‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 144 sur 163 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

(iseult regarde, pleine d'attente, dans une avenue. Elle fait un signe. Ses gestes de ravissement annoncent qu'elle a vu de loin venir son ami. Son impatience atteint le plus haut degré. — Tristan entre impétueu» sèment; elle vole à sa rencontre avec un cri de joie. Embrassement passionné.)

TRISTAN

Iseult ! ma bien-aimée !

Tristan ! mon bien- aimé !

ISEULT et TRISTAN, chantant ensemble.

Tu es donc à moi? te possédé-je, et puis-je te presser? Estil bien vrai? Enfin, enfin, sur mon cœur ! Est-ce toi, est-ce bien toi que je sens? sont ce bien tes yeux, tes lèvres? est-ce là ta main ? est-ce là ton cœur? Est-ce bien moi ? Est-ce bien toi? ne vas-tu pas m'échapper? N'est-ce pas une illusion, un rêve?

0 délices de l'âme ? 0 douce, auguste, invincible, superbe et céleste volupté ! Volupté sans égale, sans limite, sans mesure et sans terme ! Vo'upté éternelle, volupté infinie et sublime, que nul cœur jamais n'a connue ni pressentie ! Ivresse de la joie, extase du bonheur, ravissement loin des mondes, dans les hauteurs du ciel ! A moi Tristan ! A moi Iseult ! Ma vie et ta vie, unies pour toujours, unies pour l'éternité î

Que de siècles depuis que nous sommes séparés ! Quelle séparation pendant tant de siècles !

TRISTAN

Si loin, quand nous étions si près! Si près, et pourtant si loin !

0 ennemie de ceux qui aiment, distance maudite ! ô mortelle lenteur du temps paresseux !

TRISTAN

O distance et proximité ! irréconciliables adversaires ! Proximité charmante, morne distance !

Toi dans les ténèbres, et moi dans la lumière !

TRISTAN

Que de temps elle a duré, cette lumière, avant de s'éteindre !

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