SCENE PREMIÈRE
Les entends-tu encore? Il me semble que le bruit s'est déjà éteint dans le lointain.
BRANGŒNE.
Ils sont encore tout près : les sons s'entendent distinctement par ici.
ISEULT, écoutant.
La crainte, l'inquiétude égarent ton oreille; ce qui te trompe, c'est le murmure du feuillage, que le vent agite en se jouant.
BP.ANGŒNE.
Ce qui te trompe, cest ton désir emporté d'entendre ce qui occupe ta pensée; j'entends le son des cors.
ISEULT , prêtant l'oreille de nouveau.
Ces sons si doux ne sont pas ceux du cor. C'est le suave murmure de la source qui roule de ce côté ses ondes charmantes ; comment l'entendrais-je, si les cors résonnaient toujours ? Dans la nuit silencieuse, la source seule me rit. Dis-tu que les cors retentissent tout près encore, pour tenir loin de moi celui qui m'attend dans la nuit silencieuse ?
BRANGŒNE,
Celui qui t'attend, oh! écoute cet avertissement ! l'œil de l'ennemi l'épie à l'heure de la nuit. Parce que tu es aveugle, croistu que le monde entier le soit aussi pour vous? Lorsque à bord du navire la main tremblante de Tristan remit au roi Markela pâle fiancée, se soutenant à peine, tandis que tous les yeux apercevaient avec confusion vos pas hésitants, le bon roi, avec une douce sollicitude, plaignait tout haut les fatigues d'une longue traversée, que tu venais de supporter; il y en eut un seul, je le remarquai bien, dont les yeux n'étaient attachés que sur Tristan; avec le regard perçant de sa ruse, il cherchait malignement dans ses traits un signe qui lui fût une arme. Souvent je le rencontre, épiant perfidement; il ourdit en secret une trame autour de vous; prenez garde à Melot.
C'est de sire Melot que tu veux parler? Quelle erreur est la