‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 148 sur 163 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

atteindraient-ils jusqu'à notre amour! Dussé-je, à cette heure, mourir pour l'amour (mort chère à mon cœur!), comment l'amour pourrait-il mourir avec moi? comment pourrait finir avec la mienne son éternelle vie? Et si l'amour de Tristan ne peut mourir, comment Tristan lui-même mourrait -il pour son amour?

Mais notre amour ne s'appelle-t-il pas Tristan et Iseult? Cette syllabe charmante, cet et, ce lien d'amour ne serait -il pas, si Tristan mourait, anéanti par la mort?

TRISTAN

Qu'est-ce qui succomberait à la mort sinon ce qui nous sépare, ce qui empêche Tristan d'aimer Iseult toujours, de vivre pour elle seule éternellement?

Et si cette syllabe « et » était anéantie, la mort de Tristan ne serait-ce pas la mort même d'Iseult ?

TRISTAN

Alors nous serions morts inséparés, unis à jamais, sans fin, sans réveil, sans crainte, sans nom dans le sein de l'amour, livrés tout à nous-mêmes, ne vivant plus que pour l'amour.

Ainsi nous serions morts pour être inséparés?

TRISTAN

Unis à jamais.

Sans fin?

Sans réveil.

Sans crainte ?

TRISTAN

Confondus sans nom dans le sein de l'amour.

Livrés tout à nous-mêmes, ne vivant plus que pour l'amour

BRANGŒNE, comme précédemment.

Prenez garde! prenez garde ! voici que la nuit cède au jour.

TRISTAN

Faut-il écouter ?

Laisse-moi mourir !

TRISTAN

Faut-il m'éveiller ?

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