corps, et la division Wadsworth du 5®, l'attaque fut poussée avec tant de vigueur, que le corps de Hill, sur lequel elle tomba, se rompit et fut rejeté en désordre jusque près de Parker's Station, l'espace de plus d'un mille et demi. Malheureusement, Longstreet survint en ce moment, et en dépit de tous les effi)rts, le 2® corps ne put aller plus loin. Bientôt même, pressé de plus en plus par des forces supérieures , il perdit du terrain, et finit par être ramené à sa première position , laissant parmi ses morts le général Wadsworth, un des plus braves soldats, un des plus nobles citoyens, un des meilleurs hommes dont le pays ait eu à regretter la perte durant cette guerre. Non loin de Wadsworth expirant, gisait Longstreet grièvement blessé.

Sur le centre et la droite, on avait continué à se battre, sans grand résultat de part et d'autre. L'effort de la lutte n'était pas là, mais bien à la gauche où elle allait recommencer bientôt avec une nouvelle furie. Lee avait pris luimême la direction du corps de Longstreet, et quand il y eut rallié celui de Hill , il les lança tous deux contre les

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