‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 4 sur 163 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MATELOTS, pendant le travail.

Hohohé ! hohohé î hahoho ! ho !

DALAND, descendant du rocher.

Pas de doute ! La tempête nous a poussés à sept milles au delà du port. Si près du but après une longue traversée, ce coup m'était encore réservé.

LE PILOTE, criant du bord à travers ses mains. Ho ! capitaine !

DALAND

Comment cela va-t-il à bord?

LE PILOTE, comme précédemment.

Bien, capitaine! Nous avons un bon fond !

DALAND

C'est Sandwike! je connais ce havre parfaitement. Malédiction 1 Je voyais déjà ma maison près du rivage, déjà je croyais embrasser ma Senta, ma fil'c; voilà que de ce trou du diable un vent se met à souffler... Compter sur le vent, c'est compter sur la pitié de Satan ! (Allant à bord.) Mais à quoi bon! Patience! la tempête s'apaise; elle dure peu, quand elle se déchaîne avec cette furie. (A bord.) Eh, mes garçons! il y a longtemps que vous êtes debout, allez vous reposer ! Je suis sans crainte à présent! (Les matelots descendent dans la cale.) Maintenant, pilote, veux-tu te charger de veiller pour moi ? Il n'y a pas de danger, mais il est bon pourtant que tu veilles.

(Daland va dans la cahute. — Le pilote seul sur le pont. L'ouragan est un peu tombé, et ne reprend plus que par intervalles. Dans la haute mer les vagues s'élèvent énormes. Le pilote fait encore une fois la ronde, puis il s'assied au gouvernail.)

LE PILOTE, qui sent venir le sommeil, se secoue, et chante :

Parmi la tempête et l'orage, sur la mer lointaine, ma belle, je suis près de toi ! Sur les flots gigantesques, des extrémités

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du sud, ma belle, me voici! Ma belle, sans le vent du sud, jamais je ne reviendrais à toi ! Souffle, bon vint du sud, ah ! souffle encore! ma belle soupire après moi. Hohohé! hohohé! hohohé ! ho ! ho !

(une vague ébranle violemment le navire. Le pilote se lève d'un bond, et regarde. Il s'assure qu'il n'y a pas de mal, se rassied et chante, tandis que le sommeil le subjugue par degrés.)

Des rivages du Sud, des confins du monde, j'ai pensé à toi ; des rivages du Maure, à travers mer et tempête, je t'ai apporté un présent. Ma belle, rend grâces au vent du sud , je t'apporte une chaîne d'or. Bou vent du sud, ah! souffle encore! ma belle sera heureuse de ce joyau. Hohohé! etc.

(il lutte contre la lassitude, et finit par s'endormir, — La tempête recommence à se déchaîner avec fureur; le temps s'assombrit. Dans le lointain se montre le vaisseau le Hollandais volant, avec ses voiles d'un rouge de sang et ses mâts noirs, il approche avec rapidité de la côte, du côté du navire norwégien ; l'ancre tombe et s'enfonce avec un fracas terrible. — Le pilote de Daiand s'éveille en sursaut; sans quitter sa position, il jette un coup d'œil sur le gouvernail, et, assuré qu'il n'a pas de mal, il murmure le commencement de sa chanson, et se rendort. — En silence et sans le moindre bruit, l'équipage fantastique du Hollandais cargue les voiles.)

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