Scène première
rosemberg, l'hôtelier
rosemberg Comment ! point de logis pour moi ! point d'écurie pour mes chevaux ! une grange ! une misérable grange !
l'hôtelier J'en suis bien désolé, monsieur.
ROSEMBERG
A qui parles- tu, par hasard?
l'hôtelier Excusez-moi, mon beau jeune seigneur. Si cela ne dépendait que de ma volonté, toute ma pauvre maison serait bien à votre service — mais vous n'ignorez pas que cette hôtellerie est sur la route d'Albe Royale, l'auguste séjour de nos Rois, où, depuis un temps immémorial, on les couronne et on les enterre.
ROSEMBERG
Je le sais bien, puisque j'y vais !
l'hôtelier Bonté du ciel ! vous allez faire la guerre?
ROSEMBERG
Adresse tes questions à mes palefreniers, et songe à me donner tout d'abord la meilleure chambre de ton vilain taudis.
l'hôtelier
Hé! monseigneur,^ c'est impossible ! il y a au premier quatre barons moraves, au second, une dame de la Transylvanie, et au troisième, dans une petite chambre, un comte bohémien, monseigneur, avec sa femme qui est bien johe ! ■
ROSEMBERG
Mets-les à la porte.
l'hôtelier
Ah ! mon cher seigneur, vous ne voudriez pas être la cause de la ruine d'un pauvre homme. Depuis que nous sommes en guerre avec les Turcs, si vous saviez le monde qui passe par ici !
ROSEMBERG
Eh! que m'importe ces gens-là? dis-leur que je me nomme Astolphe de Rosemberg.
l'hôtelier Cela se peut bien, monseigneur, mais ce n'est pas une raison . . .
ROSEMBERG
Tu fais l'insolent, je suppose. Si je lève une fois ma cravache. . . "
l'hôtelier
Ce n'est pas l'action d'un gentilhomme de maltraiter les honnêtes gens.
rosemberg, le menaçant Ah ! tu raisonnes?. . . je t'apprendrai. . .