AVANT-PROPOS
Je réunis dans ce volume, en les complétant sur quelques points, les conférences que j'ai données à l'Université catholique de Lille pendant les mois de décembre 1904 et de janvier 1905. Lorsque, au commencement de l'été dernier, les organisateurs de ces conférences m'ont fait l'honneur de s'adresser à moi, si je possédais sur la question du concordat les connaissances nécessaires à un enseignement consciencieux, je dois avouer qu'elle n'était pas de celles dont j'avais fait une étude plus particulière, personnelle et approfondie. J'inclinais alors vers la séparation de l'Eglise et de l'Etat; j'étais porté à croire qu'au point où en sont les choses, la dignité de l'Eglise et son intérêt bien entendu l'exigeaient. Je pensais qu'au lieu de conserver les cadres d'une armée dont plus de la moitié des soldats sont morts ou à demi-morts, il valait mieux constituer un bataillon de vivants très déterminés; nous
II AYArsï-PROPOS
reconnaître franchement ce que nous sommes, minorité, mais nous organiser en minorité très forte et conquérante; accepter des cadres nouveaux et chercher à refaire des catholiques par des conversions individuelles aussi nombreuses , mais surtout aussi sérieuses que possible. C'était évidemment très honorable et très séduisant. Six mois d'études et de réflexions m'ont établi dans une opinion contraire ; non que mon idéal de restauration religieuse soit changé; mais j'ai touché du doigt, quant aux effets du Concordat et aux résultats probables de la séparation, une réalité très différente de celle que je m'étais trop facilement représentée.
L'examen minutieux des faits m'a prouvé que le régime concordataire qui est, depuis quatre siècles, celui de la France, n'était pas coupable de tous les méfaits qu'on lui impute. Il n'a pas empêché l'Eglise de remplir sa mission ; il n'a pas fait un épiscopat servile, incapable de parler quand il fallait parle)*; il n'a pas davantage donné un épiscopat révolté contre l'Etat ou peu soucieux de ses intérêts; il a accordé à l'Etat les garanties dont celui-ci a besoin dans un pays centralisé comme le nôtre ; il a maintenu la paix des consciences et permis aux catholiques de contribuer au bien public et au progrès général ; et cela sous