‹ Quatre chapitres inédits sur la RussieChapitre 4 sur 5 · décembre · texte numérisé non relu

décembre

Pétersbourg, 26 juin iSiO.

Monsieur le comte,

Une de ces bizarreries qui distinguent le dixhuitième siècle ayant fixé en Russie un ordre fameux, exclu des pays catholiques, où il était particulièrement dévoué à l'éducation de la jeunesse, je croirais n'avoir rempli qu'à demi la tâche que je me suis imposée, si, dans une suite de lettres où j'ai eu l'honneur de vous entretenir de l'éducation publique, je n'en consacrais pas une ou deux à vous parler des Jésuites.

On peut dire de cet ordre, en ne se rapportant

qu'à votre pays : Beavcoup en ont parlé, mais peu Font bien connu. Quoique Je fasse profession de lui être fort attaché, il me semble cependant que je puis éviter Tombre même de la crainte d*être trompé par mon attachement, et suspect à votre sagacité; car il y a un moyen infaillible de juger un ordre conmie un particulier : c'est de remarquer par qui il est aimé et par qui il est haï ; et ce moyen est celui dont je vais me servir.

En observant ici que cet ordre peut s'honorer de dix-sept approbations du saint-siége et de celle d'un concile général, je ne ferais peut-être pas autant d'effet que si j'étais dans un pays catholique. Partout cependant une telle approbation vaut quelque chose; mais je veux particulièrement chercher des témoignages qui ne puissent être suspects d'aucune manière.

Le siècle qui vient de finir a proclamé Bacon le restaurateur des sciences^ mais lui-même ac-

cordait expressément ce titre à l'ordre des Jésuites. C'est lui qui a dit : « L éducation de la «jeunesse, cette noble partie de la discipline c( antique, a été ranimée de nos jours et comme « rappelée de l'exil par les Jésuites, dont l'ha- (c bileté et les talents sont tels, qu'en pensant à « eux je me ressouviens de ce qui fut dit jadis (( au Persan Pharnabaze par le roi grec Agésilas : ce Étant ce que vous êtes, que n'êtes-vous des a nôtres /y>

11 ajoute : « Pour arriver à un bon système ((d'éducation, le chemin serait court; il suffit (( de dire : Consultez les écoles des Jésuites, ja- (( mais on n'a inventé rien de mieux ^ »

* Quœ 4iobilissima pars priscœ disciplinœ revocaia est aliquatenus, quasi postliminio, in Jesuitarum coUegiis, quorum quum intueor industriam solertiamque tam in doctrina excolenda quam in moribus efformandis, illud occurrit Agesilai de Fhamabazo : « Talis quum sis, uti-nom noster esses!,. 4 »

Grotius, autre protestant fameux, dit que « les Jésuites exerçaient une grande puissance sur Topinion, à cause de la sainteté de leur Tie, et du parfait désintéressement avec lequel ils instruisaient la jeunesse dans les sciences et dans la religion ^ »

Henri IV, à peine monté sur le trftne, se hâta de les rétablir, et choisit une direction parmi eux.

Richelieu a écrit, dans son testament, qix'il ne connaissait rien de plus parfait que l'institut de*cette société, et que tous les souverains pour" raient en faire leur étude et leur instruction.

Ad pœdagogiam quod attinet bi*evissimum foret dictu, « Consule scholas Jesuitarum, » nihil enim quod in usu venit his melius: (Baco., de Augm. scient, lib. I, vers, init., et lib. Vï, id.)

* Grotii Ann, Belg., p. 194, cité dans le livre allemaDd intitulé Der Triumph der Philosophie imachtzekntemjahrhundert; Qermantowen, in-8, 1. 1, p. 412.

JDescartes, élevé par eux, n'en parlait jamais qu'avec estime*.

On sait de quelle confiance les honora Louis XIV, et quel rôle ils jouèrent dans ce siècle fameux. Le duc de Saint-Simon, ennemi personnel des Jésuites, avoue cependant, dans le chapitre qu'il a fait sur eux dans ses Mémoires, qp'ils avaient un extrême talent pour former les jeunes gens à la probité et à r amour des sciences.

Or, tout est contenu dans ces deux points ; car lorsque l'homme est honnête et savant, que lui manque-t-il?

Le ^and Gondé fit profession toute sa vie d'une sincère amitié pour eux, et il leur fit en mourant le présent le plus honorable : il leur légua son cœur et son fils^.

* Halebranche, Rech, de la vérité, liv. III, c. vi, n*» 4.

* Y, Toraison funèbre de ce prince par le P. Bour-

daloue.

Frédéric II est encore un témoin irréprochable sur cet article. En sa qualité de philosophe et d^ennemi déclaré du christianisme, il ne dédaigna pas de faire chorus a^rec la secte ; et il écrivait à Voltaire, au moment de la suppression des Jésuite» : Nous venons de remporter un grand avantage^.

