SCÈNE IV
(Une longue file de femmes richement vêtues passe de la Kemenate sur la plate-forme et descend de là vers le Palas; puis elle se dirige vers le devant de la scène pour se rendre au munster.)
LES NOBLES et LES BOURGEOIS, pendant la marche.
Elle marchera triomphante, celle qui a longtemps souffert dans l'humiliation ! Puisse Dieu la conduire et veiller sur ses pas ! Elle approche, pareille à un ange, embrasée d'une chaste flamme. Salut à toi, fille vertueuse ! salut à Eisa de Brabant !
(Eisa paraît dans le cortège, vêtue d'habits magnifiques. Parmi les femmes qui la suivent et ferment le cortège s'avance Ortrude, couverte également de riches habits; les femmes, qui marchent le plus près d'elle, se tiennent un peu éloignées, en donnant des signes d'horreur et de dépit mal contenu, en sorte qu'on la voit tout à fait isolée; son air exprime une fureur croissante. Au moment où Eisa, accueillie par les acclamations du peuple/ va mettre le pied sur la première marche du munster, Ortrude sort du cortège en éclatant de rage, s'avance vers Eisa, se place en face d'elle sur le même degré et la fait reculer devant son regard.)
ORTRUDE
Arrière, Eisa ! je ne supporterai pas plus longtemps de marcher comme une servante à ta suite. Tu dois partout me céder le pas, tu dois te courber humblement devant moi !