‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 147 sur 163 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

la nuit de l'amour, quand s'est révélé à lui son profond mystère. Au milieu des vaines erreurs du jour, un seul désir lui reste, une ardente aspiration vers cette nuit sainte, où l'éternelle, Tunique vérité, la volupté d'aimer lui sourit.

1SEULT et TRISTAN, s'asseyant sur un banc de fleurs et s'étreignant avec une ardeur de plus en plus profonde, et chantant ensemble.

Descends sur nous, nuit de l'amour, donne-moi l'oubli de la vie, recueille-moi dans ton sein, affranchis-moi de l'univers. Voici que s'éteignent les dernières lumières ; ce que nous avons pensé, ce que nous avons cru voir, les souvenirs et les images des choses, 'les restes de l'illusion, l'auguste pressentiment des saintes ténèbres éteint tout cela en nous affranchissant du monde. Dès que le soleil s'est retiré dans notre sein , les étoiles de la félicité épandent leur riante lumière. Doucement enveloppé par ta magie, fondu par le feu suave de tes yeux, mon cœur sur ton cœur, mes lèvres sur tes lèvres, unis par un même souffle, mon regard s'éteint aveuglé par la volupté, le monde et ses fascinations pâlissent, le monde que le jour éclaire de sa lueur trompeuse, le monde, spectre décevant que le jour place devant moi; et c'est moi-même qui suis le monde. Vie sainte d'amour, auguste création de volupté, désir délicieux de l'éternel sommeil sans apparence et sans réveil.

(Leurs têtes se renversent en arrière dans un long et muet embrassement.)

ËRANGŒNE ; on l'entend, sans la voir, du haut de la plate-forme.

Solitaire, je veille pendant la nuit. Vous à qui rit le rêve d'amour, prenez garde à une voix qui avertit du péril les dormeurs,

qui les appelle prudemment au réveil. Prenez garde ! prenez garde! bientôt la nuit aura fui.

ISEULT, doucement.

Ecoute, mon bien-aimé!

TRISTAN, de même.

Laisse-moi mourir.

Fâcheux réveil !

TRISTAN

Ne me réveiller jamais !

Il faut pourtant que le jour réveille Tristan !

TRISTAN

Laisse la mort vaincre le jour.

Le jour et la mort devraient-ils, par des coups réunis, porter atteinte à notre amour ?

TRISTAN

A notre amour? à l'amour de Tristan ? à l'amour d'Iseult? Quelle mort pourrait jamais l'effleurer? La verrais-je devant moi, la puissante Mort, la verrais-je menacer ma vie, cette vie que j'immolerais avec tant de joie à l'amour! Comment ses coups

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