I. — L'hégémonie de Qaatremère
Sa stratégie est bien conçue. Les campagnes de 1 791-1792 contre le despotisme et l'enseignement de l'ancienne Académie, de 1796 contre les rapts d'Italie, si funestes à la vertu de Rome éducatrice, de i8oo-i8i5 contre les musées en général, foyers de virtuosité technique, et contre celui de Lenoir en particulier, foyer de pédagogie médiévale, n'étaient que le prélude de la guerre méthodique qu'il va livrer contre le romantisme ^ Mais, autre temps autres mœurs. Il a jusqu'ici combattu à ses risques et périls, acquis une haute réputation de théoricien, de publiciste ou de pamphlétaire. Tout au plus peut-on dire que ses titres de député à la Législative, de commissaire de llnstruction publique près d'elle et du Directoire^ du département, de membre de la classe d'Histoire et Littérature ancienne à l'Institut et de Conseiller général du département, ont aidé à son prestige, à son action.
Mais la Restauration lui a prodigué, et le gouvernement de Juillet lui laissera, dans une certaine mesure, les moyens d'imposer directement son esthétique, puis de la faire passer
1. Il a déjà fait la guerre, dans les deux articles sur VlàédX (^Archives Littéraires, Paris, Xhrouet, i8o5), t^<* doctrine do l'art naturaliste, formulée et appuyée sur l'exemple des Grecs par Em David (L'Art statuaire, i8o5).
2. De ces trois fonctions les deux premières n'ont durcqu'ljnan (i^Qi-i'^Qa), la seconde trois ans (179 1-1794).
dans les faits. Déjà, en i8i/i, il annonce à Canova, avec mystère, qu'il s'attend à quelque chose de fort heureux pour lui, pour eux * ; dans ses réticences on perçoit l'avant-goût d'une hégémonie qui sera celle de leur commun idéal. L'intendance générale des Arts et monuments publics, qui est créée pour lui le 28 janvier 181 5, est un retour au régime administratif des Beaux-Arts sous l'ancien régime. L'empire les avait rattachés à l'Instruction publique : ils sont sur le point de reprendre leur destinée particulière entre les mains de Quatremère. L'ordonnance dont il est l'auteur est un programme intégral d'administration des Beaux-Arts ^ : conservation et restauration des monuments publics, embelhssementde Paris, musées, acquisitions et commandes, tout sera (( surveillé et dirigé » par lui de façon à (( maintenir les principes du bon goût )).
La suppression de ce poste par décret impérial du 2 1 mars, maintenue par Vaublanc^ qui ne se soucie pas de laisser de tels pouvoirs aux mains d'un tel homme, entraîne des compensations. Il refuse la direction du Musée du Louvre : mais lorsque, sur le rapport du comte de Pradel, un Conseil honoraire des musées royaux est créé près le ministère de la Maison du Roi\ pour assurer la « direction générale des Arts )), Quatremère, « amateur », est choisi parmi « tous ceux qui ont acquis une grande autorité ». Le comte de Pradel lui écrit tout ce qu'il attend de ses lumières ^ et Quatremère de l'assurer de son concours dévouée A vrai dire, le Conseil honoraire répartit entre neuf membres l'étendue des pouvoirs que Quatremère avait naguère essayé de con-
1. Lettre du 3o octobre (Malamani, Un' amicizia di Antonio Canova).
2. « Nous avons reconnu que cette importante portion de la gloire nationale (les Beaux-Arts) n'était point surveillée et dirigée d'une manière propre à exciter le talent des artistes et à maintenir les principes du bon goût » (Biblioth. Institut, Papiers personnels de Quatremère).
3. L'ordonnance, du i/i décembre i8i5, invoque des raisons d'économie.
4. Rapport du comte de Pradel au Koi, /i juillet 1816 (Arch, Nat., 0^ iSoi, et 03* 535/3).