Scène II Claudio, Tibia
CLAUDIO
Es-tu mon fidèle serviteur, mon valet de chambre dévoué? Apprends que j'ai à me venger d'un out-
TIBIA
Vous, monsieur?
Moi-même, puisque ces impudentes guitares ne cessent de murmurer sous les fenêtres de ma femme. Mais patience ! tout n'est pas fini. {Il aperçoit Célio et Pippo .) Écoute un peu de ce côté-ci; voilà du monde qui pourrait nous entendre. Tu m'iras chercher ce soir le spadassin que je t'ai dit.
TIBIA
Pourquoi faire?
CLAUDIO
Je crois que Marianne a des amants.
TIBIA
Vous croyez, monsieur?
CLAUDIO
Oui, il y a autour de ma maison une odeur d'amants. Personne ne passe naturellement devant ma porte; il y pleut des guitares et des entremetteuses.^
TIBIA
Est-ce que vous pouvez empêcher qu'on ne donne des sérénades à votre femme?
CLAUDIO
Non, mais je puis poster un homme derrière la grille, et me débarrasser du premier qui entrera.
TIBIA
Fi! Votre femme n'a pas d'amants. . . C'est comme si vous disiez que j'ai des maîtresses.
Pourquoi n'en aurais-tu pas, Tibia? Tu es fort laid, mais tu as beaucoup d'esprit.
TIBIA
J'en conviens, j'en conviens.
CLAUDIO
Regarde, Tibia, tu en conviens toi-même; il n'en faut plus douter et mon déshonneur est pubhc.
TIBIA
Pourquoi public?
CLAUDIO
Je te dis qu'il est public.
TIBIA
Mais, monsieur, votre femme passe pour un dragon de vertu dans toute la ville. Elle ne voit personne, elle ne sort de chez elle que pour aller à la messe.
CLAUDIO
Laissez-moi faire; je ne me sens pas de colère. Après tous les cadeaux qu'elle a reçus de moi!. . . Oui, Tibia, je machine en ce moment une épouvantable trame,^ et me sens près de mourir de douleur.
TIBIA
Oh, que non!
Quand je te dis quelque chose, tu me ferais plaisir de le croire. (Ils sortent. )