‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 56 sur 163 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

ELISABETH

Arrière ! ou vous me donnerez la mort que je méprise ! Qu'estce que la blessure de votre glaive contre le coup mortel que j'ai reçu de lui ?

LE LANDGRAVE, LES CHEVALIERS et LES CHANTEURS.

Elisabeth! qu'en tends-je? Comment ton cœur s'est-il laissé aveugler jurqu'à conjurer le châtiment de qui t'a fait une trahison si horrible?

ELISABETH

Qu'est-il question de moi? C'est de lui, de son saîut ! Voulezvous lui ravir le salut éternel ?

LE LANDGRAVE , LES CHEVALIERS et LES CHANTEURS.

Il a rejeté toute espérance , jamais il ne pourra reconquérir le salut ! La malédiction du ciel est tombée sur lui ; qu'il meure dans son crime î

(ils s'avancent de nouveau sur Tannhœuser. ELISABETH.

Éloignez -vous ! Vous n'êtes pas ses juges! Cruels! jetez loin de vous l'épée furieuse , et prêtez l'oreille aux paroles d'une jeune fille pure! Écoutez, par ma voix, la volonté de Dieu!

Le malheureux, que tient enchaîné la puissance d'un charme redoutable, serait-il condamné à n'obtenir jamais le salut par le repentir et l'expiation en ce monde ? Vous , si fermes dans la vraie foi , méconnaissez-vous à ce point les décrets du Très- Haut? Vous qui voulez ravir au pécheur l'espérance, parlez, quel mal vous a-t-il fait ?

156 TANNH.EUSER

ELISABETH chante avec Tannlucuser.

Voyez la jeune fille, dont il a brisé la fleur par un coup soudain , qui l'aimait en son âme d'un amour profond , à laquelle il a gaiement transpercé le cœur; elle supplie pour lui, elle implore pour lui, afin qu'il se tourne, plein de repentir, vers la pénitence, afin qu'il retrouve la confiance et le courage de croire, qu'un jour le Sauveur a souffert aussi pour lui.

TANNHiEUSER chante avec Elisabeth.

(il est tombé peu à peu de la hauteur de son exaltation et de son défi. Profondément ému de la prière d'Elisabeth , il s'affaisse , brisé de douleur.)

Infortuné ! malheur, malheur à moi 1

LE LANDGRAVE., LES CHEVALIERS et LES CHANTEURS,

apaisés et émus par degrés.

Un ange est descendu de l'éther lumineux pour proclamer le saint décret de Dieu. Regarde, traître infâme, sens dans ton âme l'éiendue de ton crime ! Tu lui as donné la mort , elle prie pour ta vie ; qui resterait sourd à ces supplications angéliques ? Eussé-je le droit de ne pas pardonner au coupable, je ne puis résister à la parole du ciel.

TANNH^EUSER.

Pour conduire le pécheur au salut , la messagère de Dieu est descendue près de moi; mais, hélas! pour la souiller d'un désir criminel , j'ai attaché sur elle un regard impie ! 0 toi , élevée au-dessus de ces abîmes terrestres, toi qui m'as envoyé l'ange du salut , prends pitié du pécheur , abîmé dans le crime , qui a honteusement, hélas ! méconnu la médiatrice du ciel.

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