ACTE I
BRANGŒNE, aux femmes, qui, sur un signe qu'elle leur fait, sortent de l'intérieur du navire.
Vite le manteau, la parure royale!
(Elle se précipite entre Tristan et Iseult.)
Malheureux ! revenez à vous î voyez où nous sommes.
(Sans qu'Iseult s'en aperçoive, elle la couvre du manteau royal. — Du côté de la terre arrive, de plus en plus clair, le son des clairons.)
TOUS LES HOMMES
Salut ! salut au roi Marke! roi Marke, salut î KURWENAL, s'avançant vivement.
Salut, Tristan ! heureux héros ! Voici qu'une barque approche, portant le roi Marke avec sa cour brillante. Le voyez-vous comme il vogue joyeusement, pour offrir son hommage à la fiancée ?
TRISTAN, levant un regard plein de trouble. Qui approche?
KURWENAL.
Le roi.
Quel roi?
Salut, roi Marke!
TRISTAN
LES HOMMES
(Tristan tourne vers la terre des yeux fixes et sans pensée.) ISEULT, troublée, à Brangœne.
Qu'y a-t-il? Brangœne, quels sont ces cris?
BRANGŒNE.
Iseult! ma souveraine, maîtrisez-vous en ce moment!
Où suis-je? Suis-je vivante? Ha! quelle liqueur m'as-tu donnée ?
BRANGŒNE, avec désespoir.
La liqueur d'amour.
ISEULT regarde Tristan avec terreur.
Tristan !
TRISTAN
Iseult!
Faut-il vivre ?
(Elle tombe évanouie dans ses bras.)
BRANGŒNE, aux femmes.
Secourez la reine!
TRISTAN
0 délices perfides ! ô bonheur consacré par la malice !
LES HOMMES
Salut au roi ! salut à Comouailles !
(Quelques-uns ont sauté par-dessus le bord; d'autres ont disposé un pont, et tous indiquent, par leur altitude, l'arrivée prochaine de ceux qu'on attend lorsque le rideau tombe rapidement.)
FIN DU PREMIER ACTE