‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 109 sur 163 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

(Eisa, comme accablée par l'excès de bonheur, tombe entre les bras de Lohengrin, puis Lohengrin la conduit doucement vers le lit de repos, où ils s'asseyent tous deux entrelacés.)

LOHENGRIN

Le doux chant s'éloigne ; nous sommes seuls, seuls pour la première fois depuis que nous nous sommes vus ; nous sommes maintenant à l'abri du monde ; nulle oreille ne peut profaner les effusions de nos cœurs. Eisa, mon épouse I ma douce et pure fiancée ! es-tu heureuse ? dis-le-moi à cette heure.

ELSA

Combien est froid ce mot heureuse en face de toutes les béatitudes célestes que je possède, quand je sens mon cœur embrasé pour toi d'un feu si doux, quand je respire des délices qu'un Dieu seul a pu donner !

228 LOHENGRIN

LOHENGRIN

Si tu peux, ô gracieuse amie, t'appeler heureuse, tu me donnes à moi aussi la félicité du ciel , je sens mun cœur embrasé pour toi d'un feu si doux, je respire des délices qu'un Dieu seul peut donner !... Oui, je le reconnais, notre amour est d'une nature sainte ! Sans nous être jamais vus, nous nous étions pressentis ; dès que tu m'eus élu pour défenseur, l'amour m'a montré le chemin vers toi. Ton œil a proclamé au mien ton innocence, ton regard a fait de moi le serviteur de ta grâce.

ELSA

Je t'avais déjà vu pourtant, tu étais venu vers moi dans un rêve enchanté; puis, lorsqu'éveillée je te vis debout devant moi, je reconnus que tu venais par un décret de Dieu. J'aurais voulu, dans ce moment, me fondre devant ton regard, enlacer tes pas comme un ruisseau ; dans mon ravissement, j'aurais voulu, comme une fleur qui inonde la prairie de son parfum , me courber sous tes pieds. N'est-ce là que de l'amour ? Gomment le dirais -je, ce mot plein d'ineffables délices, comme est, hélas ! ineffable pour moi ton nom que je ne pourrai jamais connaître, par lequel je ne pourrai jamais exprimer mon suprême bien !

LOHENGRIN, avec tendresse.

Eisa!

ELSA

Comme mon nom glisse doucement sur tes lèvres! N'en-

Page 1