‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 159 sur 163 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

TRISTAN

0 femme bénie !

KURWENÀL.

Le navire est dans le port ! — Iseult. — Ha ! d'un saut elle s'élance du bord au rivage.

En bas de la tour ! regardeur paresseux ! en bas ! Cours là-bas au rivage! cours l'aider, aider la femme que j'aime !

KURWENAL.

Je vais la porter jusqu'ici; fie- toi à la vigueur de mon bras! Mais toi, Tristan, reste, je t'en prie, sur ton lit !

(il s'éloigne en toute hâte par la porte du burg.)

TRISTAN

Salut, ô soleil, ô jour, jour radieux, témoin de cette félicité ! Cours impétueux du sang, ivresse de l'âme, volupté sans mesure, délire de la joie, enchaîné sur cette couche, comment vous supporterais-je? Debout donc, et en marche vers les cœurs qui battent. Tristan, le héros, dans l'énergie de l'allégresse, s'est arraché vainqueur des prises de la mort! Sanglant et blessé, je combattis autrefois Morold ; sanglant et blessé, je cours aujourd'hui me conquérir Iseult. Allons, mon sang, coule joyeusement à cette heure. Celle qui doit pour jamais cicatriser ma blessure approche triomphante, elle vient m'apporter le salut. Que le monde s'évanouisse au gré de ma joyeuse impatience!

(il s'est dressé tout à fait et s'élance de la couche.)

ISEULT, appelant du dehors.

Tristan ! Tristan ! mon bien-aimé !

TRISTAN, dans la plus terrible agitation.

Quoi? Est-ce la lumière qui se fait entendre à mes oreilles? Le flambeau, le flambeau s'éteint ! à elle ! à elle !

(Il se précipite en chancelant à la rencontre d'Iseult, qui entre à pas précipités. Ils se rencontrent au milieu de la scène.)

Tristan! ha!

TRISTAN, tombant dans les bras d'iseult. Iseult !

(Le regard levé vers elle, il s'affaisse sans vie dans ses bras, et tombe lentement à terre.)

ISEULT, après avoir jeté un cri.

C'est moi, c'est moi, mon doux ami! relève-toi! une fois encore entends ma voixl ne m'écoutes-tu pas? Iseult t'appelle, Iseult est venue, fidèle, pour mourir avec Tristan!... Tu restes muet à mes prières? Une heure encore... rien qu'une heure, reste-moi éveillé ! Je n'ai veillé tant de jours d'angoisse et de désir, que pour veiller une heure encore avec toi. Vas-tu la dérober à Iseult ? Tristan va-t-il lui dérober cet unique instant, cette minute étemelle, ce suprême bonheur au monde?... La blessure, où est elle? Laisse-la-moi guérir, afin que sains et saufs, nous partagions les saintes délices de la nuit. Ne meurs pas de la blessure ; non, pas de la blessure ; soyons réunis, et que pour tous deux s'éteigne en même temps la flamme de la

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