SCÈNE PREMIÈRE
ELISABETH, elle entre joyeuse et agitée.
Voûtes bien-aimées, je vous salue de nouveau, je vous salue avec joie, chères enceintes ! C'est ici que s'élèvent ses chants, ici qu'ils m'éveillent d'un rêve sombre. — Lorsqu'il vous eut quittées, combien vous me parûtes désertes ! La paix s'enfuit loin de moi, la joie vous abandonna. — Maintenant ma poitrine respire et se relève, et vous, vous semblez reprendre un aspect auguste et fier; celui qui nous rend la vie à toutes deux, il va venir, il approche. Voûtes, salut à vous, salut !
("Wolfram et Tannhœuser paraissent au fond.) WOLFRAM,
La voici ; approche sans crainte !
(H demeure au fond> appuyé sur la balustrade du balcon.)
1/|4 TAINNHiEUSER
TANNH^EUSER, se précipitant impétueusement aux pieds d'Elisabeth. Princesse !
ELISABETH, éperdue et tremblante.
Dieu ! levez-vous ! laissez-moi! je ne puis vous voir ici!
(Elle veut s'éloigner.) TANNIJ^USER.
Tu le peux! reste, et laisse-moi à tes pieds!
ELISABETH, se tournant vers lui avec tendresse.
Levez-vous! Vous ne devez pas vous agenouiller ici, car cette salle est votre royaume! Levez-vous! Soyez remercié d'être revenu! Où êtes-vous resté si longtemps?
TANNHiEUSER, se relevant lentement,
Bien loin d'ici, dans une contrée reculée. L'oubli a abaissé un voile épais entre hier et aujourd'hui. Tout s'est en un instant effacé de ma mémoire, et je ne saurais me rappeler qu'un seul souvenir, c'est que je n'espérais plus vous saluer encore, ni élever vers vous mes regards.
ELISABETH
.Qu'était-ce donc alors qui vous ramenait ?
TANNH.EUSER.
C'est un miracle, un auguste et incompréhensible miracle.
ELISABETH, avec un élan de joie.
Grâces soient rendues à ce miracle du plus profond de mon
cœur!
(Elle se contient tout à coup, — elle continue avec embarras.)