‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 154 sur 163 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

TRISTAN

Qui m'appelle?

KURWENAL,

Enfin ! enfin ! Il vit ! la vie, la douce vie, rendue à mon Tristan!

TRISTAN, se dressant un peu sur le lit.

Kurwenal... est-ce toi ... Où.,, suis-je?... où.,, étais-je?

KURWENAL,

A Kareol, seigneur ; ne connais-tu pas le burg de tes pères ?

TRISTAN

De mes pères ?

KURWENAL,

Regarde autour de toi.

TRISTAN

Quels sons viens-je d'entendre?

KURWENAL.

La mélodie du berger; tu l'entends encore; sur la pente de la colline, il garde tes troupeaux.

Mes troupeaux ?

KURWENAL.

Oui, seigneur, les tiens? la maison, le burg, l'enceinte, sont à

toi. Les vassaux, fidèles à leur seigneur aimé, ont soigné comme ils Font pu maison et troupeaux ; jadis, mon héros avait tout donné comme patrimoine à ses gens, quand il abondonna son burg pour se rendre dans des contrées lointaines.

TRISTAN

Quelles contrées?

KURWENAL.

Le Cornouailes; vaillant et heureux, quelle for tune, quel éclat, quels honneurs Tristan n'y a-t-il pas conquis par ses nobles actions !

TRISTAN

Suis-je en Cornouailles ?

KURWENAL.

Non ; tu es à Kareol.

TRISTAN

Comment suis-je venu de là-bas ?

KURWENAL.

Comment tu es venu? Hé ! tu n'es pas venu à cheval; une barque t'a conduit ici; et je t'ai porté à la barque sur ces épauies-ci; elle sont larges, les épaules qui t'ont porté là-bas au rivage. Tu es maintenant à terre chez toi, dans ta vraie terre, dans ta terre natale, sur tes propres champs, le pays de tes joies, éclairé par le vieux soleil. C'est là que tu vas heureusement échapper à la mort, guérir de tes blessures !

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