‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 128 sur 163 · ACTE i · texte numérisé non relu

ACTE i

BRANGŒNE.

Quand je l'ai appelé auprès de toi sur-le-champ: «Partout où je me trouve, a-t-il dit, je sers en gardien fidèle le suprême honneur des femmes. Si j'abandonnais à cette heure le gouvernail, comment conduirais-je en sûreté le navire à la terre du roi Marke ? »

ISEULT, avec amertume et douleur.

« Comment conduirait-il en sûreté le navire à la terre du roi Marke » — pour lui payer le tribut que le roi tirait d'Irlande ?

BRANGŒNE.

Lorsque je lui ai redit tes propres paroles, il a laissé son fidèle Kurwenal.,.

Je l'ai bien entendu, lui; pas une de ses paroles ne m'a échappé. Tu viens d'entendre leurs insultes ? écoute maintenant ce qui me les a attirées. Ils m'ont en riant chanté leurs chan* sons ; voici ce que je pourrais à mon tour leur répliquer : Dans une nacelle, chétive et pauvre, qui voguait aux rivages d'Irlande, un homme gisait desséché par la maladie, et se mourait misérablement. Il apprit à connaître l'art d'Iseult; avec des huiles salutaires, des sucs balsamiques, elle soigna avec dévouement la blessure dont il souffrait. Dans sa rare prévoyance, il se nommait Tantris ; mais en lui Iseult eût bientôt reconnu Tristan ; car dans l'épée du malade, elle aperçut une brèche où s'ajustait exactement un fragment que dans la tête du chevalier irlandais, présent de dérision qu'où lui envoya autrefois, sa main savante avait découvert. Alors un cri s'éleva du plus profond de mon

cœur; l'épée étincelante à la main, j'étais debout devant lui pour venger sur l'impudent la mort de sire Morold. De son lit, il leva ses regards, non sur l'épée, non sur la main, il me regarda dans les yeux. J'eus pitié de sa misère; l'épée, elle tomba de mes mains ; la blessure faite par Morold, je la guéris, afin que, revenu à la vie, il retournât à ses foyers, pour me délivrer du supplice de le voir.

BRANGŒNE.

' 0 surprise! où étaient mes yeux alors? l'hôte que naguère j'aidai à soigner?

Tu viens d'entendre ses louanges : « Hé ! notre seigneur Tristan ! » C'est lui qui était cet objet de pitié. Il m'a juré avec mille serments reconnaissance et dévouement éternels. Écoute maintenant comment un héros tient ses serments. Ce Tantris que j'avais laissé partir inconnu , bientôt il revint audacieusement sous son nom de Tristan ; sur un orgueilleux vaisseau de haut bord? il vint demander en mariage l'héritière d'Irlande, pour le roi décrépit de Cornouailles, pour Marke, son oncle. Quand Morold vivait, qui eût eu cette audace de nous proposer jamais une telle honte? devenir, pour le prince des Cornouailliens tributaires, solliciter la couronne d Irlande ? Malheur à moi '.C'est moimême qui me suis secrètement attiré cet opprobre 1 L'épée vengeresse, ma main défaillante, au lieu de frapper, l'a laissé tomber. Maintenant je suis la servante de mon vassal.

BRMSGŒNE.

Quand tous juraient ensemble paix, réconciliation, amitié, ce

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