‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 72 sur 163 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

pas ma douleur et mon regret de vous voir vivre sans prince, eu discorde! Votre confusion, vos luttes effrénées me sont dénoncées,—c'est pourquoi je t'interroge, toi, Frédéric de Telramund : je te connais comme la fleur de toute vertu, parle donc, que je sache la cause du désordre.

Merci à toi d'être venu, ô roi, nous rendre la justice! Je vais proclamer la vérité, l'infidélité m'est étrangère. — Le duc deBrabant vint à mourir, et il recommanda à ma protection ses enfants, Eisa, sa fille, et Godefroid, son fils; je pris un soin dévoué delà grande jeunesse du fils; sa vie était le joyau de mon honneur. Mesure maintenant, ô roi, la grandeur inouïe de ma douleur, quand le joyau de mon honneur me fut ravi! Un jour Eisa conduisit l'enfant à une promenade dans la forêt, mais elle revint sans lui; avec une feinte sollicitude, elle demanda son frère, car s'étant écartée de lui par hasard, elle n'avait plus, disait-elle, retrouvé sa trace. Toutes mes peines pour découvrir l'enfant perdu restèrent sans fruit; puis quand je pressai Eisa de menaces, pâle, effrayée et tremblante, elle nous laissa deviner l'aveu d'un crime affreux. Je fus saisi d'horreur pour la jeune fille; dès lors je renonçai de ma pleine volonté au droit que m'avait donné son frère à sa main, je pris une femme qui plaisait à mon cœur, Ortrude, fille de Radbod, le prince des Frisons.

(Ortrude s'incline devant le roi.)

J'élève maintenant une plainte contre Eisa de Brabant;je l'accuse du meurtre de son frère. Miis je réclame pour moi cette terre avec justice, car je suis le plus proche héritier du sang du

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duc, et ma femme est de la race qui donna jadis aussi des princes à ce pays. Tu entends la plainte, ô roi! prononce une juste sentence.

TOUS LES HOMMES, avec horreur et solennité.

Telramund accuse d'un crime bien grandi J'entends la plainte avec horreur.

LE ROI

Tu prononces une imputation terrible ! Comment un tel crime serait-il possible?

Seigneur, la jeune fille est vaine, exaltée, elle a repoussé ma main avec hauteur. C'est pourquoi je l'accuse d'un amour secret : elle se flattait bien que, débarrassée de son frère, elle pourrait alors, comme souveraine du Brabant, refuser avec raison sa main à son vassal, et favoriser ouvertement son amant secret.

LE ROI

Appelez ici l'accusée! Le jugement va commencer sur l'heure! Dieu me fasse part de- l'esprit de sagesse!

/U suspend avec solennité son écu au chêne. Les Saxons et les Thuringiens plantent en terre devant eux leurs épées nues; les Brabançons couchent leurs armes à leurs pieds.)

LE HÉRAUT D'ARMES, avançant dans le milieu.

La justice va-t-eile être rendue ici selon le droit et la puissance ?

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