‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 134 sur 163 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

(Tristan paraît et s'arrête respectueusement à l'entrée; Iseult, en proie à une violente agitation, le regarde d'un œil rêveur.— Long silence.)

TRISTAN

Que ma souveraine commande ce qu'elle désire.

Peux-tu ne pas savoir ce que je désire, puisque la crainte de l'accomplir t'a retenu loin de ma vue?

TRISTAN

C'est une crainte respectueuse qui m'a imposé cette réserve.

Tu m'as rendu peu d'honneur; tu as refusé avec un dédain déclaré d'obéir à mon commandement.

TRISTAN

L'obéissance seule a retenu mes pas.

Je suis donc peu obligée à ton maître, si son service t'a permis cette violation de l'usage envers sa propre épouse.

TRISTAN

Là où j'ai vécu, l'usage ordonne à qui a demandé une fiancée, de se tenir, en la conduisant à l'époux, loin de la fiancée.

Pourquoi cette loi?

TRISTAN

Demandez-le à l'usage !

Puisque tu lui es si docita, seigneur Tristan, rappelle-toi maintenant une autre loi : c'est de te réconcilier avec ton ennemi, si tu veux qu'il fasse ton éloge en ami.

TRISTAN

Avec quel ennemi?

Demande-le à ta crainte! une dette de sang est entre nous.

Elle a été effacée.

Non pas entre nous.

TRISTAN

A la face du ciel, devant tout un peuple, a été prêté le serment d'oubli.

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