Mais lorsqu'il fiit question de les détruire dans ses propres États, alors le souverain éclipsa le philosophe. Il ne dit plus Nous; il écrivait au contraire : Je ne connais pas de meilleurs pré-très. Il disait à ce même Voltaire : Réconciliez^ vous avec un ordre qui a porté, et qui, le siècle passé, a fourni à la France des hommes du plus grand génie. — Il ajoutait : Ganganelli me laisse nos chers Jésuites. J'en conserverai la précieuse

««Le roi de Prusse à Yoliaire; Œuvres de ce dernier, t. LXXXVI, édit. de Kehl, p. 248.

graint^ pour en fournir à ceux qui voudraient cultiver chez eux cette plante si rare *.

EûfiD, il fallut lui faire, de Paris, une violence formelle pour obtenir de lui qu'il publiât la bulle de suppression dans ses États.

Catherine II, esprit élevé et plein d'idées souveraines, suivit cet exemple et le surpassa.

Paul P% que personne n'accusera de n'avoir pas connu ses droits, persista dans les mêmes vues, sans que jamais les suggestions les plus habiles aient pu lui donner de l'ombrage contre les Jésuites.

Les Jésuites j dit le général Dumouriez, avaient le grand art cFélever rame de leurs disciples par r amour-propre, et cF inspirer le courage.

* Le roi de Prusse à Voltaire ; Œuvres de ce dernier, t LXXXVI, 1 8 novembre 1 777, p. 286.

i64 APPENDICE.

le désintéressement et le sacrifice de soi-même^. Ce n*est pas peu, comme on voit.

"' Mais rien n'est aussi curieux que le témoignage de Lalande. U ne tarissait pas sur l'éloge des Jésuites ; il reprochait à leurs ennemis Savoir détruit une société qui présentait la plus étonnante réunion qu'on ait jamais vue des sciences et de la vertu. Il ajoute : CarvaUio [Pombal) et Choiseul ont détruit le plus bel ouvrage des hommes , dont aucun établissement sublunaire n'approchera jamais, l'objet étemel de mon admiration, de ma reconnaissance et de mes regrets. 11 finit par dire qu'il avait eu jadis F envie Centrer dans cet ordre, et qu'il regrettait

> Hémoires du général Dumouriez. Hambourg, 1795, 1. 1, p. 1 5. Cet homme, alors plein d*Mées philosophiques et révolutionnaires, ajoute à Téloge que lui arrache la vérité ces mots, par Vamour-^opre. Il faut bien lui passer cette petite consolation.

toujours de rC avoir pas suivi une vocation qu*il devait à l'innocence et au goût de r étude '.

Si Ton ajoute à ces témoignages si désintéressés celui de tant d'hommes éminents en sainteté et en science, tels que saint François de Sales, Fénélon, etc.^ etc., qui ont particulièrement aimé et chéri cet ordre ; si l'on se rappelle que le clergé de France, assemblé en 1762 , disait au roi Louis XV : Sire, défendez les Jésuites comme vous défendriez f Église catholique/ il semble que rien ne manque à cette société pour lui concilier l'estime et la confiance d'un gouvernement étranger même à cette Église.

* Voyez la lettre de Lalande, dans le Journal des Débats, 15 pluviôse an VIII (3 février 1799), et le livre cité à la page 334 : Ber Triumph, etc., 1. 1, p. 460.

Ces témoignages, de la part d'un homme qui s'était déclaré officiellement chef des athées, sont ce qu'on peut imaginer de plus curieux.

4M AWENMCE,

On peut cependant ajouter à cette rec(»nman* dation en citant ceux qui ont honoré les Jésuites de leur haine; car Ton ne trouveiapaa un ennemi de rÉglisé et de TÉtat, un seul révolutionnaire» un seul illuminé, en un mot, un seul ennemi du système européen, qui ne le soit aussi de ces religieux*

Calvin écrivait à son ami de Bèze, il y a trois siècles : Quant aux Jésuites, qui s* opposent particulièrement à nous, il faut les tuer; ou si cela ne peut se faire commodément, il faut les chas^ ser, ou au moins les accabler à force de men-songes et de calomnies.

Dès lors, rien n'a changé. L'un des plus fa* meux disciples de Calvin, d'autant plus dangereux qu'il était masqué, disait, dans le siècle suivant :

«c // n'y a rien déplus essentiel que de ruiner le crédit des Jésuites; en les ruinant on ruine

Rome y et si Rome est perdue^ la religiên se ré-forme delle-mkne *. »

Et, de nos jours, Habaud de Sswt-Étieime, ministre protestant, et l'un des membras les plus fanatiques de l'assemblée qui a bouleversé la France et ensuite le monde, a rendu, sur cet article, un témoignage non moins curieux. En parcourant les causes qui amenèrent et facilitèrent cette funeste révolution, il compte parmi les plus décisives la destruction des Jésuites. Il dit : Les ennemis les plus violents et les plus habiles de la liberté décrire^ les Jésuites y avaient disparu^ et personne depuis n'osa déployer le même despo^ tisme et la même persévérance ^.

