‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 110 sur 163 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

tendrai-je pas la divine mélodie du tien? Du moins quand nous nous sommes abrités dans le silence de l'amour, permets qu'alors ma bouche le prononce.

LOHENGR1N.

Ma douce épouse !

ELSA

Tout seuls j quand nuj ne veille près de nous ; qu'il n'arrive jamais à l'oreille des hommes!

LOHENGR1N, l'embrassant avec tendresse, et montrant la fenêtre.

Ne respires-tu pas comme moi ces doux parfums ? comme ils ravissent et enivrent les sens ! Us viennent portés mystérieusement par les airs; je me livre, sans les interroger, au charme qui en émane. Tel est le charme, qui m'a enchaîné à toi, lorsque je t'ai vue pour la première fois, ô douce amie; je n'ai pas eu besoin de m'informer de ta nature, mes yeux t'ont vue, et mon cœur t'a comprise. Gomme les parfums qui remplissent mes sens d'un doux vertige, quoiqu'ils m'arrivent du fond de la nuit mystérieuse, ainsi ta pureté m'a subjugué, ravi, malgré le soupçon terrible dont je te trouvais accablée.

ELSA

Ah ! si je pouvais paraître digne de toi ! n'être pas réduite uniquement à m'anéantir devant toi I te rendre un service qui m'unît à toi, et me voir pour toi en butte à la douleur! De même que tu m'as rencontrée sous le faix d'une accusation redoutable, puissé-je te savoir aussi dans la détresse! Afin

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d'affronter courageusement un péril, puissé-je te savoir menacé d'une catastrophe ! Serait-ce donc un secret menaçant que ta bouche tait au monde entier? Un malheur t'atteindrait -il peut-être, si ce secret était révélé aux hommes? Oh! s'il en était ainsi, si je pouvais le posséder, le voir en ma puissance, non, plutôt que de me le laisser arracher par les menaces, je voudrais pour toi marcher à la mort !

LOHENGRIN

Ma bien-aimée !

ELSA

Relève ma fierté par ta confiance, ne me laisse pas mourir de mon indignité ! laisse-moi lire ton secret, laisse-moi voir sans réserve qui tu es !

LOHENGRIN

De grâce, Eisa, tais-toi !

ELSA

Dévoile à ma fidélité la hauteur de ta noblesse! D'où vienstu? dis-le moi sans crainte, fie-toi à mon silence invincible!

LOHENGRIN, gravement.

Tu dois me remercier déjà de ma confiance suprême, car j'ai cru sans hésiter à ton serment. Ne chancelle jamais devant la loi jurée, c'est alors que tu me paraîtras supérieure à toutes les femmes !

(il l'attire de nouveau doucement à lui en cherchant à la calmer.)

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