‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 135 sur 163 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Ce n'était, pas là que je cachais Tantris, et que Tristan est tombé en mon pouvoir. Là il se dressait fier, majestueux, florissant: mais ce qu'il a juré, moi je ne l'ai pas juré t — j'avais appris à me taire. Lorsque dans la chambre silencieuse, il était gisant et malade, qu'il me vit muette et l'épée à la main, debout devant lui, alors j'imposai silence à mes lèvres, j'enchaînai ma main. Mais ce qu'autrefois ma main et mes lèvres avaient juré, je jurai en silence de le tenir. Je veux maintenant accomplir mon serment.

TRISTAN

Que jurâtes-vous, dame?

Vengeance pour Morold.

TRISTAN

Vous tient-elle au cœur?

Tu oses me railler encore? — Il était mon fiancé, le noble héros d'Irlande; j'avais béni ses armes, c'est pour moi qu'il allait combattre. Quand il est tombé, mon honneur est tombé avec lui ; dans l'angoisse de mon cœur, je fis le serment, si nul homme ne tirait l'expiation de sa mort, de l'entreprendre moi-même, pauvre fille. — Pourquoi lorsque, languissant et faible, tu étais en ma puissance, je ne frappai pas alors, je vais te le dire avec franchise : — Je te soignai blessé, afin que tu fusses frappé en pleine santé par le vengeur qui l'aurait emporté sur Iseult.

— Tu peux prononcer toi-même à présent sur ton sort : puisque tous les hommes sont réconciliés avec lui, qui doit à cette heure frapper Tristan?

TRISTAN, pale et sombre.

Puisque Morold t'était si cher, reprends maintenant cette épée, et guide-la d'une main ferme et sûre, pour ne pas la laisser échapper.

(il lui tend son épée.)

Combien peu de respect j'aurais pour ton seigneur ! que dirait le roi Marke , si je frappais à mort le meilleur de ses serviteurs, le plus fidèle de ses hommes, celui auquel- il doit terre et couronne? L'Irlandaise que tu lui amènes pour fiancée, est-ce un don qui lui impose, à tes yeux, si peu de reconnaissance envers toi, qu'il pût me voir sans courroux donner la mort à celui qui lui a obtenu ma main * qui met si fidèlement en sa possession ce gage du serment d'oubli? Garde ton épée! Le jour où js la brandissais, tandis que la vengeance combattait dans mon cœur, que ton regard scrutateur, s'appropriant une image furtive de mes traits, demandait si j'étais l'épouse qu'il fallait à ton maître ; cette épée, je la laissai tomber. Buvons à présent la coupe de la réconciliation.

(Elle fait un signe à Brangœne. Celle-ci frissonne convulsivement, chancelle et se meut avec hésitation. Iseult l'excite d'un geste plus impérieux. Tandis que Brangœne va apprêter le breuvage, on entend venir du dehors le cri des matelots :)

Hohé! hohé ! au mat de hune pliez la voile I hohé ! hohé !

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