Scène XI Malvolio, Hermia, deux valets
HERMIA
A-t-on fait ce que j'ai ordonné? A-t-on dit aux musiciens de venir?
MALVOLIO
Oui, madame, ils seront ce soir à vos ordres, ou pour mieux parler . . .
HERMIA
Qu'est-ce à dire? A-t-on tout préparé comme je l'ai dit pour le souper? Vous direz à mon fils que je regrette de ne pasj'avoir vu. — A quelle heure est-il donc sorti?
MALVOLIO
Pour être sorti, il faudrait d'abord qu'il fût rentré. Il a passé la nuit dehors.
HERMIA
Vous ne savez ce que vous dites. — Il a soupe hier avec moi, et m'a ramenée à la maison. A-t-on fait porter dans le cabinet d'étude le tableau que j'ai acheté ce matin?
MALVOLIO
Du vivant de son père, il n'en aurait pas été ainsi.
HERMIA
Mais du vivant de sa mère, il en est ainsi, Malvolio. Qui vous a chargé de veiller sur sa conduite? Songez-y: que Célio ne rencoçitre pas sur son passage un visage de mauvais augure; qu'il ne vous entende pas gronder ainsi entre vos dents, ou par le ciel ! pas un de vous ne passera la nuit sous son toit.
MALVOLIO
Je ne gronde pas; ma figure n'est pas un mauvais présage. Vous me demandez à quelle heure est sorti
mon maître, et je vous réponds qu'il n'est pas rentré. Depuis qu'il a l'amour en tête, on ne le voit pas quatre fois la semaine.
HERMIA
Pourquoi les livres de Célio sont-ils couverts de poussière? Pourquoi ses meubles sont-ils en désordre? Pourquoi faut-il que je mette la main à tout dans la maison de mon fils, si je veux obtenir quelque chose? Il vous appartient bien de lever les yeux sur ce qui ne vous regarde pas, lorsque votre ouvrage est à moitié fait, et que les soins dont on vous charge retombent sur les autres. Allez, et retenez votre langue.