ACTE II
Le soleil s'abaissait, le jour passait, mais sans étouffer sa lueur envieuse : il allume son signal abhorré, il l'attache à la porte de la bien-aimée, pour m'empêcher de voler près d'elle.
Mais la main de la bien-aimée a éteint la lumière. Ma suivante craintive voulait m'arrêter, ses avis ne m'ont pas effrayée; sous l'empire protecteur de dame Minne, j'ai défié le jour.
TRISTAN
Au jour, au jour perfide, au jour implacable et hostile, haine et anathème! Si je pouvais, pour venger les souffrances de l'amour, éteindre les lumières du jour, comme tu as éteint cette lumière ! Est-il une douleur, est- il une peine que n'éveillent pas ses rayons ? Même dans l'obscure splendeur de la nuit ma bienaimée l'entretient près de sa demeure, et le tend vers moi comme une menace.
Si la bien-aimée l'entretient près de sa demeure, c'était dans son cœur même qu'avec arrogance l'entretenait naguère, clair et menaçant, mon bien-aimé, Tristan , qui m'avait trahie. N'était-ce pas le jour qui mentait en lui, lorsqu'il vint en Irlande solliciter ma main pour le roi Marke, pour vouer à la mort la fidèle?
TRISTAN
C'est le jour, c'est le jour qui, t'enveloppant de ses rayons, me dérobait Iseult, et la portait, afin qu'elle ressemblât au so~
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leil, dans la splendeur et la lumière des honneurs souverains ! Ce qui éblouissait mes yeux, opprimait, écrasait en même temps mon cœur : à la lueur des rayons du jour, comment Iseult pouvait-elle être à moi?
ISEILT.
Si elle ne pouvait être à toi, celle qui t'avait choisi, par quel mensonge t'abusait donc le jour pervers, pour que tu livrasses toi-même la bien-aimée qui devait être ton partage?
Ce qui t'entourait d'une splendeur auguste, l'auréolé de l'honneur, la puissance de la gloire, le délire qui m'a subjugué , m'a fait y suspendre mon cœur. L'astre dont les reflets éblouissants illuminaient mes tempes de leur éclat, le brillant soleil des hon« neurs mondains me pénétra le front, insinuant jusqu'au sanctuaire le plus reculé de mon cœur les vaines délices de ses rayons. Ce qui veillait obscurément enfermé là dans une chaste nuit, ce que, sans le savoir, sans y penser, j'avais conçu dans l'ombre, une image que mes yeux ne croyaient jamais contempler, — frappée de la lumière du jour, elle se montrait sans voiles, étincelante à ma vue. Cette auguste et glorieuse image, je la vantai à haute voix devant tout le monde; je louai tout haut, devant le peuple, la plus royale fiancée que portât la terre. La haine que le jour m'avait attirée, l'ambition que mon bonheur effarouchait, la défaveur qui commençait à porter atteinte à mes honneurs et à ma gloire, je défiai tout; et je résolus dans ma loyauté, pour conserver honneur et gloire, d'aller en Irlande,