Notice Spaendonck
lastique. en multipliant les concours, multiplie les morceaux d'études où l'on cumule « tous les genres de nature » : tels les Sabines de David et le Déluge de Girodet^ Un peintre, quia déjà rang parmi les maîtres, voit dans le Déluge où sombra le monde, un simple prétexte à montrer qu'il possède, comme un bon élève, l'académie de l'enfant, de la femme, de l'homme mûr et du vieillard. Et le concours décennal de 1810 décerne le prix le plus considérable que l'Empire ait jamais donné à ce chef-d'œuvre de scolarité.
Quant aux artistes eux-mêmes, les notices historiques sont les arrêts successifs d'un Jugement dernier où l'Ecole fait, avec lui ou par lui, le départ du bon et du mauvais dans leurs œuvres. La discrétion qu'exigent la politesse raffinée de l'époque et les circonstances ne fait que souligner les réticences. Parmi les architectes Chalgrin aura l'éternel honneur d'avoir voulu ramener les églises chrétiennes à (( l'unité de plan et d'ordonnance des temples antiques )) : Saint- Philippe du Roule (1776-1 7 8/i), avec sa toiture en charpente, est du type des basiliques romaines. Enfin on vit un portique de colonnes doriques couronnées d'un fronton remplacer les insipides portails en placard et à plusieurs ordres l'un sur l'autre, qui indiquent plusieurs étages dans un édifice qui n'en comporte aucun : le mal vient de l'excessive élévation des nefs gothiques. Voilà une leçon pour « l'esprit novateur » , au iTioment où Debret va commencer les restaurations gothiques de Saint-Denis. Dufourny s'intéressait aussi aux (( abîmes du moyen âge », mais par pur dilettantisme : quand il s agissait de construire, il faisait, comme à l'Ecole botanique de Palerme, du dorique grec de Psestum. Lélogede Peyre contient une critique du romantisme anticipé des barrières de Ledoux, « néologies ambitieuses ». Tous, Heurtier, Bonnard, Hurtault, Rondelet, Molinos et Legrand, La Barre, reçoivent sur leur tombe un brevet d'orthodoxie pour
1. Notices Gondoin, surtout Girodet, Gros, etc.. — Le règne de L. Philippe est plus funeste encore : les notices sur Gros et Gérard sont étonnantes d'audace dans le dénigrement.
l'organisation officielle de la résistance 263
avoir redressé et tendu la ligne après les « plans ondulés » d'Oppenort et de l'école du Borromini*.
Les sculpteurs courent plus de risques que les architectes. Quatremère passe vite sur Lecomte (notice 18 18), trop enfoncé dans le xviii^ siècle (né en 1737), élève de Falconnct, et trop enclin au bas-relief portatif, qui n'est qu'un tableau sculpté. Il perçoit (1819) chez Roland un sens très vif du réel, qui le gêne : le Caton d'U tique (1779) semble (( moulé sur le modèle vivant ». la statue d'Homère réussit tout juste à concilier l'idée de la poésie avec le réalisme d'un corps sénile, les statues de Tronchet et de Malesherbes traitent (c'était malheureusement nécessaire !) le costume moderne, (( si ingrat pour l'art ». L'Ajax de Dupaty fait honte à « la jactance frénétique,.., au bizarre contournement de l'attitude et des formes », probablement du Prométhée pourtant si sage de Pradier (Salon 1827) ou du Spartacus de Foyatier (id.), que Jal exalte. Mais Quatremère dissimule à peine son antipathie pour l'art si franc de Houdon (notice 1829'): malgré dix ans d'Italie et le Saint-Bruno, son goût n'est pas (( des plus élevés ». Quelle singulière idée d'avoir, en dépit des (( traditions » classiques, déshabillé Diane la chaste ! Sans doute il habille le Voltaire décrépit, dont Pigalle nous avait dévoilé la hideur nonagénaire, mais le type est encore un compromis entre le style idéal et la vérité du portrait. L'amiral de Tourville n'est qu'une « pantomime agitée », (( un coup de vent ». Tous ses portraits poussent la vérité jusqu'à (( l'outrance », et c'est parce que le menu détail, et même la petite vérole, y pullule, que cet art est populaire : on sait ce que cela veut dire chez Quatremère. Issu de la vieille école du modèle, Houdon était déjà en 1 8x5 un attardé que la Restauration négligea ^