Proc.-verb., passim, de 1816 à i83i
25/i LES INSTITUTIONS
quitte avec zèle, et solennité. En chaque séance publique des quatre académies il répond ex cathedra, par une profession de foi magistrale, aux scandales artistiques qui viennent d'éclater, aux blasphèmes des romantiques. Jamais de nom, jamais d'exemple précis ; toujours la généralité et les principes éternels, enveloppés d'amphigouri. En esprit classique, la pensée déchoit quand elle s'applique au particulier. Mais l'allusion reste claire : elle donne à ces pages, avec la passion latente qu'on perçoit sous les maximes, la vie de l'actualité, de la lutte, et de la défaite pressentie. Plusieurs de ces discours ' ne sont que des extraits de ses grands ouvrages de doctrine, 1' (( Imitation » et 1' « Idéal » : simples escarmouches avant les grands combats. Nous les avons étudiés ailleurs.
Les autres sont plus décisifs. La monarchie a favorisé les sujets d'Histoire moderne et nationale ; elle fait fête à l'Entrée de Henri lY à Paris, de Gérard (S. 1817), et commande à David d'Angers une statue de Condé... La légende napoléonienne s'épanouit dès 181 7 et 1820 dans les séries lithographiques de Charlet. La guerre d'Espagne (i823) recommence aux tableaux de Bellangé, Génot, Heim, C. Vernet, H. Lecomte, Crépin : voici paraître les loques espagnoles sur le fond de Pampeluneou de Cadix. La guerre d'indépendance de la Grèce (1821-1829) nous vaut le Vieillard grec de Cornu, le Pillage du Couvent de Robert Lefèvre, Ali-Pacha de Janina par Dupré, et surtout les Massacres de Chio de Delacroix^. Une exposition spéciale s'ouvre à la galerie Lebrun, en 1826, au profit des Grecs : on y voit le combat du Giaouret du Pacha, du même Delacroix.
Exotisme, orientalisme, couleur locale ou simplement débauche de couleur..., Quatremère indigné se lève, et, le 24
1. 2 4 avril 1818 : « Sur le principe élémentaire de l'imitation m ; mai 1819, « Sur l'objet principal des Beaux-Arts et le véritable objet de l'imitation « ; mai 1820, « Sur l'illusion... dans les ouvrages des Beaux-Arts » ; avril 1822, « Sur quelques méprises réciproques en peinture et en poésie »; mai 1887, « Fragment sur l'Idéal dans ses applications aux arts du dessin ».
2. Explication des ouorages de Peinture et Sculpture. .., exposés le /'-■•" mars 1826
l'organisation officielle de la résistance 255
avril 1825, en séance publique, dénonce cette « maladie récente )) qui consiste à délaisser les sujets antiques' . Il faut bien immortaliser nos gloires nationales, mais il y a la manière. La bonne c'est de « généraliser» ; la peinture est avant toutl imitation du corps humain, qui ne laisse voir sa noblesse, son (( héroïsme », que nu. Le costume moderne, l'uniforme surtout, n'est qu'une mascarade ; à favoriser les sujets de batailles, « les branches subalternes de l'art, le gouvernement frappe le tronc de stérilité » . Voilà pour Horace Vernet ! La déclaration de guerre du Secrétaire perpétuel est entendue dans les ateliers. Jal, ravi que Vernet ait peint sur le pont d'Arcole^ un soldat qui fait la culbute en montrant son fond de culotte, s'écrie : (( Un classique aurait peint là un Ajax, et M. Quatremère de Quincy l'en aurait longuement félicité pour trois raisons : la première, la seconde et la troisième » ; et il l'évoque prêchant à l'Académie, (< sur un ton nasillard, pour les grands dieux de la mythologie »^
Les collections, musées, expositions redoublent.^^ On va ouvrir au Louvre le musée Charles X.^^ Quatremère se lève de nouveau, et, en avril 1826, rappelle que la destination publique des œuvres est la « principale cause du développement et de la perfection des arts' ». Dans ces « serres », les œuvres sont comme des plantes étiolées, sans parfum. L'antique Rome eut aussi, dans les Portiques d'Octavie, dans les galeries du Palatin, dans celle de Vespasien au temple de la Paix, de vastes musées : ils n'ont pas produit un seul artiste romain. — A partir du salon de 1827 le romandans le musée du Luxembourg, Paris, i825, in-12. — Explication des ouvrages de peinture exposés au profit des Grecs, galerie Lebrun, Paris, 1826, in-12. — Explication des ouvrages de peinture, sculpture, gravure et lithographie des artistes vivants exposés au Musée Royal des Arts le 26 août 1824, Ballard, 1824.
1. « De l'emploi des sujets d'histoire moderne en poésie et de leur abus dans la peinture » (^Mém. de l'Institut, Recueil de discours).