I Lettre de Fra Paolo Scarpi (qu*on a si justement nommé catholique en gros et protestant en détail), du 5 juillet 1619^ citée dans sa vie écrite par le Courrayer, et placée à la tête de la traduction du concile de Trente.

' Précis hist&rique de la BévoltUion française, in-i2| 1792; liv.I,p. 17.

Tous les obsenateurs, au reste, demeurent d'accord que la réyolution de TEurope, qu'on appelle encon révolution française^ était impossible sans la destruction préliminaire des Jésuites.

Cet éloge est grand sans doute, et cependant on peut y ajouter encore, puisque l'auteur protestant d'une histoire ecclésiastique» écrite de nos jours, avec tous les préjugés de sa secte, avoue expressément que, si les Jésuites avaient existé avant r époque de la Réforme, jamais le protestantisme n* aurait pu s'établir^ et que, s'ils n'avaient paru cette révolution serait devenue universelle K

^ Waere der orden der Jesuiten nicht geiivesen, so wûrde die Kirchen- Reformation... keiner Wierderstand mehrgefunden haben. Hingegen, wœre er auch schon for der Reformaiion gewesen, so wûrde wohl keine Reformation erfolgt. (Allgemeine Geschichte der

Tout homme d'État, qui réfléchira attentivement sur ces témoignages choisis entre mille, sera convaincu que les novateurs qui travaillent presque à visage découvert pour renverser ce qui reste d'ordre et de bonheur en Europe n'ont pas d'ennemis plus courageux , plus intelligents et plus précieux pour l'État que les Jésuites, et que, pour mettre un frein aux opinions qui ont ébranlé le monde, il n'a pas de meilleur moyen que de confier l'éducation de la jeunesse à cette société ^

christlichen Kirche : won d. Heinr. PhiL cour. Hei^e,

Professer der TheoL zu Helmstadt. Braunschweih ,

ilU, t. II, dritter Theii, p. 69.)

* M. de Maistre écrivait en 1810. Il pourrait aujom

d'hui beaucoup ajouter à ces témoignages inverses en

faveur des Jésuites. On comprend que les noms, les

œuvres et les qualités, des ennemis des Jésuites qui

ont paru depuis quarante ans n'affaibliraient sa thèse

ni dans son esprit, ni dans l'esprit d'aucun hon^me

sérieux et de bonne foi.

(Note de VUnivers.)

i70 APPENDICE.

Les révolutionnaires le sentent Inen ; aussi , pour se débarrasser de ces ennemis inccmunodes, ils s'y sont pris d'une manière qui n'a que tn^ souvent réussi. Us ont tfiché de les rendre su^ pects aux souverains, en les accusant de se mêler des affaires politiques.

n est extrêmement important, Monsieur le comte , d'écarter ce piège, qui est tout à la fois très- fin et tris-^fort; j'aurai l'honneur de vous présenter à cet égard deux réponses également' péremptoires.

!• J'emprunte la première de Frédéric II ; car, dans la crainte d'avoir l'air de céder à des préjugés d'affection ou d'éducation, je tâche toujours de chercher mes autorités parmi des hommes audessus de tout soupçon, comme ayant été agités par des préjugés diamétralement contraires.

Je sais bien, disait donc ce fameux personnage, auquel il n'a manqué que d'avoir été élevé et dirigé par ces mêmes hommes, je sais bien qu'ils

APPENDICE. m

oni^cabalé et qu'ils se sont mêUs d! affaires; mais c'est la faute du gouvernement. Pourquoi i*art'il souffert? Je ne m'en prends pas au père le TelUerj mais à Louis XIV ^.

Cette observation seule est péremptoire. S'il plaisait à un souverain de faire gouverner son royaume par les officiers de sa garde^ il serait bien le maître. Les officiers seraient sans doute tenus d'obéir; et s'il leur arrivait de se laisser séduire par l'exercice de la puissance et d'en abuser quelquefois, il leur arriverait ce qui est arrivé, ce qui arrive et ce qui arrrivera à tous les hommes. Faudra-t-il dire ensuite : Les officiers de la garde ont cabale^ ils se sont mêlés d affaires; il faut supprimer la garde? Rien ne serait plus extrayagant; car il faudrait prouver d'abord que

* Frédéric II à Voltaire, dans la lettre citée plus haut, du 18 novembre, Œuvres de Voltaire, t. LXXX, p. 288.

d'autres auraient mieux fait, ce qui ne serait^ aisé, et ensuite on devrait dire conrnie Frédéric II : C'est la faute du gouvernement. Pirurquoi Fa-t-il sou/fert? Je ne m'en prends point aux officiers de la garde, mais au souverain.

