‹ Quatre comédies. Edited with an introd. and notes by Raymond WeeksChapitre 34 sur 75 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Une salle au château de Barherine. — Plusieurs vastes croisées ouvertes au fond, sur une cour intérieure. — • Par Vune de ces croisées on voit un cabinet dans une tourelle gothique, dont la fenêtre est également ouverte.

SCÈXE PREMIÈRE ROSEMBERG, KalÉKAIRI ROSEMBERG

Tu disais donc, ma belle enfant, que tu te nommes Kalékairi?

K.\LÉKAIRI

Mon père l'a voulu.

ROSEMBERG

Fort bien — et ta maîtresse n'est pas visible?

KALÉKAIRI

Elle s'habille, elle s'habille longtemps. Elle a dit de la prévenir.

ROSEMBERG

Ne te hâte pas, Kalékairi ! Si je ne me trompe, ce nom-là est pour le moins turc ou arabe.

KALÉKAIRI

Kalékairi est née à Trébizonde, mais elle n'est pas venue au monde pour la pauvre place qu'elle occupe.

ROSEMBERG

Es- tu mécontente de ton sort? — As-tu à te plaindre de ta maîtresse?

KALÉKAIRI

Personne ne s'en plaint.

Parle-moi franchement.

KALÉKAIRI

Qu'appelez-vous franchement?

ROSEMBERG

Dire ce que l'on pense.

KALÉKAIRI

Lorsque Kalékairi ne pense à rien, elle ne dit rien.

ROSEMBERG

C'est à merveille. {A part.) Voilà une petite sauvage qui n'a pas l'air trop rébarbatif. (Haut.) Ainsi donc, tu aimes ta maîtresse?

Io8 QUATRE COMÉDIES

KALÉKAIRI

Tout le monde Taime.

ROSEMBERG

On la dit très belle.

KALÉKAIRI

On a raison.

ROSEMBERG

Elle est coquette, j'imagine, puisqu'elle fait de si longues toilettes?

Non, elle est bonne.

ROSEMBERG

Pourquoi donc alors te plaignais-tu d'être dans ce château?

KALÉKAIRI

Parce que la fille de ma mère devait avoir beaucoup de suivantes, au lieu d'en être une elle-même.

ROSEMBERG

J'entends — quelque revers de fortune.

KALÉKAIRI

Les pirates m'ont enlevée.

ROSEMBERG

Les pirates ! conte-moi cela !

KALÉKAIRI

Ce n'est pas un conte, cela fait pleurer. Kalékairi n'en parle jamais.

ROSEMBERG

En vérité !

KALÉKAIRI

Non, pas même avec ma perruche, pas même avec mon chien Mamouth, pas même avec le rosier qui est dans ma chambre.

ROSEMBERG

Tu es discrète, à ce que je vois.

KALÉILA.IRI Il le faut.

ROSEMBERG

C'est mon sentiment. As-tu fait ici ton apprentissage?

KALÉKAIRI

Non, je suis allée à Constantinople, à Smyrne et à Janina, chez le pacha.

ROSEMBERG

Ah ! ah ! toute jeune que tu es, tu dois avoir quelque usage du monde.

KALÉKAIRI

J'ai toujours servi près des femmes.

ROSEMBERG

C'est bien suffisant pour apprendre. — Or ça, belle Kalékairi, si ta maîtresse me reçoit bien, je compte passer ici quelque temps. Si j'avais besoin de tes bons offices — serais-tu d'humeur à m'obliger?

KALÉKAIRI

Très volontiers.

IIO QUATRE COMEDIES

ROSEMBERG

Bien répondu. Tiens, en ta qualité de Turque, tu dois aimer la couleur des sequins. Prends cette bourse, et va m'annoncer.

KALÉKAIRI

Pourquoi me donnez-vous cela?

Pour faire connaissance. Va m'annoncer, va, ma chère enfant.

KALÉKAIRI

Il n'était pas besoin des sequins.

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