ACTE II
L£ LANDGRAVE, après une pause.
Un crime affreux a été commis : un fils maudit du péché s'est glissé près de nous sous un masque hypocrite. Nous te bannissons loin de nous, tu ne peux rester parmi nous; notre foyer est souillé par ta présence, et le ciel même jette des regards de menace sur ce toit qui t'a abrité trop longtemps. Mais pour te sauver de la ruine éternelle, une voie te reste ouverte encore : en te repoussant loin de moi, je vais te l'indiquer ; entre dans cette voie de salut ! Des divers lieux de mes terres sont rassemblés des pèlerins pénitents, en grand nombre; déjà les plus vieux sont partis, les plus jeunes font halte encore dans la vallée. Ce ne sont que des fautes légères qui n*î laissent pas de repos à leur cœur ; afin d'apaiser leur pieux besoin de pénitence, ils vont à Rome pour la fête du pardon.
LE LANDGRAVE, LES CHANTEURS et LES CHEVALIERS,
chantant avec Elisabeth et Tannhœuser.
Va avec eux en pèlerinage à la ville de la miséricorde ; et là, courbe ton front dans la poussière, fais pénitence de ton crime ! Prosternc-toi devant celui qui prononce l'arrêt de Dieu ; mais garde-toi de revenir sans avoir reçu sa bénédiction! Si notre vengeance a dû fléchir parce qu'un ange s'est jeté devant elle, ce glaive saura t'atteindre si tu demeures dans l'opprobre et le péché !
ELISABETH, chantant avec le landgrave, les chevaliers et les chanteurs.
Permets-lui de se rapprocher de toi, Dieu de grâce et de miséricorde ! pauvre pécheur tombé si bas , remets-lui la dette de seb péchés! Pour lui seul je veux t'impiorer, que ma vie ne soit
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que prière; fais luire à ses yeux ta lumière, avant qu'il s'anéantisse dans la nuit, Permets qu'avec un tremblement de joie te soit offert un sacrifice! Prends, oh! prends ma vie, dès cette heure elle n'est plus à moi !
TANNH^SUSER, chantant avec le landgrave, Elisabeth, h s chevaliers
et les chanteurs.
Gomment trouver grâce, comment expier mon crime? J'ai vu sombrer tout à coup mon salut, la miséricorde du ciel me fuit. Mais je veux aller en pénitent, je veux frapper ma poitrine, me prosterner dans la poussière, je veux que la contrition soit ma joie. Oh! qu'il soit seulement réconcilié, l'ange de ma détresse, l'ange criminellement outragé, qui s'est offert pour moi en sacrifice.
(Chant des jeunes pèlerins. Leurs voix s'élèvent du fond de la vallée.)
A la fête sainte du jubilé, expiez vos fautes dans l'humilité! Béni l'homme^ fidèle dans la foi : il est sauvé par la pénitence et le repentir.
(Tous se sont arrêtés, et ont écouté le chant avec émotion. Tannhœuser, dont les traits s'illuminent du rayon de l'espérance soudainement réveillée, sort d'un pas rapide en criant : )
A Rome !
TOUS, criant après lui.
A Rome !
FIN DU DEUXIEME ACTE