Les Jésuites sont engagés par leurs vœux à élever gratuitement la jeunesse dans la religion et dans les sciences, et à civiliser les nations sauvages , sous le bon plaisir des deux puissances temporelle et spirituelle. Cette tâche est assez noble, et ils sont assez occupés dans ce monde. S'il plaît aux souverains de les tirer de leur solitude à certaines époques et de les consulter sur quelques objets, encore une fois les rois sont les maîtres, et les Jésuites doivent répondre de leur mieux à cette confiance , comme tous les autres sujets qui seraient dans le même cas.

Les souverains pensent-ils, au contraire, qu'il y ait du danger à se servir, dans aucune occasion, du ministère et des connaissances de ces hommes

habiles (ce qui serait encore assez difficile à prouver), il n'y a qu'à les laisser chez eux, à leurs fonctions ordinaires.

Voilà à quoi se réduit ce grand épouvantail des Jésuites mêlés dans les affaires.

Mais il y a une autre observation à faire, que vous trouverez peut-être, Monsieur le comte, encore plus importante et plus décisive que la pré- s cédente.

2"* Deux sectes n'ont cessé d'agiter l'Europe depuis le seizième siècle : les calvinistes^ et leurs cousins les jansénistes^ ^ et les Jésuites leur ont résisté avec une force et une persévérance qui tiennent du prodige. Ces sectaires, toujours intriguant dans l'État et se mêlant à l'État pour le ren-

1 Les raisonneurs de jansénistes,

Et leurs cousins les calvinistes, etc.

Voltaire , Œuvres. Deux-Ponts, 1791, in-12, t. XVI; Poésies mêlées, n® 185, p. 150.

i74 APPENDICE.

▼ener , s'appelaient eux-mêmes tÉtat^ et fiiisaieitt croire à l'État, m^orcelé par leurs manoeuvres, qu'on l'attaquait en les attaquant. Je n'en reux pas d'autre preuve que le témoignage de ce même duc de Saint-Simon que j'ai cité plus haut, car j'aime toigours choisir mes témoignages parmi les ennemis les plus éclairés de la société.

Après réloge qu'il en fait très^justemeot, et que j'ai cité, il ajoute qa'ils se montraient trop passionnés contre les calvinistes et les jansénistes. (Mémoires du duc de SaintrSinKNi, iHd.)

C'est reprocher au chien son aversion pour le loup* Ce n'est pas parce que les rois de France ont trop cru les Jésuites, c'est parce qulls ne les ont pas assez crus, qu'ils ont perdu lêphis beau royaume après celui du ciel ^ La destruction

* Si quando te Deus ad suum regnum, quod solum tuo melius est, voeaverit, etc. (Grotius, dans l'épltre dédicatoire de son Traité du droit de la guerre et de la paix, au roi de France Louis Xlil.)

de cet ordre a livré rancienne France aux bêtes féroces qui l'ont dévorée* Fidèle à la maxime que j'ai adoptée de dter toujours le moins possible ce qu'on appelle aujourd'hui les dévots j c'est-ànlire tous les hommes sages, religieux et sujets fidèles, c'est encore Voltaire que j'appelle en témoignage sur ce point. La conscience est une espèce de torture qui extorque la vérité aux malfaiteurs. Vous ne serez pas fâché, Monsieur le comte, que je vous fasse lire les vers qui lui échappèrent à l'époque delà destruction des Jésuites. Les voici :

Les renards et les loups furent longtemps en guerre ; Nos moutons respiraient : nos bergers diligents Ont chassé par arrêt les renards de nos champs.

Les loups vont désoler la terre.

Nos bergers semblenty entre nous,

Un peu d'accord avec les loups ^

1 CEuvres de Voltaire, t. cité, n^" 166, p. 150.

n« APPENDICE.

De la part d'un homme tel que Voltaire, c'est une injure modeste que celle de renards, et les Jésuites doivent remercier. Cette politesse, au reste, lui fait dire une absurdité palpable ; car qui a jamais entendu dire que les renards se battent avec les loups, ou qu'ils dévorent les moutons? Il aurait dit sans doute les lions ou les tigres, aa lieu de renards, si sa conscience ne l'avait pas forcé de s'avouer à lui-même que l'État n'avait rien à craindre des Jésuites, et que tout le danger venait de leurs ennemis.

Maintenant que les prétendus bergers, c'est-àdire les parlements gangrenés de philosophisme et de jansénisme, en s'entendant avec les loups, c'est-ànlîre avec les jansénistes et leurs cousins, ont fait le beau chef-d'œuvre que nous contemplons depuis vingt ans, tous les gens sensés doivent savoir à quoi s'en tenir.

Yoilà, Monsieur le comte, comment les Jésuites se sont mêlés de la politique. C'est en

criant aux souTerains, d'une voix infatigable, et pendant trois siècles : Voilà le monstre/ prenez garde à vous ! Point de milieu ! Il vous tuera, si vous ne le tuez ou si vous ne F enchaînez.

