‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 132 sur 163 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

BRANGŒNE.

Qu'y a-t il? quel est ton dessein ? voudrais-tu fuir ? où faut-il te suivre ?

ISEULT, remise en un instant.

N'as-tu pas entendu? Je reste ici; je veux attendre Tristan. Exécute fidèlement ce que je t'ordonne. Vite, apprête le breuvage de réconciliation, tu sais, celui que je t'ai montré.

BRANGŒNE.

Quel breuvage ?

ISEULT, tire le flacon du coffret.

Celui-ci! vide-le dans la coupe d'or; pleine, elle peut contenir tout le breuvage.

BRANGŒNE, frappée d'épouvante en prenant le flacon.

En croirai-je mes sens ?

Obéis fidèlement.

BRANGŒNE.

Le breuvage pour qui ?

Pour qui m'a trompée.

BRANGŒNE.

Pour Tristan?

Qu'il boive son châtiment.

BRANGŒNE, tombant aux pieds d'Iseult.

0 terre! Malheureuse que je suis, prends pitié de moi!

ISEULT, avec emportement,

Aie pitié de moi, servante infidèle! —Ne connais-tu pas les arts de la mère? Crois-tu que la mère, dont la prudence ne laisse rien échapper, t'ait envoyée sans dessein avec moi" dans une terre étrangère? Pour les maladies, les blessures, elle t'a donné un baume; pour les poisons funestes un contre -poison: pour les dernières souffrances, pour la suprême douleur — elle t'a donné le breuvage de mort. — Que maintenant la mort lui rende grâces!

BRANGŒNE, se soutenant à peine.

0 souffrance extrême!

M'entends-tu maintenant?

BRANGŒNE.

0 suprême douleur!

M'obéis-tu?

BRANGŒNE.

Le breuvage?

KURWENAL , soulevant la tapisserie par derrière. Seigneur Tristan.

(Erangœne se lève éperdue et épouvantée.)

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