SCENE II
(iseult regarde, pleine d'attente, dans une avenue. Elle fait un signe. Ses gestes de ravissement annoncent qu'elle a vu de loin venir son ami. Son impatience atteint le plus haut degré. — Tristan entre impétueu» sèment; elle vole à sa rencontre avec un cri de joie. Embrassement passionné.)
TRISTAN
Iseult ! ma bien-aimée !
Tristan ! mon bien- aimé !
ISEULT et TRISTAN, chantant ensemble.
Tu es donc à moi? te possédé-je, et puis-je te presser? Estil bien vrai? Enfin, enfin, sur mon cœur ! Est-ce toi, est-ce bien toi que je sens? sont ce bien tes yeux, tes lèvres? est-ce là ta main ? est-ce là ton cœur? Est-ce bien moi ? Est-ce bien toi? ne vas-tu pas m'échapper? N'est-ce pas une illusion, un rêve?
0 délices de l'âme ? 0 douce, auguste, invincible, superbe et céleste volupté ! Volupté sans égale, sans limite, sans mesure et sans terme ! Vo'upté éternelle, volupté infinie et sublime, que nul cœur jamais n'a connue ni pressentie ! Ivresse de la joie, extase du bonheur, ravissement loin des mondes, dans les hauteurs du ciel ! A moi Tristan ! A moi Iseult ! Ma vie et ta vie, unies pour toujours, unies pour l'éternité î
Que de siècles depuis que nous sommes séparés ! Quelle séparation pendant tant de siècles !
TRISTAN
Si loin, quand nous étions si près! Si près, et pourtant si loin !
0 ennemie de ceux qui aiment, distance maudite ! ô mortelle lenteur du temps paresseux !
TRISTAN
O distance et proximité ! irréconciliables adversaires ! Proximité charmante, morne distance !
Toi dans les ténèbres, et moi dans la lumière !
TRISTAN
Que de temps elle a duré, cette lumière, avant de s'éteindre !