Et ne croyez pas même, Monsieur le comte, à cette persécution furieuse exercée par les Jésuites contre leurs ennemis, sur la fin du règne de Louis XIY : à qui pourrions-nous croire sur ce point plus qu'à madame de Maintenon? Elle écrivait cependant au cardinal de Noailles, le 17 février 1701 : <c Jamais les Jésuites n'ont été plus faibles qu'ils ne le sont. Le père de la Chaise n* ose parler ; leurs meilleurs amis en ont pitié; ils n'ont de pouvoir que dans leur collège... Le bonhomme (le père de la Chaise), encore un eoup^ n'a aucun crédit ^ )>

Rien ne me serait plus aisé que de vous faire

' Y. YRisUÂft de Péneion, par M. de Bausset» t. III,

Uv. VI, p. 20.

voir, rhistoire à la main, que les jansénistes influèrent bien plus que leurs adversaires dans les affaires publiques, et que plus d'une fois les gens sages eurent lieu de s'étonner de la douœur du gouvernement contre des sectaires aussi hardis et aussi obstinés.

Pour se former une idée nette du système que les Jésuites n'ont cessé de combattre, il faut considérer avant tout le calvinisme, car c'est de là que tout part. Laissons là Beltarmin, Bossuet et leurs adhérents ; . commençons par le ministre anglican Jean Jortin, homme ixès-distingué parmi les théologiens anglais :

« Le calvinisme^ dit-il, est un système reli^ gieux qui présente des créatures humaines sans liberté, des dogmes sans raison^ une foi scms motifs, et un Dieu sans miséricorde * . »

houi liberty, doctrines without sensé, faith toithout rea-

A la suite de cette définition, qui ne pèche pas par Tobscurité, je vous citerai Voltaire (car c'est toujours mon héros) : <cZô calvinisme^ dit-il, devait nécessairement enfanter des guerres civiles j et ébranler les fondements des États... Il fallait qu'un des deux partis pérît par P autre... Partout où r école du calvinisme dominera, les gouvernements seront renversés ^.y> Je vous citerai un ministre genevois, qui écrivait en 1797, sous le voile de l'anonyme (néanmoins assez transparent) : a Oui, ce sont les réformateurs qui, en sonnant le tocsin sur le pape et sur Rome... et en tournant les esprits des hommes vers la discussion des dogmes religieux^ les ont préparés à discuter les principes de la

Sun, and a God witkout mercy, (Jortin, dans VAnti-Jacobin, juillet 1803, n« 61, p. 231. Ce ministre écrivait vers le milieu du siècle dernier.) 1 Siéck de Louis XIV, ch. xxtttt, et Siècle de Louis XV.

souveraineté, et ont sapé, de la même main, le

trâne et fautel\ »

Je TOUS citerai de très-estimables journalistes anglais qui écrivaient , il n*y a que sept ans : a Le calvinisme est ce qu'on peut imaginer de plus absurde et de plus impie... Les dogmes de Calvin^ envisagés dans leur vrai point de vue , présentent une masse si révoltante (Timpiétés^ de blasphèmes, de contradictions et de cruautés qu'ils ne peuvent manquer dinspirer l'horreur et le mépris à tout homme qui a conservé quelr^ ques sentiments de respect pour F Être suprême , quelque mouvement de bienveillance pour ses semblables^ quelques lueurs de raison et de sens commun^. if> Je vous citerai un professeur de théologie an-

^ De la nécessité d'vn culte religieux, par M*** (de Genève), in«8^ 1797. Conclusion.

' Anti-Jacobin, review andmagazine. Mai 1803, n* 89, p. 4 et 18.

glican, qui disait, dans un sermon prêché en 1795 devant l'Université de Cambridge :

« Je crains fort que les États protestants n aient sur cet article plus de reproches à se faire qu'ils ne le croient peut-être; car toutes les productions impies et la plupart des immorales^ qui ont servi si puissamment à produire Fapostasie de nos jours, ont été composées et imprimées dans des pays protestants^ . y>

Et je finirai par le détestable Condorcet, qui n'a pas &it difficulté d'avouer que le calvinisme ne fut en quelque sorte que la préface de la révolution politique, et que les peuples, éclairés sur les usurpations des papes^ devaient bientôt chercher à l'être sur les usurpations des rois^.

* A sermon preached before the JJniversity àf Cambridge, on the Zth of mai 1795, by John Mainwaring, profess. in divin. (Dans le Criticrevièw, août 1795, p. 400.)

' Condorcet, Esquisse d'un tableau du progrés de l'esprit humain, m-8, p. 211,

int APPENDICE.

