‹ Quatre comédies. Edited with an introd. and notes by Raymond WeeksChapitre 18 sur 75 · Scène IX Claudio, Marianne · texte numérisé non relu

Scène IX Claudio, Marianne

CLAUDIO

Pensez-vous que je sois un mannequin, et que je me promène sur la terre pour servir d 'épouvantai! aux oiseaux ?

MARIANNE

D'où vous vient cette gracieuse idée?

CLAUDIO

Pensez-vous qu'un homme de mon poids ignore la valeur des mots, et qu'on puisse se jouer de sa crédulité comme de celle d'un danseur ambulant?

MARIANNE

A qui en avez-vous ce soir? ^^

CLAUDIO

Pensez-vous que je n'ai pas entendu vos propres paroles:

Si cet homme ou son ami se présente à ma porte, qu'on « la lui fasse fermer ! )) Et croyez-vous que je trouve convenable de vous voir converser Hbrement avec lui sous une tonnelle?

MARIANNE

Vous m'avez vue sous une tonnelle?

CLAUDIO

Oui, oui, de ces yeux que voilà, sous la tonnelle de ce cabaret. La tonnelle d'un cabaret n'est point un lieu de conversation pour la femme d'un magistrat, et il est inutile de faire fermer sa porte quand on se renvoie le dé en plein air avec si peu de retenue.

MARIANNE

Depuis quand m'est-il défendu de causer avec un de vos parents?

CLAUDIO

Quand un de mes parents est un de vos amants, il est fort bien fait de s'en abstenir.

MARIANNE

Octave, un de mes amants ! Perdez- vous la tête? Il n'a de sa vie fait la cour à personne.

CLAUDIO

Son caractère est vicieux; c'est un coureur de tripots.

MARIANNE

Raison de plus pour qu'il ne soit pas, comme vous dites fort agréablement, un de mes amants. Il me plaît de causer avec Octave sous la tonnelle d'un cabaret.

CLAUDIO

Ne me poussez pas à quelque fâcheuse extrémité par vos extravagances, et réfléchissez à ce que vous faites.

MARIANNE

A quelle extrémité voulez- vous que je vous pousse? Je suis curieuse de savoir ce que vous feriez.

CLAUDIO

Je VOUS défendrais de le voir et d'échanger avec lui aucune parole, soit dans ma maison, soit dans une maison tierce, soit en plein air.

MARIANNE

Ah! ah! vraiment, voilà qui est nouveau! Octave est mon parent tout autant que le vôtre; je prétends lui parler quand bon me semblera, en plein air ou ailleurs, et dans notre maison, s'il lui plaît d'y venir.

CLAUDIO

Souvenez-vous de cette dernière phrase que vous venez de prononcer. Je vous ménage un châtiment exemplaire si vous allez contre ma volonté.

MARIANNE

Trouvez bon que j'aille d'après la mienne, et ménagezmoi ce qui vous plaira; je m'en soucie comme de cela,

CLAUDIO

Marianne, brisons cet entretien. Ou vous sentirez l'inconvenance de s'arrêter sous une tonnelle, ou vous me réduirez à une violence qui répugne à mon habit. {Il sort.)

Page 1