‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 153 sur 163 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE BERGER, doucement.

Kurwenal ! hé! — Holà, Kurwenal! écoute donc, l'ami !

(Kurwenal tourne la tête vers lui.) N'est-il pas encore éveillé ?

KURWENAL, secouant la tête avec tristesse.

S'il s'éveillait, ce ne serait que pour nous quitter à jamais, à moins que n'ait paru auparavant la main salutaire, la seule main qui peut nous secourir. N'as-tu encore rien vu ? pas un navire sur la mer ?

LE BERGER

Tu aurais entendu une autre mélodie, la plus joyeuse que je sache. Parle- moi franchement à ton tour, vieil ami; qu'est-il arrivé à notre seigneur ?

KURWENAL.

Ne le demande pas; tu ne pourras jamais le savoir. Veille assidûment, et si tu vois le navire, joue alors un air vif et joyeux.

LE BERGER, se tournant, et regardant au loin la main sur ses yeux.

Déserte et vide est la mer !

(il embouche son chalumeau, et disparaît en jouant; à quelque distance, on entend encore un instant la mélodie.)

TRISTAN, après un long silence, sans remuer, d'une voix sourde. La vieille mélodie. Qu'est-ce qui m'éveille?

(Ouvrant les yeux, et tournant la tête.) Où suis-je ?

KURWENAL; il a tressailli avec effroi, il prête l'oreille et observe.

Ha!... la voix ! sa voix !... Tristan! seigneur! mon héros l mon Tristan !

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