Après des citations aussi dédsives et toutes demandées à nos ennemis, il me sera bien permis de vous faire entendre la voix du plus grand de nos théologiens, deThomme du monde, peutêtre, qui a su le plus de choses, le père Pétau :

« Le caractère distinctif, dit-il, de cette secte, née pour la ruine des rois et des États j est de haïr toute espèce de souveraineté^. »

Vous croirez peut-être, Monsieur le comte, que je sors de mon sujet, et qu'il ne s'agit nullement de juger cette secte ; mais je puis aToir l'honneur de vous assurer qu'au contraire il s'agit très-fort de cela, et même qu'iY ne s'agit que de cela.

Le calvinisme, fils atné de l'orgudl, a déclaré la guerre à toute souveraineté, et toutes les sectes sont filles du calvinisme. La plus dangereuse est le jansénisme, parce qu'elle se oeuvre du

* IHon. Petavii Dogm. theoh, in-fol. Anvers, i 700 ; t. IV, de Hierarchia, p. 2.

APPENDICE. i83

masque catholique. Les autres sont des ennemis déclarés qui montent à Tassant ouvertement; celle-là est une partie de la garnison révoltée qui nous poignarde par derrière , tandis que nous combattons bravement sur le rempart. Mais, enfin, toutes sont sœurs, et toutes ont le même père. 11 n'y a donc plus qu'une secte composée de toutes les autres, amalgamées et fondues dans le calvinisme, car les différences de dogmes ont disparu. Toutes n'ont qu'un dogme, c'est de n'avoir plus de dogmes. H n'y a rien de si connu que la réponse de Bayle au cardinal de Polignac : Je suis protestant dans la force du terme, car je proteste contre toutes les vérités. Voilà le dogme qui est devenu universel. Il fallait seulement ajouter: Et contre toute autorité. L'illuminisme d'Allemagne n'est pas autre chose que leca/vinisme conséquent, c'est-ànlire débarrassé des dogmes qu'il avait conservés par caprice. En ^ Mfi mot, il n'y a qu'une secte. C'est ce qu'aucun

homme d'État ne doit ignorer ni oublier. Cette secte, qui est tout à la fois une et plusieurs, environne la Russie, ou, pour mieux dire, la pénètre de toute part, et l'attaque jusque dans ses racines les plus profondes. Elle n'a pas besoin, comme dans le seizième siècle, de monter en chaire, de lever des armées, et d'ameuter publiquement les peuples. Ses moyens de nos jours sont plus adroits : elle réserve le bruit pour la fin. Il ne lui faut aujourd'hui que l'oreille des enfants de tout âge et la patience des souverains. Elle a donc tout ce qu'elle désire. Déjà même elle a attaqué votre clergé, et le mal est plus grand peut-être qu'on ne le croit.

Dans un danger aussi pressant, rien n'est plus utile aux intérêts de Sa Majesté Impériale qu'une société d'hommes essentiellement ennemie de celle dont la Russie a tout à craindre, surtout dans l'éducation de la jeunesse. Je ne crois pas même qu'il fût possible de lui substituer avec

avantage aucun autre préservatif; car nulle association, et surtout nulle association cachée, ne peut être facilement combattue que par une autre. Cette société est le chien de garde qu'il faut bien vous garder de congédier. Si vous ne voulez pas lui permettre de mordre les voleurs, c'est votre affaire; mais laissez-le rôder au moins autour de la maison, et vous éveiller lorsqu'il sera nécessaire, avant que vos portes soient crochetées, ou qu'on entre chez vous par les fenêtres.

Quel aveuglement, Monsieur le comte, quelle inconséquence de l'esprit humain ! Depuis trois siècles, il existe une société principalement dévouée à l'instruction de la jeunesse; qui délivre l'État d'un poids épouvantable en lui épargnant les frais de l'éducation publique; qui offire la science à la jeunesse et ses travaux aux gouvernements, sans autre prix que la jsatisfaction d'avoir rempli ses devoirs ; qui crie sans cesse aux peu-

i86 APPENDICE.

pies, mais surtout à cette jeunesse, si précieuse pour rÉtat :

La souveraineté ne vient point du peuple; ou si elle en vient primitiTement, dès qu'il Ta cédée, il n*a plus droit de la reprendre ^ Dieu lui-même en est Fauteur, et c'est à lui qu'on obéit dans la personne du soieverain. Pour nulle raison on ne peut le juger, et pour nulle raison on ne peut lui désobéir, sauf le crime ; et s'il commande un crime, il faut se laisser tuer ; mais la personne du souverain est sacrée, et rien ne peut excuser une révolte.

Il serait inutile de parler de la religion. La société de Jésus tient sans doute avec ardeur à la sienne, qui est presque la vôtre pour le dogme ; mais jamais on n*a accusé ni même soupçonné

^ Suarez (Jésuite fameux, en qui (m entend toute l'éeole, comme l'a dit Bossuet) , De kg., lib. III ; De kge kumana et eivili, cap. iv, § 6, et in defensUme fidei eatfuh fitm (^k^rsusMglicmffs^iœefTmSf lib. III, cap. m.

les Jésuites de la plus légère indiscréticHi contre les lois du pays, qu*ils vénèrent comme ils le doivent. Et Ton se défie de cette société, et l'on a peur qa'elle se mêle de la politique !

