‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 33 sur 163 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

TANNELEUSER.

C'est trop I c'est trop ! Oh ! vienne à présent le réveil !

VÉNUS

Parle, quel souci t'occupe?

TANNHjEUSER.

Je rêvais; il me semblait entendre ce qui est depuis si longtemps étranger à mon oreille! Il me semblait entendre les sons joyeux des cloches : ohl dis-moi combien il s'est écoulé de temps depuis que je ne les ai entendus ?

VENUS

Où s'égare ton esprit ? quelles idées l'assaillent ?

TANNH.EUSER

Le temps que je suis resté ici, je ne puis le mesurer : de jours, de mois, il n'en est plus pour moi, car je ne vois plus le soleil, je ne vois plus les aimables constellations du ciel ; je ne vois plus le gazon, dont la fraîche verdure amène le nouvel été; je n'entends plus le rossignol, mon messager du printemps. N entendrai-je plus ces choses, ne les verrai-je plus jamais?

VÉNUS

Que dis-tu? quelles plaintes insensées! Es-tu si vite fatigué des suaves merveilles que t'apprête mon amour? ou bien regrettes-tu donc à ce point d'être un Dieu? as-tu si tôt oublié ce que tu souffrais autrefois, toutes les joies que tu goûtes maintenant? Allons, debout, mon chanteur! prends ta harpe, et célèbre Tamour \ lu léchantes si magnifiquement, que iuas conquis

TANNHiEUSEU

la déesse elle-même de l'amour ! Célèbre l'amour, puisque tu en as gagné le prix le plus sublime !

TANNHiEUSER. Il prend soudain une résolution mâle, saisit la harpe, et se place avec solennité devant Vénus.

Gloire à toi ! Hommage aux merveilles que ta puissance a créées pour mon bonheur ! Que les délices, que ta grâce a versées sur moi, soient exaltées dans mon chant, éclatant d'allégresse. Avide de plaisir, de jouissances souveraines, mon cœur languis sait, mon âme était altérée; alors, ce que tu n'avais accordé autrefois qu'aux dieux, ta faveur m'y a fait participer, moi mortel. Mais mortel, hélas ! je suis resté, et ton amour accable ma faiblesse; si un dieu peut aimer toujours, moi, je suis soumis au changement. Le plaisir seul n'est pas ce qu'il faut à mon cœur; après les joies, j'appelle les douleurs : il faut fuir de ton empire. 0 reine, ô déesse', laisse-moi partir!

VÉNUS-, sans quitter sa place*

Quelles pensées, quel chant tu me fais entendre! Quels tristes accents assombrissent ta voix ! Qu'est devenu l'enthousiasme qui ne t'inspirait que des chants de volupté ? Qu'as4u ? quelle négligence reproches-tu à mon amour? Mon bien-aimé, de quoi m'accuses-tu?

TANflMUSER, modulant sur la harpe.

Grâces soient rendues à ta bonté 1 Hommage à ton amour i

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