ACTE II l£j
Pardonnez î je ne sais quelles paroles m'échappent! Je suis le jouet d'un songe, et plus faible d'esprit qu'un enfant, livrée, femme impuissante, à la puissance des miracles. A peine puis-je me reconnaître maintenant; venez à mon secours, aidez-moi à deviner l'énigme de mon cœur ! — Autrefois-, je prenais plaisir à écouter sans cesse les savantes mélodies des chanteurs ; leurs chants, leurs louanges me paraissaient un jeu délicieux. — Mais quelle vie étrangement nouvelle votre chant fit éclore en mon sein ! Je le sentais parfois me transpercer presque comme une douleur, et tantôt me pénétrer d'une volupté soudaine : sentiments non encore éprouvés ! désirs que je n'avais jamais connus ! Ce qui m'était aimable autrefois, avait disparu devant les délices pour lesquelles je n'avais pas encore de nom ! — Et lorsque vous vous fûtes éloigné de nous, paix, joie, tout m'avait abandonné ; les mélodies que chantaient les chanteurs me semblaient tristes, leurs pensées sinistres ; je sentais dans mes songes de sourdes douleurs ; éveillée, ma vie était un lugubre délire ; la joie avait déserté mon cœur : Henri ! quel prodige aviez -vous exercé sur moi ?
TANNHyEUSER, avec enthousiasme.
C'est au dieu de l'amour que tu dois rendre hommage, c'est lui qui avait touché les cordes de mon cœur, c'est lui qui te parlait par mes mélodies, c'est lui qui m'a ramené près de toi.
ELISABETH, chaînant avec Tannhoouser et Wolfram.
Bénie soit l'heure, bénie soit la puissance, qui m'apporta la nouvelle, la délicieuse nouvelle de votre approche ! Entouré d'une
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clarté enchanteresse, le soleil rit à mes yeux; éveillée à une vie nouvelle, je dis au bonheur : tu es à moi !
TANNILEUSER, chantant avec Elisabeth et Wolfram.
Bénie soit l'heure, bénie soit la puissance qui m'apporta la nouvelle, la nouvelle tombée de tes lèvres. Je me sens renaître, et je puis me vouer à la vie courageusement. Avec un joyeux frémissement, je dis à sa plus splendide merveille : Tu es à moi !
WOLFRAM au fond, chantant avec Elisabeth et Tannhœuser.
Ainsi m'échappe pour cette vie la dernière lueur d'espérance.
(Tannha3user se sépare d'Elisabeth ; il s'approche de Wolfram, l'embrasse et s'éloigne avec lui.)