‹ Quatre nouvelles humoristiquesChapitre 1 sur 14 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

Ernest JAUBERT

éry?... qu'es aco ? va demander la

Cannebière.

— Méry?... qu'est-ce que c'est que ça? va demander le boulevard des Italiens.

Car telle serait, ou peut s'en faut, l'opinion, sur Joseph Méry, de Marseille, où il naquit, et de Paris, où il brilla, si Paris et Marseille s'inquiétaient encore de lui, depuis un demisiècle qu'il a disparu sous l'horizon littéraire. • Dans un temps si fertile en commémorations, nul ne se fût avisé de célébrer le centenaire de sa naissance ni le cinquantenaire de sa mort. Pour le plus érudit de nos critiques actuels, Méry n'est plus guère qu'un nom et qu'un souvenir : le nom d'un improvisateur prestigieux, le souvenir d'un météore à jamais évanoui. Et le gros du public, aujourd'hui, pousse la méconnaissance jusqu'à l'oubli le plus absolu en tout ce qui touche la vie, la personnalité, l'œuvre diverse et chatoyante de celui qui fut, tour à tour et tout à la fois, poète, journaliste, critique, auteur dramatique,

romancier, nouvelliste, conteur, causeur, et, dans tous ses avatars, éblouissant de verve. Cet esprit taillé à facettes de prisme, ce diamant dont les mille et un reflets scintillèrent si longtemps, n'est plus aujourd'hui qu'un obscur et terne charbon. Ce foyer n'a plus que des cendres. Du feu d'artifice admiré par un Théophile Gautier, il reste le carton noirci. La mésestime, pis encore, l'ignorance dont pâtit Méry se justifient-elles vraiment ? Ce procès-verbal de carence doit-il être confirmé ? Est-elle fondée, cette condamnation à la plus dure peine qui puisse frapper un écrivain, celle du silence ? Et l'arrêt serait-il sans appel ? — La cause vaut assurément d'être à nouveau évoquée et examinée. Voyons donc ce que fut Méry, l'homme et l'écrivain, sa valeur littéraire, la place qu'il a tenue parmi ses contemporains et dans la littérature, et ce qui, dans son œuvre, mérite de survivre.

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