D'un autre côté, et depuis le même temps, il existe une société toute contraire, qui, par la bouche même de ses premiers patriarches et de ses membres les plus distingués, crie aussi sans relâche :

a De quelque manière que le prince soit revêtu

a de son autorité, il la tient toujours uniquement

a du peuple, et le peuple ne dépend yamaes d'au-

a cun homme mortel qu'en vertu de son conseiH

« « tement^

<c Tout pouvoir réside essentiellement dans le

a peuple ; et si le talent ou la science de quelques

1 Noodt, Du 'pcuvùir des souverains, dans le recueil de diverses pièces importantes traduites ou publiées par J. Barbeyrac (réfugié}^ 1. 1, p. 41,

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« hommes ont pu rengager à leur confier un cer-

« tain pouvoir à temps, c'est au peuple qu'ils

« doivent rendre compte de l'exercice de ce pou-

a voir *.

\ « n n'y a et il ne peut y avoir aucune loi fon-

a damentale obligatoire pour le corps du peuple,

« pas même le contrat social : il a droit de les

« abroger toutes; et si même il veut se faire du

« mal, personne n'a droit de l'en empêcher ^.

«c Le peuple étant donc souverain, les gouver^ « nants ne sont que ses magistrats, et il peut « changer le gouvernement quand il veut , et « parce qu'il veut *•

« On peut donc excuser jusqu'à un certain

' Uemùin ofthe Ufe ofsir William Jones (auteur du texte cité), hy hrd Trigntnouth. London, 1806, in-4, p. 200.

* Rousseau, Cànirai social, liy. II, chap. i, etc.

* Gondorcet, esquisse dtée, p. 243.

a point ceux qui firent le procès à Quirles P% et a qui l'envoyèrent à Téchafiiud '.

« Les princes sont communément les plus ce grands fous et les plus fieffés coquins de la (K terre. On ne saurait en attendre rien de bon. (n Ils ne sont dans ce monde que les bourreaux de ik Dieu, qui s'en sert pour nous châtier. Puisci qu'on punit les voleurs par la prison , les « meurtriers par l'épée, les hérétiques par le «cfeu, pourquoi n'emploierions -nous pas les c( mêmes armes contre les apôtres de la corrup- «tion... contre ces pustules de la Sodome roumaine? Pourquoi ne tremperions -nous pas «nos mains dans leur sang?... Il n'y a plus

* A Letier to a Nobleman cwitaining considérations on the laws relatives to dissenters, etc., by a Layman. London, Cadell, 4790, in-8. N. B. L'auteur est un homme d'État qui avait rempli de grandes places. ( London Beview,}um i790«)

190 APPENDICCL

« d'autre ranède à employer que d'attaquer par

« la force l'Empereur, les rois et les princes *.

« Être prince, et n'être pas un brigand, est « une chose presque impossible *.

ce Le meilleur gouTemement, le seul solide, « est le républicain. Celui qui n'est pas repré- «c sentatif n'est qu*une tyrannie *.

« Cette doctrine politique est celle de tous nos « docteurs ^.

« Luther, Opp. lai., in-fol. ; t II, fol. 181, 182, 69.

* Frtnctpem esse, et non esse latronem, vix est possibile. Proverbe du môme Luther. (Yoy. le Triomphe de la philosophie, etc., t. I, p. 52.)

* Kant, £ssat philosophique sur un projet de paix perpétuelle, cité par Masson (Mém. secrets sur la Russie, t III, p. 356).

* Il faut aTouer que la plupart des auteurs de la religion réformée qui ont fait en Allemagne des systèmes de la science politique, ont suivi les principes de Buchanan, de Junius Brutus et de leurs semblables. (Leib- Dits, Pensées, t II, p. 431.)

APPENDICE. idl

« Quant à la religion, c'est une question d*a- <c bord de savoir s'il existe véritablement un au- « teur de tout ce que nous voyons ^

«L'ordre qui se montre dans l'univers, ou « qu'on croit y apercevoir, ne prouve point qu'il « y ait un Dieu; il en est de même du consentement <c de tous les hommes, car rien de ce qui est hors « de nous n'est certain ^.

« En tout cas, il n'y a pas moyen de prouver « par la raison qu'il n'y ait qu'un Dieu. L'unité ce de dessein ne prouve rien, car elle pourrait fort «c bien être l'ouvrage de plusieurs dieux qui se-

a RAIENT d'accord '•

^ Discours deKantàM. Karamsin. (Y. les Voyages de ce dernier.)

* C'est un des principaux dogmes de Kant.

