LES QUATRE PAGES
Que Wolfram d'Eschenbach commence !
(Tannhaeuser s'appuie sur sa harpe et semble se perdre dans sa rêverie. Wolfram se lève. )
WOLFRAM
Quand mes regards parcourent ce cercle auguste, quel noble spectacle enflamme mon cœur ! Tant de héros, vaillants et sages, fleur de l'Allemagne, forêt de chênes, majestueuse et fière,
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à la fraîche verdure ! J'aperçois de gracieuses et vertueuses dames, couronnées, parfumées d'aimables fleurs. Mes yeuxàcette vue sont troublés par l'ivresse, mon chant se tait devant tant de grâces et de splendeurs... Quand, parmi ces étoiles, mes regards s'élèvent vers une seule qui brilli au ciel dont je suis ébloui, mon esprit, fermé à toute autre image, se recueille, mon âme s'absorbe dans une pieuse adoration. Et soudain se montre à moi une fontaine merveilleuse, où mon esprit regarde, ravi d'étonnement : il puise à cette fontaine des voluptés divines, qui remplissent mon cœur d'ineffables douceurs... A Dieu ne plaise que je vous laisse troubler cette fontaine, en souiller la source par un contact téméraire ! Plutôt vivre dans l'adoration et le sacrifice, plutôt verser avec joie la dernière goutte du sang de mon cœur... Nobles auditeurs, vous pouvez lire dans ces paroles comment je comprends la plus pure nature de l'amour.
LES CHEVALIERS ET LES DAMES? avec des mouvements d'approbation.
C'est bien l'amour ! c'est bien l'amour ! bonneur à ton chant !
TANNILEUSER, qui, vers la fin du chant de Wolfram, a tressailli comme s'il sortait d'un songe, se lève rapidement.)
Et moi aussi, Wolfram, j'ai le droit de me féliciter de contempler ce que tu as vu ! Qui pourrait ne pas connaître cette fontaine? Écoute, je célèbre .hautement sa vertu ! Mais je ne puis, sans me sentir brûler de désir, je ne puis m'approcher de sa source ; je ne puis me défendre d'une soif brûlante, et j'approche sans crainte mes lèvres altérées. Je m'abreuve à longs traits de voluptés, où ne se mêle nulle terreur pusillanime ; car la fon-