‹ Quatre comédies. Edited with an introd. and notes by Raymond WeeksChapitre 48 sur 75 · Scène V Le Marquis, La Comtesse le marquis Vous faites des emplettes · texte numérisé non relu

Scène V Le Marquis, La Comtesse le marquis Vous faites des emplettes

LA COMTESSE

Oui, pour cet hiver.

LE MARQUIS

Vous aimez beaucoup le monde, madame.

Sans doute, je ne connais que cela. Vous savez comme mon mari m'a rendue malheureuse, pendant trois ans qu'il m'a tenue enfermée avec lui, dans une de ses terres.

LE MARQUIS

Dans une de ses terres?

LA COMTESSE

Oui, vraiment, excepté ce voyage que nous avons fait sur les bords du Rhin.

LE MARQUIS

Sur les bords du Rhin ?

LA COMTESSE

Oui.

LE MARQUIS

Est-^c^e un beau pays?

LA COMTESSE

Je ne peux pas trop vous dire, je ne m'y connais pas. On se donne beaucoup de fatigue pour visiter toutes sortes d'endroits, et je ne vois pas la différence. C'est une faculté qui m'est refusée. On me montre des châteaux, des bois, des rivières, des églises surtout. . . Ah ! Dieu, les éghses, les éghses gothiques, il y fait un froid ! c'est un rhume de tous les jours. Je me souviens encore de mes réveils, quand j'étais le matin dans un Ht bien chaud, brisée par un voyage en poste, et que M. de Vernon entrait dans ma chambre avec la perspective d'une cathédrale !

l8o QUATRE COMÉDIES

Oui, cela doit être fort pénible.

LA COMTESSE

A se faire Turc pour rester chez soi. Et notez bien que ce n'était pas assez d'essuyer des caveaux humides, de se tordre le cou pour voir des rosaces. Le triomphe de mon mari était de monter dans les flèches, et l'on me hissait après lui. Connaissez- vous ce travail-là? On grimpe en rond autour d'un piher, dans une tourelle qui vous suffoque, et l'on s'en va montant et tournant, toujours comme avec un tire-bouchon dans la tête, Jusqu'à ce que le mal de mer vous prenne, et qu'on ferme les yeux pour ne pas tomber. C'est alors que votre cornac ^^ tire de sa poche une lorgnette pour vous faire admirer le pays. Voilà comme j'ai vu l'Allemagne.

LE MARQUIS

C'est pourtant cette route-là, sans doute, que nous

allons prendre avec le Baron.

LA COMTESSE

Est-ce qu'il est ici, le Baron?

LE MARQUIS

Ouij madame, il vient d'arriver. Il est venu de Paris ce matin, par ce grand orapfe; — c'est là ce qui a dérangé le temps, sûrement.

LA COMTESSE, riant L'arrivée du Baron ! ah ! vous êtes délicieux !

QUATRE COMIÉDIES l8l

Comment ! ne parliez- vous pas de lui?

LA COMTESSE, riant Si fait, si fait, c'est à merveille.

LE MARQUIS

Je le croyais. Te me trompe quelquefois, et c'est insupportable.

LA COMTESSE

Non, non. — Je vous trouve charmant comme cela. {Elle cherche quelque chose. )

LE MARQUIS

Qu'est-ceque vous voulez? Du tabac? j'en ai de fort bon. (Il ouvre sa tabatière.) Ah ! j'oubliais bien !

LA COMTESSE

Quoi?

LE MARQUIS

Vous yoyez ce papier-là. Devinez.^

LA COMTESSE

Je ne sais pas deviner, dites-moi tout de suite.

LE M.A.RQUIS

C'est que si vous voulez vous jgmarier . . .

LA COMTESSE, cherchant sur son piano Eh bien?

LE MARQUIS

Qu'est-ce que vous cherchez encore? ^

l82 QUATRE COMÉDIES

LA COMTESSE, cherchant Parlez, parlez toujours.

LE MARQUIS

Vous seriez la plus heureuse femme du monde avec moi.

LA COMTESSE, cherchant toujours Avec vous?

LE MARQUIS

Qhl jurement^

LA COMTESSE

Je ne le trouve pas; c'est inconcevable!

LE MARQUIS

Qu'est-ce que vous cherchez donc là?

LA COMTESSE

Un papier que j'avais tout à l'heure.

LE MARQUIS

Est-ce une chose de conséquence?

LA COMTESSE

Oui et non, c'est une chanson.

LE MARQUIS

J'en ai un recueil; si vous voulez, je vous le prêterai. Il est très complet depuis 1650.

LA COMTESSE

C'était une chanson nouvelle.

Il y en a beaucoup dedans.

LA COMTESSE

Des chansons nouvelles?

LE MARQUIS

Oui, pour ce temps-là.

LA COMTESSE, Hant De 1650 ! ah 1 ah ! ah! vous êtes toujours le même.

LE MARQUIS

Oui, je suis constant. Cela ne réussit pas toujours, comme vous savez, avec les femmes.

LA COMTESSE

Est-ce que vous avez à vous plaindre des femmes?

LE MARQUIS

Ah ! si vous vouliez être la mienne ! . . . Voici une visite.

LA COMTESSE

Eh ! c'est votre domestique.

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