> Discours qui a remporté le prix de rAcadémie de Leyde sur la question de savoir si l'on peut prouver par la raison qu'il y a un Dieu, et non plusieurs? par M. Wyttembach, Suisse réformé, professeur à Amster-

« D*aiUeun, cette unité prouTerait tout au plus a qu^il n*y a qu'un Dieu dans le monde que nous « voyons, mais nullement qu'il n'y a pas d'autres « mondes qui ont chacun leur Dieu *.

a Toutes les Églises se sont trompées, même «c dans la morale, même dans le dogme ; ainsi a l'on n'est obligé d'en croire aucune ; ainsi il « n'y a d'autre règle que la parole de Dieu *.

a Mais cette parole , chacun l'interprète suite Tant sa conscience; chacun a droit, pae la loi a DE NATURE, de décider par lui-même quel parti «c est le plus sûr dans une chose aussi sérieuse...

dam. Luxembourg, 1780, i vol. m-8. i^. B. Le prix accordé à ce mémoire est extrêmement remarquable.

' Wyttembach, ibid. Nihil dliud efficietur, nisi hune mundum ab unico pendere et effectum esse Dec, non ilhui etiam non posse plures esse deos quorum quisque suum mundum îiabent

* Confession de foi de l'Église anglicane, imprimée partout.

APPENOIGF. 193

« Si le souverain entreprend de contraindre ou « de gêner ses sujets sur ce point, ils ont droit de «lui résister les armes à la main, comme ils « auraient celui de défendre leur vie, leurs biens « et leurs libertés, contre un tyran K

c( Ce n'est pas qu'il ne soit utile d'avoir des « confessions de foi, pour le repos et la trafi" « quillité publique, et pour maintenir la paix ik extérieure ; mais, dans le fond, ce ne sont «point des professions de foi proprement dites; c< car toute profession de foi n'est bonne que pour « le moment où on l'écrit [sui temporis syma bolum), et chaque article de foi peut être « changé suivant le temps et les circonstances ^. »

* Barbeyrac, dans ses notes sur le Traité des droits de la nature et des gens de Pufifendorff, liv. VUI, eh. vin, § 5, note 7,

> Melanchton, Epist. selectœ a Peucero éd., Ep. Il,

ad Lutherum, p. 3, 4; Luthers altenb. werke, t. VI,

p. i226. Forma concùrdiœ, p. 571 , 65 i.

Et l'on n'a pas la moindre peur de ces dogmes. Monsieur le comte 1 et Ton ne se défie nullement de ceux qui les professent ! et Ton ne soupçonne pas seulement qu'ils puissent se mêler de poli^ tique I et on leur confie sans balancer l'éducation de la jeunesse, c'est-à-dire la plus importante fonction de l'État, et l'espérance de la patrie! et sur leur compte il n'y a pas la moindre alarme ! et le gouTernement ordonne que, dans l'institut destiné à fournir des professeurs à l'État, la métaphysique sera enseignée suivant la méthode de Kant * ! et pour attirer des professeurs trèslégitimement soupçonnés, et même convaincus de professer ses maximes, l'État est prêt à faire les plus grands sacrifices! Il jette l'argent à flots; il en a pour eux ; il en a pour leurs femmes et

' V. le règlement de l'Institut pédagogique, dans le Journal de l'instruction publique (en Russie), n* 9, §66.

leurs enfants; il en a pour leurs besoins; il en a pour leurs plaisirs ! — En vérité, je cloute que, dans rhistoire universelle, il y ait un autre exemple d'un tel aveuglement.

Et qu'on ne vienne point nous dire que ces dogmes sont surannés; ils sont, au contraire, plus vivants et plus actifs que jamais. Au seizième siècle, ils étaient enfants, et quelques pages du catéchisme sauvées de l'incendie leur en imposaient encore ; aujourd'hui ils sont adultes^ et n'ont plus de frein d'aucune espèce. Cette épouvantable secte^ qui s'appelle Légion^ n'a donc jamais été plus à craindre que dans ce moment, surtout à cause de ses alliances.

Cherchez donc aussi des alliances de votre côté, Monsieur le comte ; le bon parti en a grand besoin, et j'ose vous assurer que le mauvais génie qui vous attaque n'a pas d'ennemis plus terribles * pour lui et plus rassurants pour nous que l'illustre compagnie dont j'ai voulu vous entretenir

dans ces pages, consacrées bien moins à ses intérêts qu'à ceux de Totre patrie, où la reconnaissance et rattachement m'ont en quelque sorte naturalisé.

Il me reste, Monsieur le comte, à vous dévoiler en détail le nouveau moyen que des honunes non moins adroits que pervers mettent en œuvre, sans relâche, pour étouffer un enseignement qu'ils regardent connue le dernier obstacle à leurs projets dans ce pays. Ce sera le sujet d'une dernière lettre*.

Je suis, etc.

Le comte Joseph de MAISTRE.

* Lettres et opuscules inédits du comte Joseph de Maistre ; 2 vol., chez A. Yaton, rue du Bac, 50.

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