‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 126 sur 163 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

TRISTAN

En tout lieu où je me trouve, je sers, en gardien fidèle, le suprême honneur des femmes. Si j'abandonnais à oette heure le gouvernail, comment conduirais-je en sûreté le navire à la terre du roi Marke?

BRANGŒNE.

Tristan, mon sire, pourquoi te ris-tu de moi? Si tu ne trouves pas claires les paroles de la pauvre servante, écoute les paroles de ma maîtresse 1 Voici ce qu'elle m'a commandé de dire : dis que je fais ordonner à mon vassal d'avoir la crainte de sa maîtresse, moi, Iseult.

RURWENAL, se levant subitement.

Me permets-tu de répondre?

TRISTAN

Quelle réponse ferais-tu?

RURWENAL.

Voici ce qu'elle doit dire à dame Iseult : Qui donne la couronne de Cornouailles et l'héritage d'Angleterre à la fille d'Irlande, ne peut être vassal de celle qu'il donne elle-même en présent à son oncle. Un dominateur du monde, Tristan le héros ! Je le dis tout haut; et toi, dis-le, dussent s'en fâcher mille dames Iseults.

(Tandis que Tristan cherche par des gestes à le faire taire, et que Brangœne s'apprête à se retirer, Rurwenal chante avec force à la messagère qui s'éloigne en hésitant :)

« Sire Morold s'en alla sur la mer pour recueillir le tribut dans le Cornouailles ; une île flotte sur la mer déserte ; c'est là

qu'il gît maintenant enterré : sa tête est pourtant suspendue dans la terre d'Irlande, c'est le tribut payé par l'Angleterre. Hé! notre seigneur Tristan ! comment peut-il payer le tribut ! »

(Kurwenal, réprimandé par Tristan, est descendu dans la cabine d'avant. Brangcene, revenue toute confuse auprès d'iseult, laisse tomber derrière elle les tapisseries^ tandis que dehors tout l'équipage reprend la lin de la chanson de Kurwenal.)

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