Scène III Le Marquis, Victoire LE marquis Holà! ho! quelqu'un
victoire Qu'est-ce que veut monsieur le marquis?
LE MARQUIS
Donnez-moi ma robe de chambre.
VICTOIRE
Vous badinez, monsieur le marquis.
LE MARQUIS
Hé! ah!. . . oui, oui.
VICTOIRE
On a dit à madame la comtesse que vous étiez ici, et elle va venir.
LE MARQUIS
Pourquoi cela? Je m'en vais faire mettre mes chevaux, et j'irai chez elle.
VICTOIRE
Mais, monsieur, vous y êtes chez elle.
LE MARQUIS
Vous avez raison. . . c'est que je pensais. ..
VICTOIRE
Monsieur, voilà madame.
Scène IV La Comtesse, Le Marquis, Victoire LA COMTESSE, CH entrant François, dites à Victoire de venir.
VICTOIRE
Me voilà, madame.
LA COMTESSE
C'est bon. — Monsieur de Valberg, je suis enchantée de vous voir. . . Vous avez été hier de la distraction la plus divertissante du monde. . . Je vous aime à la folie comme cela.
LE MARQUIS
Ce n'est pas là le moven de m'en corriger, madame, au contraire, cependant, comme on dit souvent, les contraires se rapprochent quelquefois.
LA COMTESSE
Mademoiselle, je veux absolument avoir ma robe.
VICTOIRE
Oui, madame.
LA COMTESSE
Donnez-moi un autre collet. {Elle s^assicd à sa toilette.) Celui-ci va à faire horreur. {Au marquis.) Asseyez-vous donc.
VICTOIRE
Mais, madame n'a qu'à le rendre si elle n'en veut pas; cependant il est bien fait. C'est qu'il y a là un pli... Attendez. {Elle V arrange.)
LA COMTESSE
Oui, un pli, voyons. {Elle se mire.) Eh ! bien, voilà ce que je veux dire. Il va à merveille comme cela. Ayez soin que mademoiselle Dufour m'en fasse un autre tout pareil, mais je dis tout de même, entendezvous.
VICTOIRE
Oui, madame. Et quand madame le veut-elle?
LA COMTESSE
Quand? mais demain matin. Il n'y a qu'à envoyer François tout à l'heure, j'en suis très pressée.
VICTOIRE
Il n'y aura peut-être pas assez de temps.
LA COMTESSE
Oh ! sans doute, vous trouvez toujours ce que je désire impossible, et puis vous viendrez dire que vous m'êtes bien attachée.
VICTOIRE
C'est que rien n'est plus vrai. — Madame me gronde.
LA COMTESSE
C'est bon, c'est bon, donnez-moi du rouge. Eh ! bien, monsieur de Valberg, vous ne dites rien?
LE MARQUIS
Mais vous ne m'écoutez pas, madame.
LA COMTESSE, mettant son ruban Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Ne parliez-vous pas des contraires?
LE MARQUIS
Des contraires? N'est-ce pas des contrats, plutôt?
Cela peut bien être. Victoire !
VICTOIRE
Madame?
LA COMTESSE
Je ne sais plus ce que je voulais dire, avec vos contrats.
LE MARQUIS
Ah ! je vous le dirai, moi, quand vous voudrez m'entendre.
LA COMTESSE
Je VOUS entends toujours avec plaisir.
LE MARQUIS
Aurez- vous du monde aujourd'hui?
LA COMTESSE
Non, si vous voulez. C'est même ce que je voulais dire, car tous les ennuyeux de la ville prennent ce parc
QUATRE COMÉDIES i"77
pour leur promenade. Victoire! Qu'on ne laisse entrer personne.
VICTOIRE
Je m'en vais le dire, madame.
LE MARQUIS
Je vous suis obligé, parce que j'ai à vous parler très sérieusement.
LA COMTESSE, à Victoire Ma belle-sœur, pourtant.
VICTOIRE
Oui, madame.
LA COMTESSE
Elle raffole de vous,^^ monsieur de Valberg.
LE MARQUIS
Moi^e^Ja^ trouve^ charmante]^ Il j/" a des femmes comme cela, qui vous séduisent dès le premier moment qu'on les voit.
LA COMTESSE
Victoire, dites qu'on laisse entrer aussi M. de Clervaut.
VICTOIRE
Est-ce là tout?
LE MARQUIS
AhJ^madame, M. de Latour aussi, je vous prie.
LA COMTESSE
M. de Latour? Eh! bien oui, M. de Latour; je le veux bien.
VICTOIRE
Je m'en vais le dire.
Attendez. — La liste d'hier,
VICTOIRE
Mais, madame a laissé entrer tout le monde.
LA COMTESSE
Vous croyez?
VICTOIRE
J'en suis sûre.
LA COMTESSE
Eh bien, en ce cas-là, tout le monde.
VICTOIRE
Madame aura-t-elle besoin de moi?
LA COMTESSE
Non, non. — Cependant ne vous éloignez pas... Qu'on m'avertisse quand mes étoffes viendront.