LIBRAIRIE INTERNATIONALE
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A BRUXELLES, A LEIPZIG ET A LlYOURNE
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AVANT-PROPOS
La dernière guerre d'Amérique est en général mal connue en France. Des erreurs activement propagées, des préjugés politiques habilement exploités, ont concouçji à à en déguiser lorigine, le caractère et le but.
L'opinion s'est laissé aller à ces influences dans une mesure dont on aurait lieu d'être surpris, en présence des facilités qu'elle avait de se mieux éclairer. Mais parmi les peuples à idées traditionnelles et à grand mécanisme gouvernemental, le parti pris des opiniqns toutes-faites ferme volontiers les. yeux, quand on lui montre la lumière. ■ :^-'
C'est ce qui est arrivé lorsque des hommes éminents, qui ont fait de la grande République du nouveau monde un sujet d'études approfondies, ont défini, dans d'excellents écrits, le vrai caractère de la lutte gigantesque dont la démocratie américaine vient de sortir victorieuse.
Cependant le monde marche ; les principes se dégagent, les préjugés s'affaiblissent, les passions s'apaisent, et le temps, ce grand éclaireurdes esprits, développe des résul-
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tats rapides qui doivent nécessairement assurer le triomphe de la vérité.
En attendant, il m'a paru qu'il pouvait y avoir quelque intérêt et quelque utilité à raconter une partie de cette guerre, dans la mesure où j'ai été appelé à y prendre part.
Ce livre est donc un récit, et ce récit, comme son titre l'indique, embrasse seulement les opérations de l'armée du Potomac. Les autres n'y figurent qu'accessoirement.
Je me suis ainsi borné aux choses que j'ai vues, quœque ipse vidi. Je les raconte, — non pas comme un Français qui vient de guerroyer à l'étranger, mais comme un Américain qui a combattu pour le pays de son adoption et pour les institutions de son choix.
Mes appréciations dérivent de convictions auxquelles je suis arrivé par un long chemin et par étapes successi's^s à travers les enseignements'd'une vie voyageuse des deux côtés de l'Atlantique. Quelque valeur que le lecteur attache à ces appréciations, je réclame de lui le bénéfice d'une sincérité impartiale dans mes jugements et d'une exactitude scrupuleuse dans mes récits.
J'expose les faits tels qu'ils se sont passés sous mes yeux, et tels que je les ai consignés jour par jour sur un journal tenu sans interruption depuis mon entrée au service jusqu'au licenciement du dernier de mes régiments.
De tout ce que je n'ai pu voir par moi-même, je n'ai rien avancé dont je ne me sois absolument assuré par des renseignements directs, ou par la comparaison minutieuse et raisonnée des documents officiels et des dépositions in extenso devant le comité du Congrès chargé des enquêtes sur la conduite de la guerrp. J'ai cru devoir écarter comme suspecte toute information particulière dont il ne m'a .pas été possible de vérifier la parfaite exactitude.
AVANT-PROPOS
Le lecteur peut donc me suivre en toute sécurité. Il vivra de la vie des camps ; il assistera à l'organisation de l'armée du Potomac, à son apprentissage, à sçs débuts ; il la suivra dans ses marches et dans ses combats, au bivouac et sur les champs de bataille; il s'associera à ses travaux, à ses privations, à ses succès et à ses revers. Il fera la guerre, en un mot, — la vraie guerre avec toutes ses réalités horribles ou glorieuses.
Ce qui ne nous empêchera point de suivre la marche des choses en dehors de l'armée. Ensemble nous visiterons New- York et Washington, quand les événements nous y appelleront, et nous y rencontrerons de grandes personnalités politiques, comme, au camp, de grandes personnalités militaires.
Ai-je besoin d'ajouter que ce livre est écrit pour tout le monde, et que je me suis abstenu de ce qui pouvait lui donner un caractère de spécialité exclusive ?
S'il plaît, ce sera bien, — s'il intéresse, ce sera mieux; — s'il est utile, j'aurai atteint le but que je me suis proposé en l'écrivant.
Mai 1867.