‹ Quatremère de Quincy et son intervention dans les artsChapitre 187 sur 396 · II. — L'autorité de V archéologue · texte numérisé non relu

II. — L'autorité de V archéologue

Jamais Quatremère n'eût réussi, au moins dans une certaine mesure, à réaliser cet idéal, s'il n'avait eu l'autorité d un grand archéologue. Son œuvre archéologique commence en I 785, mais le meilleur en appartient précisément à la Restauration. Le «Jupiter Olympien », dédié à Louis XVIII, accueille le retour de la monarchie. Cet hommage de loyalisme est en même temps une profession de foi esthétique ^ Il clôt 1 Empire, où le modernisme a sévi dans tous les gen-

T. U Imitation (^\^i?>) '. Avertissement. « Je pense que les beaux ouvrages des arts ont plutôt donne naissance aux théories, que les théories aux beaux ouvrages. ))

2. Cf. la dédicace: « Sire. — Cet ouvrage est le fruit d'un long travail entrepris et terminé dans ces temps si près et déjà si loin de nous, où des études solitaires étaient devenues pour l'homme de lettres le seul refuge contre l'oppression ou la faveur d'un gouvernement usurpateur, la seule diversion au sentiment des maux causés par votre absence w.

l'organisation officielle de la résistance 20.S

res, et sert de portique monumental à un avenir qui doit demander toutes ses inspirations, sous les auspices de Sa Majesté, à l'antiquité gréco-romaine. Stendhal écrit que « le goût antique est toujours un peu républicain^ » ; l'effort de Quatremére, au moment où le romantisme va se réclamer du christianisme et de l'histoire dynastique, est d'associer étroitement le goût classique et le royalisme ; on n'est bon français que si on est, par le goût, citoyen d'Athènes ou de Rome ^ C'est avoir en effet le culte de la tradition, puisque (( dans l'ordre moral de la génération des esprits, nous sommes véritablement les descendants des Grecs et des Romains. )) Or, raffermir la tradition, « faire revivre et interpréter les monuments, arracher au néant de l'oubli les actions et les notions des peuples qui n'existent plus, c'est garantir de la durée à ceux qui existent, c'est ajouter des soutiens à l'état social, c'est donner aux lois, aux moîurs, une base plus étendue et plus inébranlable. »

Depuis lœuvre de Winckelmann et la réforme néo-antique art et archéologie ancienne ne font qu'un. Gomme l'antiquité donne à FEcole ses modèles, d'où elle extrait aussi sa doctrine, l'antiquaire est, en matière de goût, un oracle. G'est la classe d Histoire, où Quatremére entre en i8o/i, qui le prête à la classe des Beaux-Arts pour apprendre à celle-ci à distinguer, selon l'exemple des anciens, le génie et les ressources propres de la peinture de ceux de la sculpture ^ ou pour faire l'éloge (1810) de Moitié, qui sculpta le tympan du Panthéon selon le style antique. A l'Académie des Inscriptions (1816) il fonde définitivement son crédit « d'illustre antiquaire » auprès de ceux qui créent. Visconti, Mongez n'ont point passé par les ateliers, ne manient l'ébauchoir ni le crayon ; Millin ne se sert que du crayon. Mais en luil'Esthéti-

1. Histoire de la Peinture en Italie, 1817 (éd. C. Lévy, 1892, p. 268).

2. Cf. Notice historique sur Visconti (1820). Mais il s'élève contre cette « manie » qui fit conclure les révolutionnaires « du besoin d'imiter les anciens dans leurs arts à celui de les copier dans leurs institutions » : confusion déplorable entre le « règne des idées et l'empire des réalités ».

3. « De la diversité du génie et des moyens pratiques des différents arts « , (séance publique, 7 vendémiaire an XIII, Moniteur, i6 frimaire).

20a LES INSTITUTIONS

que, l'Archéologie et l'Art se confondent \ Il veut qu'on ne les sépare jamais : s'il goûte et patronne Fauvel, Cassas, Goste, Caillaud, Blouet..., qui sont dessinateurs ou architectes, c'est que leurs dessins, qui sont des œuvres d'art et des documents pour les artistes, sont pris des monuments antiques. Il est le trait d'union entre les deux Académies, voudrait que les antiquaires fussent capables, comme luimême, de dessiner leurs restitutions, de connaître de pratique la qualité du travail, même celle de la matière, et que les artistes d'autre part sachent reconnaître, dans l'œuvre grecque ou romaine, non seulement le goût et le style, mais V'dge, l'école, l'iconographie.

Fidèle à cet esprit Visconti prodigue aux artistes ses consultations^; la commission des inscriptions et médailles, composée d'archéologues, se fait présenter par les sculpteurs Ghaudet (1806-1811), puis Lemot, le dessin des types qu'elle a arrêtés pour les médailles du règne. Le modèle de l'union de l'art et de l'archéologie classique, réalisée dans le même homme, c'est Ganova: non seulement il consulte de très près les statues antiques avant de dessiner et de modeler (( in gesso » les siennes, mais encore il envoie à Quatremère une longue dissertation, minutieusement établie sur l'original, au sujet de l'action probable, de l'attitude et du geste du gladiateur Borghèse^ Nous verrons que Quatremère contribue à installer à l'Ecole des Beaux-Arts et à l'Académie de France à Rome, les deux pépinières de nos artistes, des cours d'archéologie. Mazois présente à l'Académie des Beaux-Arts sa « Gollection des Antiquités d'Herculanum », Bouillon son «Musée des Antiques », Millin sa(( Description des Vases antiques de Ganosa», etc.. G'estlui qui fait la pré-

T. Les contemporains, J. Lebreton, Clarac, Letronne, les artistes académiciens par la bouche de Nanteuil, etc., le louent et s'étonnent de sa triple compétence. Elle a contribué plus que tout à fonder son autorité à une époque où l'universalité passe pour être du génie. Gaylus n'avait visé qu'à réconcilier l'art et l'archéologie: il ne fit point de métaphysique platonicienne (Rocheblave, Caylus. p. 38o).

Page 1