IMPRIMERIE DE JEAN-BAPTISTE ALZINE
ma--
ai
^TiiSr2=»^S]2l®!P®S^
Nous sommes loin des tems où le soldat commandait en maître au foyer de son hôte; où l'auditeur de vingt ans administrait les provinces conquises ; où le maréchal de France traitait d'égal à égal avec les princes , et où enfin le souverain de la France commandait à l'Europe.
La génération qui a vu ces choses , s'éteint chaque jour; et nos paisibles citoyens à l'aspect de nos paisibles soldats et des devoirs mesquins et rétrécis
que les officiers de tout grade ont à remplir, ne peuvent se rendre raison du grand pouvoir que nos longues années de victoires avaient mis aux mains de nos hommes de guerre et d'administration, et de la haute responsabilité qui en était la conséquence.
Mais bien qu'alors comme aujourd'hui le poids de cette responsabilité fût lourd à porter , chacun trouvait une force morale suffisante pour en accepter la charge, dans la confiance qu'inspirait à tous la juste équité d'un prince dont la main ferme et la volonté impartiale savait maintenir Téquilibre entre les divers degrés de la hiérarchie du commandement. Devant lui s'éteignaient les oppositions d'intérêt personnel pour se changer en une louable et honorable rivalité.
Alors nous avions de courts bulletins et de grandes actions de guerre. Sans doute les récompenses étaient grandes aussi ; mais comme elles ne passaient pas les mérites, loin de réveiller l'envie elles développaient dans l'armée une noble émulation.
Toutefois , on ne peut se dissimuler que dans ce long drame de travaux et de dangers pendant lequel chaque acteur était obligé d'appeler à son aide le concours de toutes les forces morales, de tous les mobiles qui animent le cœur humain, des caractères se sotit manifestés sous un aspect fâcheux, et que de grands vices se sont montrés à côté de grandes vertus. Mais est-il permis aux générations nouvelles , livrées toutes entières aux combinaisons
d'intérêts sordides , dont les jouissances matérielles sont l'unique but, de critiquer dans leurs pères des fautes que ceux-ci ont payé de leur sang et racheté par tant de gloire. Que les fils pardonnent à ceux qui les ont précédés dans la vie en faveur des couronnes triomphales qui ornent leur front. Leur feuillage tout fané qu'il est par la main du tems fait encore pâlir l'éclatante auréole dejfeuilletons louangeurs dont se compose aujourd'hui plus d'une réputation.
Plus que tout autre j'ai déploré la ridicule imposture de ces victoires où le petit doigt n'avait pas tout dit, de ces fondations de villes, colonies d'un jour, dont les ruines visitées par le voyageur, six mois après leur fondation, attestent la grandeur mort-née, et enfm de ces traités qui ne donnent rien à la France, pas même la paix, et qui livrent tout à ses ennemis. Aussi ce n'est pas avec de vaines prétentions que je soumets au ju^^ement du public l'exposé de la première période de mon commandement de la province d'Oran comprise depuis le i4 Janvier 18^7 jusqu'au 6 avril suivant.
Ma conduite indignement calomniée m'en fait un devoir. Je dois compte de mes actions à mon pays : je dois compte de mon honneur à mes camarades et à mes enfans, et j'ai dû entrer dans des détails indispensables à donner pour mettre mes concitoyens à même d'appréciei' les difOciiltés que j'ai rencontrées. Sans doute on n'y verra aucim de
ces faits éclatans qui font la réputation d*un homme en un jour et dont c'est le plus souvent Tunique résultat, mais une grande responsabilité acceptée avec dévouement, des difficultés en apparence insurmontables vaincues en sachant profiter avec quelqu'intelligence des circonstances qui se sont présentées, des mesures prises avec détermination, conduites avec méthode et persévérance, et qui ont amené une situation poUtique et miUtaire dont on n'a pas su profiter.
Tout ce que contient cet écrit est la vérité ^ et toute la vérité. Lhomine qui dira le contraire est un imposteur et un calomniateur : qu'il se présente.
DE COMMANDEMEKT