SCÈNE V
(Tristan paraît et s'arrête respectueusement à l'entrée; Iseult, en proie à une violente agitation, le regarde d'un œil rêveur.— Long silence.)
TRISTAN
Que ma souveraine commande ce qu'elle désire.
Peux-tu ne pas savoir ce que je désire, puisque la crainte de l'accomplir t'a retenu loin de ma vue?
TRISTAN
C'est une crainte respectueuse qui m'a imposé cette réserve.
Tu m'as rendu peu d'honneur; tu as refusé avec un dédain déclaré d'obéir à mon commandement.
TRISTAN
L'obéissance seule a retenu mes pas.
Je suis donc peu obligée à ton maître, si son service t'a permis cette violation de l'usage envers sa propre épouse.
TRISTAN
Là où j'ai vécu, l'usage ordonne à qui a demandé une fiancée, de se tenir, en la conduisant à l'époux, loin de la fiancée.
Pourquoi cette loi?
TRISTAN
Demandez-le à l'usage !
Puisque tu lui es si docita, seigneur Tristan, rappelle-toi maintenant une autre loi : c'est de te réconcilier avec ton ennemi, si tu veux qu'il fasse ton éloge en ami.
TRISTAN
Avec quel ennemi?
Demande-le à ta crainte! une dette de sang est entre nous.
Elle a été effacée.
Non pas entre nous.
TRISTAN
A la face du ciel, devant tout un peuple, a été prêté le serment d'oubli.